De révolution à fossé numérique

Le Forum économique mondial à Davos voudrait faire de la révolution numérique le thème de sa 46e édition. Mais pour la Banque mondiale, cette « quatrième révolution industrielle » proclamée a pour socle un fossé numérique allant en se creusant.

Le fondateur du Forum économique mondial appelle de tous ses voeux une « quatrième révolution industrielle ». Klaus Schwab l’attend d’une révolution numérique qui saura, espère-t-il, effectuer le saut quantique capable de redynamiser une économie mondiale s’embourbant dans la « stagnation séculaire ». Il en fait le thème du prochain rendez-vous, débutant le 20 janvier.

Pour Klaus Schwab, l’élan de la troisième révolution industrielle enclenchée en 1969 et plongeant l’économie mondiale dans l’ère du numérique est suffisamment puissant pour engendrer une quatrième révolution. Loin de n’être qu’une prolongation de la numérisation de l’économie, la prochaine vague aura sa propre individualité par sa vélocité, sa portée et son impact systémique. L’effet sera exponentiel, et non linéaire. La transformation qu’elle induira n’aura aucun précédent historique, a-t-il soutenu au cours d’une conférence de presse mercredi lançant la 46e édition du pèlerinage annuel à Davos.

Les technologies vont fusionner ou se juxtaposer, provoquant une convergence des univers physique, numérique et biologique. Intelligence artificielle, robotique, « internetisation » tous azimuts, voitures autonomes, impression 3D, nanotechnologie, ordinateurs quantiques… Les environnements économique, politique et social subiront des changements tels que l’humanité aura à se redéfinir. Dans ses valeurs et dans la sauvegarde de la vie privée. Rien de moins !

Dividende numérique

Mais tout n’est pas sans risque. Dirigeants politiques, chefs d’entreprise, experts et analystes conviés à Davos auront à cogiter sur les ratés de la révolution qui s’achève, notamment en matière d’emplois, d’inégalités et d’exclusions. Ils pourront toutefois s’inspirer de ce rapport de la Banque mondiale concluant à un versement du dividende numérique dispersé entre peu de bénéficiaires. Le fossé numérique ne se comble pas en démocratisant l’accès aux téléphones mobiles. « Les effets de la technologie sur la productivité mondiale, l’amélioration des opportunités pour les pauvres et la classe moyenne n’ont pas été à la hauteur des attentes », dit la Banque mondiale. Klauss Schwab reconnaît aussi que la « quatrième révolution industrielle » risque d’alimenter les tensions sociales, d’accentuer les inégalités, de polariser davantage la classe moyenne et d’exacerber les perturbations sur le marché travail, accentuant le clivage entre les emplois qualifiés bien rémunérés et ceux peu pas qualifiés et faiblement rémunérés.

Déjà, la crise de 2008 et la Grande Récession qui a suivi ont braqué les projecteurs sur le chômage structurel, « un fléau social alarmant », et sur les inégalités, « enjeu décisif de notre époque ». Ces déséquilibres ont pour toile de fond un long déclin de la productivité qui perdure depuis un demi-siècle. Un cycle de 50 ans dominé par l’avènement des technologies de l’information et de la communication. À l’exception de ceux observés aux États-Unis, les gains de productivité, tant du travail que de l’ensemble des facteurs de production, ont été faibles, de loin inférieurs à ceux venus de la deuxième révolution industrielle, celle de l’électricité, du moteur à explosion, de la production de masse et de la division du travail.

Robert Gordon, économiste de l’Université de Northwestern, a déjà suggéré que d’une révolution industrielle à une autre, six défis se posent aujourd’hui pour l’économie mondiale : le vieillissement de la population, le plafonnement des gains en éducation, le creusement des inégalités, la crise environnementale et l’endettement des ménages et de l’État. Il faut intégrer à cette liste l’épuisement accéléré des ressources et l’actualisation des externalités. Et y ajouter la définition la valeur actuelle des obligations en matière d’engagements sociaux non financées ; puis y greffer les coûts futurs non comptabilisés des impacts environnementaux des choix faits et non faits, présents et passés.

En s’arrimant à cet appel à une autre révolution s’éloignant du chemin d’un développement durable, responsable et inclusif, la 46e édition du Forum à Davos ne se voudra, finalement, qu’un autre prétexte à égoportraits.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 14 janvier 2016 08 h 10

    THE BIG BROTHER

    Quel vaste chantiers , pas facile a saisir , on est loin de l'huile de bras, si a une époque les conceptes étaient administrés par les religions , aujourd'hui c'est devenu un mode de vie, les conceptes sont devenus de plus en plus des modes de vie, qui font partis du quotidien , je suis convaicu que tres bientôt tous les aspects de vie en dépendra, mais comment gérer ces conceptes qui sont de plus en plus mentales, combien de gens sont aptes a les comprendre et les assumés pleinement, ma conviction est que plus le temps passera il y aura de moins emoins de gens pour les assumer, j'e n'ai besoin de vous parler ici des conséquences, il y aura de moins en moins de prédateurs mais il seront de plus en plus voraces, peut etre sommes nous a la veille du big brother, depuis que l'on l'attend celui la