Comme un air de déjà vu

Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, n’a peut-être pas prononcé les mots fatidiques — « loi spéciale » —, mais c’est tout comme. Les négociations avec les syndicats des secteurs public et parapublic « arrivent à la croisée des chemins », a-t-il dit.

Bien entendu, une entente négociée demeure son voeu le plus cher, mais si le gouvernement veut en finir avant Noël, comme dit le souhaiter M. Coiteux, le temps risque de manquer, compte tenu de l’écart qui sépare les parties sur la rémunération. La flexibilité qu’il a manifestée sur le rythme de resserrement des régimes de retraite a été accueillie très tièdement.

L’histoire ne se répète pas nécessairement, mais la situation actuelle ressemble étrangement à ce qui s’était passé en décembre 2005, quand le gouvernement Charest avait clos la session parlementaire en décrétant les conditions de travail des employés de l’État, de manière à effacer l’ardoise et à entreprendre la deuxième moitié de son mandat sur de nouvelles bases.

L’élection de Raymond Bachand à l’élection partielle dans Outremont avait offert l’occasion au premier ministre d’effectuer un deuxième remaniement ministériel en moins d’un an. À la reprise de la session parlementaire, au printemps suivant, il avait pu prononcer un nouveau discours inaugural avec une équipe renouvelée.

Cette fois-ci, la crise de Val-d’Or et la mise au repos forcé de la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, ont rendu urgent de compléter le remaniement que M. Couillard avait dû effectuer en catastrophe en février dernier à la suite de la démission de son collègue de l’Éducation, Yves Bolduc. Il avait bien songé à rebrasser les cartes l’été dernier, mais la popularité du gouvernement se maintenait encore à un niveau inattendu, malgré les politiques d’austérité et l’arrivée d’un nouveau chef au PQ. Il avait donc préféré attendre une occasion où cela serait plus utile.

Victime du principe de Peter, on ne sait pas si Mme Thériault retrouvera un jour une place au cabinet, ni même si elle voudra poursuivre sa carrière politique, mais l’élection partielle de lundi prochain dans Saint-Henri–Sainte-Anne permettra très probablement à une autre femme, Dominique Anglade, de faire son entrée au conseil des ministres.

 

L’équipe du Centre d’analyse des politiques publiques de l’Université Laval, dirigée par le politologue François Pétry, a calculé que le gouvernement Couillard avait réalisé jusqu’à présent 52 % des promesses que le PLQ a faites pendant la dernière campagne électorale, soit une meilleure note que celle accordée au gouvernement Charest au même stade de son premier mandat.

Cette évaluation peut certainement être discutée, mais M. Couillard pourra toujours prétendre avoir accompli suffisamment pour justifier un nouveau discours inaugural dans les premiers mois de 2016. Sur papier, le retour à l’équilibre budgétaire sera chose faite, même si de nouvelles coupes sont à venir. Bien que la population n’en perçoive pas encore les effets, il pourra également faire valoir que la réforme du système de santé a déjà fait de grands pas.

Le gouvernement entrera bientôt dans la deuxième moitié de son mandat, de sorte qu’il n’est pas trop tôt pour commencer à faire miroiter les bienfaits qui résulteront du déficit zéro. La souveraineté occupera sans aucun doute une grande place dans la campagne électorale, mais il importe de s’assurer que l’austérité soit oubliée quand les électeurs se présenteront aux urnes en 2018.

 

L’imposition d’une loi spéciale est toujours un échec pour un gouvernement, mais l’important est d’être en mesure de la justifier aux yeux de l’opinion publique. Le discours syndical sur la défense des services publics est traditionnellement accueilli avec un grand scepticisme par la population, qui estime plutôt que les employés de l’État défendent surtout leurs propres intérêts. Si les infirmières ont toujours bénéficié d’une grande sympathie, il en allait différemment des enseignants. Les compressions budgétaires dans le réseau de l’éducation ont cependant eu pour effet de modifier les perceptions.

L’augmentation de 13,5 % en trois ans réclamée par le front commun paraît sans doute excessive, mais plus personne ne doute que les politiques d’austérité compromettent les services offerts dans les écoles. D’où l’exercice de relativité salariale que le gouvernement se dit prêt à envisager aussi bien dans le cas des enseignants que des infirmières.

Il n’est cependant pas si facile d’effacer l’ardoise. À la fin de 2005, il était déjà clair aux yeux de tous que la réingénierie de l’État avait fait long feu. Même s’il y avait eu plus de peur que de mal, le gouvernement Charest n’a cependant jamais réussi à effacer le désagréable souvenir de sa première partie de mandat.

11 commentaires
  • Pierre Schneider - Abonné 3 novembre 2015 06 h 24

    Promesses reniées

    Ce que l'équipe du Centre d'analyse des politiques publiques de l'Université Laval, dirigée par la politologie François Pétry, ne dit pas, du moins dans votre texte, ce sont toutes les mauvaises surprises que l'équipe du premier ministre Couillard a réservées aux citoyens québécois à qui il promettait, combien déjà ? 250 000 jobs ?

    La liste des promesses brisées et des coupures non annoncées dans les services aux citoyens serait trop longue pour en faire ici une énumération fastidieuse.

    Mais, on s'en souviendra.

