Un don de deux millions pour un «musée-laboratoire»

La ministre de la Culture et des Communications, Hélène David, était de la longue liste des ministres qui s’étaient déplacés lundi soir pour l’annonce du Musée des beaux-arts et de l’éditeur et philanthrope Michel de la Chenelière.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La ministre de la Culture et des Communications, Hélène David, était de la longue liste des ministres qui s’étaient déplacés lundi soir pour l’annonce du Musée des beaux-arts et de l’éditeur et philanthrope Michel de la Chenelière.

L’éditeur et philanthrope Michel de la Chenelière a annoncé hier qu’il ajoutait deux millions de dollars de plus au budget du « musée-laboratoire » qui prendra place dans le futur pavillon de la Paix du Musée des beaux-arts de Montréal. Cet argent servira à construire l’étage additionnel nécessaire à l’accueil d’activités supplémentaires, dans le cadre de « l’atelier international d’éducation et d’art-thérapie Michel de La Chenelière ». Le nouveau pavillon devrait être inauguré dans un an, soit le 9 novembre 2016.

Michel de la Chenelière a fait cette annonce hier en compagnie du premier ministre du Québec, Philippe Couillard, de la ministre de la Culture et des Communications, Hélène David, du ministre de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, François Blais et du ministre responsable de la région de Montréal, Robert Poëti.

Il faut dire que le projet du Musée des beaux-arts de Montréal ratisse large. On parle ici de rassembler des disciplines aussi diverses que la médecine, l’histoire de l’art ou l’éducation, entre autres. Pour la directrice et conservatrice en chef du musée, Nathalie Bondil, ce sera l’occasion pour le MBAM d’innover en redonnant aux collections toute leur portée, dans des disciplines autres que l’histoire de l’art, par laquelle elles ont été traditionnellement interprétées.

Déjà, le musée travaille avec une liste impressionnante d’organismes, hôpitaux, centres de recherche, universités, organismes communautaires pour mettre sur pied les ateliers qui prendront place dans les nouveaux murs du pavillon de la Paix, rue Bishop, à côté de Concordia.

L’Institut de cardiologie de Montréal y conduit par exemple présentement une recherche visant à évaluer l’impact des oeuvres d’art sur le rythme cardiaque.

Le groupe Handicap International a profité de l’exposition Rodin pour étudier une vision de la beauté qui inclut des membres manquants et des corps atypiques.

Il faut dire que, plus que jamais, le XXIe siècle rapproche les principes de culture et de nature, dit Mme Bondil. Ainsi, on réalise que la quête de beauté, qui se reflète dans l’art, n’est pas une exclusivité humaine, mais est aussi partagée par les animaux. Ils l’expriment par la couleur ou le lustre de leur pelage, par exemple, ou plus spectaculairement, par leur queue, comme celle du paon, par exemple, « cette énigme de Darwin ». Le tout répondrait à une pulsion sexuelle et serait lié à l’instinct de reproduction, poursuit-elle.

Sur le plan scolaire, le MBAM ne se contentera plus d’être l’institution muséale qui reçoit le plus grand nombre de visites éducatives, culturelles et communautaires au Canada, avec 307 000 visites par années. Le nombre d’ateliers offerts par le MBAM passera de sept à douze, grâce aux espaces créés dans le nouveau pavillon.

À l’Université Concordia, voisine du musée, et qui propose neuf nouvelles initiatives dans le futur pavillon, on se réjouit de cette interdisciplinarité croissante. L’université, qui compte un programme d’art-thérapie, pourra désormais envoyer directement ses étudiants et ses professeurs travailler dans le musée.

« On pense même construire une passerelle piétonne entre les deux institutions », dit Rebecca Taylor Duclos, doyenne de la Faculté des beaux-arts de l’Université Concordia. Parmi les projets de Concordia qui ont été sélectionnés, on retrouve le « sentier de la paix », par lequel le professeur Kathleen Vaughan explorera les collections du musée sous l’angle des préoccupations de justice et de paix. Un projet sur la prévention du suicide, auquel participent les étudiants en thérapie par les arts, devrait donner lieu à une vaste exposition sur le sujet.

« Dans le contexte canadien, c’est vraiment une première, de voir une collaboration aussi étroite entre un musée et une école », dit Mme Duclos.

L’objectif du musée est de faire voir au maximum ses collections, explique Nathalie Bondil.

Déjà, le MBAM a mis sur pied un projet pilote, Éduc-arts, par lequel il entend faire rayonner les oeuvres du musée au-delà de Montréal. Ainsi, à partir de 2017, des professeurs iront former d’autres professeurs, dans 17 régions de la province, pour les inviter à utiliser les collections du musée, dans diverses matières, allant des sciences naturelles à la philosophie.

Le projet est audacieux. Peu de musées vont aussi loin dans l’interdisciplinarité, constate Mme Duclos. Le MBAM se dotera d’ailleurs d’un « comité scientifique », qui permettra d’examiner la valeur scientifique des divers projets soumis.