Non aux industries énergivores

Québec — Les dirigeants d'Hydro-Québec ont formellement prévenu le gouvernement hier de ne plus accepter de projets industriels énergivores comme les alumineries, les papetières ainsi que l'industrie chimique et plastique. Hydro-Québec n'a plus de surplus d'électricité et ces projets industriels se traduisent par des hausses de tarif pour l'ensemble des Québécois.

«On dit aux gens: faites attention», a lancé hier le p.-d.g. d'Hydro-Québec, André Caillé, lors de la commission parlementaire qui étudie le plan stratégique de la société d'État. Le gouvernement et ses agents de développement économique auraient intérêt à calculer le coût des emplois créés dans le cadre de ces grands projets en tenant compte du coût de l'électricité. «On peut faire beaucoup plus avec les mégawatts qu'on a» pour créer des emplois, estime M. Caillé. Le coût marginal de l'approvisionnement actuel d'Hydro-Québec est de 6,5 ¢ le kilowatt. Or le tarif grande puissance d'Hydro-Québec consenti aux grands consommateurs industriels est de 3,7 ¢ le kilowatt. Même si, par le passé, elle avait grimacé devant les promesses du gouvernement péquiste de fournir de l'électricité à de grands projets, c'est la première fois qu'Hydro-Québec met publiquement et formellement le gouvernement en garde contre de tels projets.

Un projet comme l'agrandissement de l'aluminerie Alouette, qui représente une consommation de 500 MW, correspond à une hausse de tarif de 2 % que tous les Québécois doivent assumer année après année. Ce sont 170 millions par année, soit l'équivalent d'un coût actualisé de deux milliards, a expliqué au Devoir le président d'Hydro-Québec Distribution, André Boulanger. Or combien d'emplois promet-on de créer de façon permanente avec l'agrandissement de l'aluminerie Alouette? Pas plus de 340 emplois dans l'usine et 1000 autres dans des entreprises de transformation. Ceci représente 1,5 million de dollars par emploi financé à même les hausses de tarif d'électricité.

Selon des données compilées par Hydro-Québec avec la collaboration d'Investissement Québec et la Société générale de financement et portant sur 86 projets annoncés depuis 1997, les alumineries arrivent au bas de l'échelle de la création d'emplois et des sommes investies par MW. Ainsi, chaque MW consenti à une aluminerie n'a produit que 0,7 emploi et un investissement de 2,8 millions de dollars. En tête de liste vient l'industrie de la transformation alimentaire, avec 234 emplois créés et 26 millions de dollars investis pour chaque MW. Les dérivés du silicium ont créé 64 emplois par MW et injecté 19 millions par MW, les biotechnologies, 34 emplois et 20 millions, la transformation du magnésium ou de l'aluminium, 34 emplois et 14 millions, et l'électronique, 12 emplois et 14 millions. L'industrie chimique et plastique a créé six emplois par MW mais a quand même donné lieu à un investissement de 22 millions par MW. «En pratique, si on peut intéresser quelqu'un qui veut investir dans la transformation alimentaire, on a gagné. On a gagné, et on a gagné beaucoup», a fait valoir M. Caillé.

Le Québec «est à l'aube d'une nouvelle ère en matière de coûts d'approvisionnement», a prévenu M. Boulanger en commission parlementaire. Hydro-Québec arrivera l'an prochain à consommer toute l'électricité disponible au tarif dit patrimonial de 2,79 ¢ le kWh consenti à la filiale de distribution. À compter de l'an prochain, tout accroissement de la consommation sera comblé par un approvisionnement au coût du marché, soit 6,5 ¢, a signalé M. Boulanger. Plus la croissance de la demande en électricité sera forte, plus les hausses de tarif seront élevées.

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1 commentaire
  • Pierre Bertrand Groupe HBA - Inscrit 22 janvier 2004 06 h 13

    Enfin une vision claire

    Intéressant comme exposé dans la mesure où l'approche globale est utilisée comme une véritable analyse coût bénéfice. On voit bien la pseudo rentabilité de ce type d'industrie pollunate en plus et pas toujours de bon citoyen corporatif.

    Bertrand