Kerry éclipse Dean

Le sénateur John Kerry (Massachusetts) a remporté haut la main hier soir les caucus démocrates de l’Iowa, première étape vers l’élection présidentielle.
Photo: Agence Reuters Le sénateur John Kerry (Massachusetts) a remporté haut la main hier soir les caucus démocrates de l’Iowa, première étape vers l’élection présidentielle.

Il y a eu les analyses, les prédictions et les sondages. Il y a maintenant les résultats: les électeurs démocrates de l’Iowa ont fait du sénateur du Massachusetts, John Kerry, le grand vainqueur de ce premier rendez-vous électoral. Au terme des 1993 caucus — réunions publiques — qui ont animé la vie électorale de cet état hier, l’aspirant candidat démocrate à la présendentielle de 2004 a reçu en fin de soirée l’appui de 38 % des militants, devançant de six points le sénateur de la Caroline du Nord, John Edwards et laissant dans la poussière l’ancien gouverneur du Vermont, Howard Dean, qui n’a récolté que 18 % des suffrages.

Cette consultation publique, point de départ de la campagne électorale américaine pour le clan démocrate, a également fait une première victime: Richard Gephardt. Ressorti hier des réunions de cuisine, des salles polyvalentes et des sous-sol d’église de l’Iowa avec l’appui d’un mince 11 % des militants, le réprésentant du Missouri au Congrès a annoncé son retrait de la course à l’investiture du parti démocrate peu de temps après les premiers décomptes.
Même si ce premier coup de sonde lancé dans l’électorat démocrate n’est pas garant du résultat final de la course à la Maison-Blanche, Howard Dean, le favori dans les sondages il y a encore une semaine, n’en a pas moins été déçu de sa performance hier. Selon lui, cette troisième place n’est rien d’autre que le fruit des attaques auxquelles sa position de chouchou l’a exposé dans les derniers jours. Mais le politicien qui mène actuellement une campagne féroce par l’entremise, entre autres, de l’Internet, ne s’avoue pas vaincu pour autant. «Nous allons nous revoir au New Hampshire», a-t-il lancé à ses adversaires.
C’est dans cet État que le processus électoral américain visant à sélectionner l’opposant démocrate à l’actuel président des États-Unis doit se poursuivre en effet le 27 janvier prochain. Avec cette fois deux candidats de plus: le sénateur Joe Lieberman et le général à la retraite Wesley Clark, qui ont décidé de faire l’impasse sur la consultation d’hier, histoire de se concentrer sur la primaire du New Hampshire.
John Kerry, le grand vainqueur de la soirée, sera au rendez-vous avec, lui aussi, la ferme intention de réitérer cette première et remarquée performance. Les caucus de l’Iowa viennent en effet de relancer la campagne de celui que plusieurs analystes avaient d’ores et déjà écarté du jeu. Tout comme les sondages d’ailleurs. «Comme je l’ai dit au New Hampshire et ici [Iowa], je suis un battant, a-t-il déclaré. Et je vais mener le même combat.» Depuis le début de la campagne, M. Kerry, un héros du Vietman, se présente à ses adversaires comme le «seul leader qui puisse battre Bush, qui puisse améliorer les choses en Amérique et faire revenir l’optimisme», dit-il.
L’électorat de l’Iowa a visiblement été séduit, repoussant au passage le plus à gauche des démocrates, Howard Dean, devenu au fil de la campagne le critique par excellence de la guerre en Irak — tout comme le rassembleur d’une frange de jeunes électeurs d’ordinaire peu versés dans la chose démocratique — mais aussi le centriste John Edwards, un inconnu du grand public pourtant arrivé en deuxième position dans cette première course et qui confirme ainsi sa remontée dans les intentions de vote démocrates.
Reste toutefois que l’Iowa, ce petit État dépourvu de grande zones urbaines et de minorités — les blancs représentent 94 % de la population — n’est guère représentatif du reste de la fédération. Tellement qu’en 1992, Bill Clinton y a été battu par deux politiciens de second rang, Tom Harkin et Paul Tsongas. Une défaite qui ne l’a pas empêché pour autant de remporter l’investiture six mois plus tard et d’entrer par la suite dans le bureau ovale à la place de George Bush.

Avec AFP, Reuters et AP