Pas de «politique d’innovation», dit Québec

Photo: Alex Raths Getty Images

Il n’y aura pas de plan ou de stratégie globale sur la recherche et l’innovation dans le prochain budget, ni même après. Le gouvernement Couillard entend plutôt stimuler l’innovation par différentes initiatives, dont un plan plus spécifique pour le secteur de la santé qu’on compte présenter à l’automne.

Un comité d’experts a ainsi été créé l’an dernier pour aider à orienter la stratégie du Québec pour mousser l’innovation en santé, a signalé l’attaché de presse du ministre de l’Innovation Jacques Daoust, Mélissa Turgeon. « On doit recevoir les orientations au printemps pour arriver avec un plan à l’automne. »

Interrogée sur tous les autres secteurs, elle soutient que le gouvernement a déjà lancé différentes initiatives comme Créativité Québec, un programme de 150 millions de dollars sur trois ans pour « permettre aux entreprises de mettre de l’avant des idées novatrices ».

Or lundi, le nouveau président de l’ACFAS Frédéric Bouchard réclamait une politique globale, et ce, de toute urgence. « Chaque mois sans politique, c’est un mois de plus où des chercheurs québécois ne peuvent pas établir de nouvelles collaborations à l’extérieur, plaidait-il dans Le Devoir. La chute du dollar en ce moment montre à quel point une économie fondée sur les ressources naturelles est en situation de volatilité économique. […] Il faut développer notre plein potentiel en recherche et innovation pour développer notre société et notre économie. »

Rappelons qu’en 2014, le gouvernement avait mis de côté la Politique nationale sur la recherche et l’innovation (PNRI) du gouvernement Marois qui prévoyait des investissements de 3,7 milliards de dollars sur cinq ans. Aucune solution de rechange n’a depuis été dévoilée.

Lundi, les partis d’opposition ont joint leurs voix à celle de l’ACFAS pour dénoncer l’inaction du gouvernement. « Notre économie est à bout de souffle, s’insurgeait le porte-parole de la Coalition Avenir Québec, André Lamontagne. Le passage obligé, c’est d’avoir des entreprises qui sont créatives, qui figurent parmi les plus productives, qui sont capables de partir à la conquête du monde. »

La CAQ ne défend pas le retour à la PNRI, mais son propre modèle de « zones d’innovation » le long du fleuve Saint-Laurent. Contrairement à la PNRI qui résultait d’une consultation du milieu, le plan caquiste serait prêt à démarrer sans nouvelle consultation, précise-t-il. Le parti est toutefois d’accord avec l’ACFAS sur la nécessité de regrouper dans un même ministère la recherche et l’innovation.

Au Parti québécois, on souligne que la PNRI avait été « saluée autant par les milieux académique, scientifique et économique » et qu’elle a été écartée « sans raison valable ». Dans un communiqué, le parti souligne que la part du PIB du Québec dédiée à la recherche et au développement est passée de 2,7 % en 2003 à 2,3 % en 2012.

2 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 19 janvier 2016 04 h 56

    Un système économique sans une certaine diversité ne fera jamais long feu.

    Normal que Québec entre les mains du parti Libéral dise cela. Comme gouvernement, il a pour objectif le moins d'intervention possible de l'État, devenir un clone de d'autres pays qui ont ce leitmotiv dans la mire. Par ailleurs, est-ce le même Tournier dont vous annoncez le décès dans vos pages ce matin, Michel de son prénom, qui aurait dit ce qui suit (?), je dirais cela aussi d'un système économique, reposant trop sur le même axe:

    « une société de clones serait d'une extrême fragilité, pour les mêmes raisons qu'une forêt bouturée […] dès lors que toute la société ne ferait que reproduire cet individu, une atteinte mortelle supprimerait tout le monde comme d'un seul trait de plume » (Tournier).

  • Lucien Cimon - Abonné 19 janvier 2016 15 h 41

    Quand on tient tant à démanteler ce qui structure une société pour la rendre plus facile à contrôler, on agit comme ce gouvernement: on démantèle.
    Une fois détruits les organismes qui peuvent créer de la cohérence et de l'unité aux actions diverses, on dirige les projets de recherche des individus et des groupes vers des objectifs qui servent nos intérêts partisans ou notre idéologie en subventionnant ceux qui leur obéissent le mieux.
    Pauvre Québec!