Nouvel attentat suicide à Bagdad

Un soldat américain pointe son arme sur un homme tenant dans ses bras un enfant terrorisé, tout près du siège de la coalition internationale, où l’explosion d’une voiture piégée a fait 25 morts hier à Bagdad.
Photo: Agence France-Presse (photo) Un soldat américain pointe son arme sur un homme tenant dans ses bras un enfant terrorisé, tout près du siège de la coalition internationale, où l’explosion d’une voiture piégée a fait 25 morts hier à Bagdad.

Bagdad — Un boum assourdissant, une boule de feu, une immense flamme et des rivières de sang, c'est ce qu'ont vu les témoins directs de l'attentat suicide qui a fait 25 morts et plus de 90 blessés hier à Bagdad à l'entrée de l'ancien palais présidentiel de Saddam Hussein, aujourd'hui siège de la coalition.

À l'exception de deux employés civils américains du Pentagone, toutes les victimes sont irakiennes.

L'attaque à la voiture piégée s'est produite à l'endroit connu sous le nom de «porte des Assassins» à huit heures du matin, l'heure où les employés irakiens de cet immense complexe fortifié qui s'étire sur dix kilomètres le long de la rivière, faisaient la queue pour se plier aux contrôles de rigueur, avant de pénétrer dans le bâtiment.

Cet attentat est le plus meurtrier à Bagdad depuis ceux contre le siège de la Croix-Rouge et quatre commissariats de police le 27 octobre (42 morts) et le premier perpétré dans la capitale irakienne depuis le début de l'année. Le 31 décembre, une voiture piégée a fait huit morts devant un restaurant de Bagdad.

L'administrateur civil américain en Irak, Paul Bremer, qui réside dans ce QG, un ancien palais du président déchu Saddam Hussein, mais qui se trouve aux États-Unis, a déclaré que ces morts étaient «tragiques et inexcusables», selon le site Internet de la coalition dirigée par les Américains. Après l'attentat, un haut responsable militaire américain a indiqué que quatre Irakiens, dont les véhicules portaient des traces d'explosifs, avaient été arrêtés ces trois dernières semaines à proximité du QG américain à Bagdad. Ils sont actuellement interrogés sur un possible lien avec l'attentat.

Plus tard en soirée, treize personnes ont été blessées, dont l'une grièvement, dans l'explosion d'une bombe près d'un site religieux de la ville sainte chiite de Kerbala (centre de l'Irak), le mausolée de l'imam Abbas. L'engin explosif était dissimulé dans un paquet placé au bord de la route, dans le centre de la ville sainte à un moment où affluaient pèlerins iraniens et irakiens venus visiter les mausolées de l'imam Hussein et de son demi-frère Abbas, vénérés par les chiites. Plusieurs attentats ont visé des mosquées et des lieux de culte chiites ces dernières semaines, notamment une mosquée de Baaqouba, au nord de Bagdad, le 9 janvier, faisant cinq morts et des dizaines de blessés.

L'attentat de Bagdad est survenu à la veille d'une importante rencontre à New York entre l'administrateur américain Paul Bremer, le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan et une délégation du Conseil de gouvernement transitoire irakien sur un éventuel retour de l'ONU en Irak, souhaité par Washington pour légitimer le processus de transition.

Le général américain Mark Kimmitt à Bagdad a confirmé qu'il s'agissait vraisemblablement d'un attentat suicide.

Il s'agissait d'un pick-up blanc qui contenait 500 kg d'explosifs, selon le colonel américain Ralph Baker.

«Les soldats étaient paniqués, certains se jetaient par terre. J'ai vu des employés qui tombaient blessés. Je n'ai jamais entendu une explosion pareille», a déclaré Ahmad Hassan, ouvrier du bâtiment. «Un pick-up s'est placé derrière la file des voitures et a explosé.»

«Sur cent mètres, des employés attendaient d'entrer. J'ai vu cinq corps sur la chaussée», a déclaré Mohammad Bachir, un autre témoin. «On attendait pour entrer [dans le QG]. J'ai vu un véhicule contourner la file des voitures et exploser», a raconté Khartan Daoud, un employé de la coalition soigné à l'hôpital Al-Kindi pour des blessures à la tête.

Plusieurs heures après l'attentat, des camions continuaient à enlever les carcasses calcinées des voitures. «Vingt voitures sont toujours là dont dix ont toujours des corps à l'intérieur», a affirmé un militaire américain en milieu d'après-midi.

«C'est un acte terroriste commis par des groupes étrangers. C'est contraire à l'islam. Ils ne visent pas la coalition car la majorité des victimes sont des Irakiens», a déclaré le chef de la police irakienne, le général Ahmed Ibrahim.

Après l'attentat, un haut responsable militaire américain a indiqué que quatre Irakiens, dont les véhicules portaient des traces d'explosifs, avaient été arrêtés. Ils sont actuellement interrogés sur un possible lien avec l'attentat.

Le choc a laissé place à la colère contre les auteurs des attentats. «S'ils se disent résistants, qu'ils pénètrent dans le palais et attaquent les Américains et pas les pauvres Irakiens qui ont besoin de travailler pour vivre», grondait un Irakien. La même irritation faisait jour contre les Américains. «Pourquoi la coalition n'équipe-t-elle pas nos pompiers de moyens de communication? se demandait un autre. Les soldats américains sont restés planqués derrière leurs blocs de béton sans aider les victimes. Ils ne sont sortis qu'après l'arrivée des ambulances et des pompiers. C'est alors qu'ils ont mis des barbelés et nous ont fait partir en pointant leurs armes sur nous.» Toute la matinée, raconte un homme, des passants sont venus pour avoir des nouvelles des leurs, employés dans le palais. Ils n'ont eu aucune information. «Des cow-boys, voilà ce qu'ils sont.»

L'attentat prouve en tout cas que la résistance à l'occupation est toujours capable de frapper la capitale irakienne. Mais il montre également que les Américains ont réussi à élever leur niveau de protection, laissant les civils qu'ils emploient extrêmement vulnérables. La nouvelle police irakienne paie également un lourd tribut à la rénovation du pays. Parmi les victimes de l'explosion d'hier figurent quatre membres des forces de l'ordre. Et depuis la chute du régime de Saddam Hussein, 600 d'entre eux ont été tués dans des attentats ou des opérations de maintien de l'ordre, a révélé hier le commandant de l'Académie de la police irakienne, Moshtaq Fadhel.