Le New Hampshire choisit Kerry

Et de deux pour le «comeback kid» John Kerry. Après sa victoire-surprise de la semaine dernière aux caucus de l’Iowa, le sénateur du Massachusetts a poursuivi sur sa lancée hier en remportant la primaire décisive du New Hampshire en ce début de course à l’investiture présidentielle démocrate.

Le suspense aura été de courte durée: les bureaux de vote n’étaient pas fermés depuis une demi-heure que CNN annonçait la victoire de M. Kerry, qui menait, après dépouillement de plus de 80 % des votes, avec 38 % des voix, contre 26 % pour son plus proche rival, Howard Dean.
Deux autres candidats ont terminé assez loin derrière: le sénateur de la Caroline du Nord, John Edwards, étonnant deuxième dans l’Iowa, et le général à la retraite Wesley Clark ont terminé sur une quasi-égalité avec environ 13 % des voix chacun. Plusieurs observateurs s’attendaient hier à ce que le sénateur du Connecticut, Joe Lieberman, arrivé cinquième avec 9 % des votes, abandonne bientôt la course.
Le New Hampshire, qui a élu de justesse George W. Bush à la présidentielle de 2000, a fait mentir hier sa réputation d’électorat imprévisible en collant aux sondages qui, depuis une semaine, donnaient M. Kerry, vétéran du Vietnam, facilement gagnant.
«Quel est le candidat le mieux à même de battre Bush à la présidentielle du 2 novembre?» est apparue comme la question clé pour l’électorat du New Hampshire, à la recherche du candidat démocrate le plus «présidentiable». En M. Kerry, les électeurs démocrates et indépendants de l’État semblent avoir donné leur réponse, alors qu’un sondage publié en fin de semaine par Newsweek le donnait gagnant de justesse contre le président sortant si la présidentielle avait lieu maintenant. Verdict d’autant plus affirmé qu’ils sont allés voter en nombre record malgré le froid glacial.
L’ancien gouverneur du Vermont voisin, Howard Dean, grand favori à l’investiture jusqu’aux caucus de l’Iowa, a arraché une deuxième place, après un sursaut tardif dans les sondages. La question est de savoir si sa performance sera suffisamment crédible pour effacer durablement la mauvaise impression laissée par sa lointaine troisième place dans l’Iowa et le cri guttural — ridiculisé sur toutes les tribunes — qu’il a poussé dans son discours prononcé le soir du scrutin. Prononçant une allocution autrement plus sobre hier soir après la publication des résultats, il est celui des candidats qui a été accueilli avec le plus d’enthousiasme par ses partisans.
La question de la survie politique du général Clark, ancien commandant en chef des forces de l’OTAN pendant la guerre du Kosovo, risque aussi de se poser à moyen terme, considérant qu’il ne s’était pas présenté dans l’Iowa pour concentrer ses énergies sur le New Hampshire.
Étaient en jeu seulement 22 sièges de délégués, sur les 2162 nécessaires pour décrocher l’investiture lors de la convention démocrate de l’été prochain. Le vainqueur n’en bénéficie pas moins d’un indéniable avantage à une semaine de la série de primaires qui auront lieu mardi prochain, le 3 février, dans sept États.
Les cinq principaux candidats avaient prévu une dernière série d’apparitions dans la journée au New Hampshire à l’issue d’une campagne marquée par des dépenses d’au moins neuf millions de dollars américains en publicités télévisées.
Après les échanges peu aimables de l’Iowa, la dernière semaine de campagne a paru moins hargneuse dans le New Hampshire, comme si les candidats avaient tiré les leçons des caucus du 19 janvier au cours desquels les électeurs de l’Iowa avaient sanctionné les deux candidats les plus virulents, Howard Dean et Dick Gephardt. Ce dernier a d’ailleurs retiré sa candidature après sa performance très médiocre.
Cap maintenant sur la série de sept élections qui ont lieu mardi prochain dans les États de l’Arizona, du Delaware, du Missouri, du Nouveau-Mexique, du Dakota du Nord, de l’Oklahoma et de la Caroline du Sud. Le Missouri enverra à lui seul 74 délégués à la convention démocrate qui aura lieu fin juillet à Boston — plus que l’Iowa et le New Hampshire réunis. Mardi prochain sera le jour le plus occupé de la campagne d’investiture d’ici le fameux «super tuesday» du 2 mars, au cours duquel des primaires auront notamment lieu en Californie, dans l’Ohio et dans l’État de New York.
M. Kerry devra y faire la preuve que son étiquette handicapante de libéral de la côte est américaine ne l’empêchera pas d’avoir du succès dans le sud et l’ouest du pays. Pour tous les autres candidats qui n’ont pas gagné dans l’Iowa et au New Hampshire, ce pourrait être la dernière chance de sauver leur candidature. John Edwards ne cache pas depuis des mois qu’il juge essentiel de remporter la Caroline du Sud, la semaine prochaine, pour demeurer un candidat «viable».
Quant à Howard Dean, il paraît vouloir se concentrer sur l’Arizona et le Nouveau-Mexique. Il rêvait il y a quelques semaines encore de s’emparer rapidement de l’investiture démocrate en gagnant dans l’Iowa et le New Hampshire. Sa stratégie consisterait maintenant, écrivait hier le Washington Post, à traverser le test de mardi prochain sans trop de dommages pour ensuite faire un effort de campagne majeur à l’occasion du «super tuesday»

Avec l’Agence France-Presse et l’Associated Press