  • Gilles Delisle - Abonné 3 novembre 2015 07 h 01

    C'est d'un grand chaos social que le Québec a besoin!

    Comme la France en Mai 1968, les Québécois devraient dire haut et fort, que le temps des coupures "à la hache" est terminé. Que des ministres comme les Libéraux, on n'en veut plus, que le temps est venu de se donner une société où les réformes, qu'elles soient budgétaires ou administratives doivent d'abord servir le citoyen. Il a fallu que la terre arrête de tourner en France, pendant quelques semaines, pour que le gouvernement en place, dirigé par de Gaulle propose un référendum sur la gestion de ce pays et sa direction du moment, ce à quoi les Francais avait dit " Non"!

    • Gilles Théberge - Abonné 3 novembre 2015 12 h 13

      Mais il ne se produira pas.

      Il faut se rendre compte que la majorité des électeurs est depuis longtemps passé dans le camps des individualistes qui ne comprennent plus que leurs intrérêts à court terme.

      Et c'est pourquoi aussi, le degré de satisfaction envers ce gouvernement, et pour cet infecte premier ministre reste à son comble...

    • Cyr Guillaume - Inscrit 3 novembre 2015 21 h 15

      Je comprends votre réaction, mais à part les syndiqués, et les enseignants je n'ai pas vu beaucoup de personnes descendent dans les rues du Québec pour crier à l'indignation, si on mets de coté les récents scandales de Val d'or, et le domaine communautaire.

  • Yves Corbeil - Inscrit 3 novembre 2015 08 h 18

    Il est mort ce gouvernement

    Le tissus sociale qu'il détruit systématiquement présentement, tous ces organismes d'aides aux gens dans le besoin et le système d'éducation n'ont pas une seule adresse électoral. Ces gens viennent de tous les millieux et de tous les partis. Le mal de coeur viendra de tous le monde en 2018.

    • François Dugal - Inscrit 3 novembre 2015 20 h 16

      Si ce gouvernement est mort, il nous dirigera du cimetière pendant les trois prochaines années, monsieur Corbeil.

  • Jean-François Trottier - Abonné 3 novembre 2015 09 h 34

    Comme en 2005, et comme en 2007 dans deux ans

    En 2007, Charest avait aussi donné les 700 millions reçus de Harper "comme un cadeau", alors qu'il s'agissait d'une correction fiscale, en allégement fiscaux.

    En 2009, Charest a dû emprunter à la tonne pour payer les chantiers qu'il a déclenchés partout pour contrer la crise... et certainement faire plaisir à bien des contracteurs ainsi qu'à quelques caissiers libéraux.

    Déjà Couillard et Leitao parlent de diminution d'impôts! Lors de la prochaine crise, soit financière, soit due au marché des matières premières, que feront-ils ? Eh oui, les caisses seront vides parce qu'ils ne prévoient rien en ce sens, ils emprunteront, et leur prochain gouvernement (élu à coup de "méchants séparatistes") coupera dans les budgets.

    C'est une cauchemar, réveillez-moi!

    • Cyr Guillaume - Inscrit 3 novembre 2015 21 h 17

      Hélas, cela semble être notre réalitée quotidienne, pour encore un long moment. Avez-vous remarqué M.Trottier, peut importe l'âge et l'époque dans lequel nous sommes, les humains répètent encore et toujours les mêmes erreurs, c'est à en devenir complètement fou. Je dirais même que c'est deux fois plus vrai pour les Québécois.

  • Bernard Dupuis - Abonné 3 novembre 2015 09 h 40

    Le «fatum» des médias

    J’ai été employé du gouvernement du Québec depuis le début des années 70. Il est vrai que ce gouvernement dispose de l’arme de «la loi spéciale» utilisée régulièrement pour remettre les travailleurs à leur place. Sur la base de cette constatation, les chroniqueurs médiatiques en viennent à établir une loi universelle : les travailleurs se battent pour rien et ils ne cherchent, comme toujours, que leurs intérêts personnels. Somme toute, c’est «comme un air de déjà vu».

    Les chroniqueurs médiatiques du Québec sont-ils influencés inconsciemment par la vision fataliste du monde : on ne peut rien contre le destin. C’est le «fatum» mahométan. Ainsi, il ne sert à rien de vouloir changer les choses puisque le «fatum» va nous rejoindre.

    La vision judéo-chrétienne du monde qui croit que l’homme a la liberté et la volonté pour faire changer les choses serait-elle rejetée, comme le reste, aux poubelles de l’histoire? Croire que le fatalisme est plus important que l’espérance de changer les choses et croire qu’en fait, il n’y a que les intérêts qui motivent les grèves, voilà des croyances maintenant fort répandues dans la «population» et largement reprises par les chroniqueurs des médias.

    Si le gouvernement peut se permettre de déconstruire l’état et faire croire que la prospérité provient de l’appauvrissement des travailleurs, c’est que la vision fataliste domine de plus en plus les médias et la population.

    Bernard Dupuis, 3/10/2015.

    • Yves Corbeil - Inscrit 3 novembre 2015 11 h 49

      À que je suis d'accord avec vous. Sommes-nous programmé pour être aussi inconscient de la partie d'ÉCHEC qui se joue sous nos yeux.