Primaire du New Hampshire - L'appui de Michael Moore embarrasse Clark

Washington — Le général à la retraite Wesley Clark, prétendant démocrate à la Maison-Blanche, est embarrassé par le soutien à sa candidature du réalisateur polémiste Michael Moore qui a qualifié George W. Bush de «déserteur».

À la veille demain d'une primaire dans le New Hampshire, M. Clark est poursuivi par la controverse provoquée par Michael Moore, l'un des détracteurs les plus virulents du président républicain.

Elle survient à un moment délicat pour l'ancien militaire de 59 ans, qui recule dans certains sondages par rapport aux autres favoris de la course à l'investiture démocrate. Il est ainsi relégué à la quatrième place, avec seulement 10 % des voix, dans un sondage CNN-USA Today portant sur le New Hampshire publié hier.

Selon ce sondage, le sénateur du Massachusetts John Kerry a renforcé dans le New Hampshire son avance (38 %) sur Howard Dean (25 %), l'ex-gouverneur du Vermont, en deuxième position. De fait, l'équipe de campagne de Kerry pense déjà au 3 février, date à laquelle des élections primaires seront organisées dans sept États, dont le très convoité Missouri du député Dick Gephardt, qui a jeté l'éponge après l'Iowa.

Joe Lieberman, 61 ans, ancien colistier d'Al Gore en 2000 arrive quant à lui à une surprenante troisième place (12 %) devant le général à la retraite Wesley Clark (10 %) et le sénateur de Caroline du Nord John Edwards (9 %), deuxième contre toute attente dans l'Iowa. Un autre sondage publié samedi par l'hebdomadaire Newsweek semble lui aussi donner Kerry premier. Il fait ainsi apparaître que, si le scrutin avait lieu maintenant, John Kerry ferait mieux que ses six rivaux démocrates et serait élu à la Maison-Blanche avec 49 % des voix, contre 46 % à George W. Bush.

Sujet délicat pour tous les candidats

Novice en politique, Wesley Clark a bien de la difficulté à se sortir de l'impasse dans laquelle le polémiste Michael Moore l'a plongé le 17 janvier lorsque, dans une réunion électorale, M. Moore a déclaré attendre avec impatience un débat entre «le général» (M. Clark) et «le déserteur» (M. Bush) avant l'élection présidentielle du 2 novembre.

George W. Bush a effectué son service militaire de 1969 à 1972 dans la garde nationale au Texas. Il y a quatre ans, à l'issue d'une enquête, le quotidien New York Times avait conclu à l'absence d'éléments laissant penser que M. Bush n'avait pas totalement rempli ses obligations.

Depuis plusieurs jours, Wesley Clark est sommé par les journalistes américains de dire s'il partage ou récuse l'emploi du mot «déserteur». Il répète plutôt que Michael Moore «est libre de dire ce qu'il pense». «Je ne sais pas si ce qu'il dit est ou non conforme à la réalité. Je n'ai jamais examiné cette question», a-t-il déclaré jeudi lors d'un débat télévisé réunissant l'ensemble des candidats.

De nouveau interrogé hier, il a affirmé qu'il n'aurait «pas utilisé ce terme» de «déserteur». Et, désireux de ne pas se laisser enfermer dans la controverse, il a assuré que ce sujet était loin des préoccupations des électeurs. «J'étais en campagne dans un bowling la nuit dernière, et personne n'a mentionné le passé militaire du président Bush. En revanche, ils m'ont parlé des problèmes d'emploi et de salaire», a-t-il déclaré sur NBC.

Le sujet est également abordé avec prudence par les autres candidats, de peur visiblement de froisser les électeurs qui, selon les commentateurs, n'apprécient guère les attaques personnelles.

Le sénateur John Kerry a ainsi estimé que le langage utilisé par Michael Moore dépassait «les limites».

Personnage controversé aux États-Unis, Michael Moore est l'auteur de documentaires très critiques, notamment sur les armes à feu (Bowling for Columbine), ainsi que de deux pamphlets à l'humour féroce contre l'administration Bush. Il avait annoncé le 15 janvier qu'il soutenait M. Clark, car «il représente clairement le meilleur espoir que nous ayons de battre George W. Bush».