Réussite: une vaste étude confirme «l'effet école»

Les parents pourraient bien avoir raison d'accorder la plus grande attention au choix de l'école secondaire que leur enfant fréquente. Une nouvelle étude montréalaise s'intéressant au lien direct entre la défavorisation et les chances de réussite scolaire confirme l'effet du milieu scolaire sur l'accès au diplôme et même à l'université.

Pendant que certains palmarès controversés démontrent une grande curiosité des parents pour le choix de la bonne école secondaire, et confirment un attrait grandissant pour l'école privée, la délicate question de «l'effet école» sur la réussite des élèves est directement soulevée par une récente étude publiée par le Comité de gestion de la taxe scolaire de l'Île de Montréal. On y apprend que les chances d'obtention des diplômes et d'accès aux études post-secondaires d'un élève issu d'un milieu favorisé décroissent s'il fréquente un milieu scolaire défavorisé, alors qu'au contraire, son jeune collègue lié à un milieu défavorisé, mais inscrit dans un établissement qui ne l'est pas, bénéficie de «l'effet école» et présente plus de chances de réussite.

Le document, intitulé Impact de la défavorisation socio-économique sur la diplomation des élèves inscrits dans les écoles secondaires publiques de Montréal, révèle qu'alors que 46 % des élèves de milieu défavorisé inscrits dans un établissement dit favorisé ont entrepris des études post-secondaires, ils ne sont à l'inverse que 41 % à y accéder lorsqu'ils sont issus de milieu favorisé mais inscrits dans une école dite défavorisée.

«Cela soulève des questions», explique l'auteur de l'étude, Dominique Sévigny. «On peut par exemple se demander s'il ne serait pas pertinent d'atténuer la concentration d'élèves défavorisés dans un même établissement», poursuit l'agent de recherche, évoquant du coup le «casse-tête logistique» que cela pourrait représenter.

Anciennement appelé le Conseil scolaire de l'île de Montréal, le Comité de gestion est une créature unique sur le territoire scolaire québécois. Les cinq commissions scolaires montréalaises (CS de Montréal, CS de la Pointe-de-l'Île, CS Marguerite-Bourgeoys, CS Lester-B.-Pearson, CS English-Montréal) bénéficient de ses services pour la perception et la répartition de la taxe scolaire dans l'ensemble des écoles, selon une carte de la défavorisation des familles avec enfants en milieu montréalais, un outil particulier que l'organisme a développé il y a maintenant trente ans.

Chaque année, le comité effectue un classement des écoles en fonction d'un indice de défavorisation — qui tient compte de variables telles que le revenu, la monoparentalité, la scolarité et l'emploi — lié à des parcelles du territoire montréalais. Les données, composées à partir des banques de Statistique Canada, permettent de composer un indice qui vogue de 1 à 10, du milieu le plus défavorisé à celui qui l'est le moins.

Le CGTSIM a puisé dans un bassin de 35 500 élèves qui étaient en 3e, 4e et 5e secondaire sur l'ensemble du territoire montréalais en 1998. On a observé leur parcours scolaire jusqu'en 2001, afin d'évaluer par exemple les taux de persévérance scolaire chez ceux qui étaient en 5e secondaire en 1998 et qui ont poursuivi ou non à l'université cinq ans plus tard.

Le lien intime établi entre la précarité financière du milieu familial et les chances de réussite est clairement démontré: alors que seuls 24 % des élèves du 10e décile n'ont pas obtenu leur diplôme (ou l'ont obtenu avec retard), ce pourcentage bondit à 62 % pour les élèves du 1er décile, le milieu le plus défavorisé, pour un taux près de trois fois plus élevé.

Mais l'évaluation du Comité de gestion fait un pas en avant et va fureter du côté de l'«effet école» sur la réussite des individus. «Même les élèves résidant dans les lieux les plus favorisés sont désavantagés sue le plan de la diplomation lorsqu'ils sont inscrits dans une école défavorisée», affirme-t-on dans l'étude, dont le contenu a été adopté la semaine dernière par le CGTSIM.

L'analyse nous apprend que les élèves issus des milieux les plus favorisés (10e décile) ne réussissent pas de la même manière selon que leur milieu scolaire soit défavorisé ou non: 48 % d'entre eux n'avaient pas obtenu leur diplôme dans les temps voulus dans une école défavorisée, contre 22 % dans un établissement favorisé.

«Il pourrait être intéressant d'aller étudier l'impact d'une combinaison différente des élèves dans une école sur la réussite», affirme Dominique Sévigny, qui refuse par ailleurs de faire le lien entre les résultats de cette étude et le Bulletin des écoles secondaires du Québec, publié chaque année par L'actualité.

L'auteur s'étonne par ailleurs de constater que les taux d'obtention des diplômes sont relativement bas dans l'ensemble des établissements défavorisés, et ce, pour toutes les catégories d'élèves qui les fréquentent, issus de milieux favorisés ou non. «Les données se ressemblent beaucoup, qu'on soit au 10e ou au 1er décile», explique-t-il. Tandis que 65 % des élèves issus du milieu le plus défavorisé n'avaient pas de diplôme en poche dans les temps voulus, le pourcentage chute à 48 % de jeunes non diplômés dans la catégorie des plus favorisés.

L'examen des taux d'obtention des diplômes dans les écoles favorisées révèle une tout autre réalité, les chances de réussite gonflant en fonction de la favorisation du lieu de résidence: pour 54 % de non-diplômés dans le lieu le plus défavorisé on ne retrouve plus en effet que 22 % de ces jeunes sans diplôme au 10e décile.

«De même, la probabilité que l'élève entreprenne des études post-secondaires est liée non seulement au niveau de défavorisation socio-économique de son lieu de résidence, mais aussi à la catégorie d'écoles qu'il fréquente.»

Le document, qui divise le groupe d'élèves examinés selon l'âge, le sexe et l'origine ethnique (64 % des élèves étaient «d'origine québécoise»), établit aussi que «le parcours scolaire varie en fonction de l'origine ethnique». Le fait d'être associé à un milieu favorisé constitue un aussi bon pronostic de la poursuite des études pour l'élève d'origine québécoise que pour les autres, mais l'étude met en lumière le fait que les élèves d'origine étrangère présentant un retard scolaire persévèrent malgré tout et ont accès au diplôme en plus grand nombre (77 % d'entre eux contre 60 % des élèves d'origine québécoise).

De même, une plus forte proportion d'élèves étrangers poursuivent des études supérieures, soit collégiales (46 % contre 38 % chez les élèves d'origine québécoise) ou universitaires (17 % contre 14 %). «C'est une piste qui mérite d'être explorée davantage», explique Dominique Sévigny.