Les caucus de l'Iowa - Lutte très serrée entre démocrates

Les paris restent ouverts aux caucus de l'Iowa qui marquent ce soir le début du long processus de sélection du candidat démocrate à l'élection présidentielle américaine de novembre 2004, laquelle pourrait apporter une énorme surprise et se traduire par une courte défaite de George W. Bush, selon un dernier sondage publié hier.

L'ex-gouverneur du Vermont Howard Dean est le favori de cette course démocrate, mais son soutien paraît plus fragile qu'il y a quelques semaines.

Dean a fait hier le pèlerinage à Plains (Géorgie), le fief de Jimmy Carter, pour y recevoir l'accolade publique de l'ancien président américain. «Je veux vous présenter mon ami, chrétien comme moi, Howard Dean», a dit M. Carter après avoir assisté à la messe en compagnie du candidat. L'ancien président et lauréat du prix Nobel de la paix a souligné qu'il ne s'agissait pas d'un soutien officiel, car il avait promis de ne pas le faire avant que les démocrates ne choisissent le candidat qui affrontera George W. Bush en novembre prochain.

La cote de popularité de M. Bush, qui avait reçu un fort coup de pouce avec la capture de Saddam Hussein le mois dernier, a fondu de huit points en un mois et ne se situe plus qu'à 50 %, et si l'élection présidentielle avait lieu immédiatement, 45 % des électeurs donneraient leur suffrage à un candidat démocrate contre 43 % à George W. Bush, selon un sondage New York Times/CBS publié hier.

L'opinion publique apparaît ainsi partagée en deux pour le scrutin présidentiel du 2 novembre 2004. Le sondage, réalisé entre le 12 et le 15 janvier auprès de 1022 personnes, comporte en effet une marge d'erreur de 3 %.

Selon le sondage, chez les démocrates, Howard Dean reste le favori sur le plan national, avec 24 % de soutien, devant le général en retraite Wesley Clark, qui recueille 12 %, suivi des parlementaires Dick Gephardt (11 %) et John Kerry (7 %).

Aux caucus de l'Iowa, six des huit aspirants s'affrontent dans ces réunions de quartier ou de village d'électeurs démocrates qui choisiront leurs délégués à la convention de Boston en juillet prochain, pendant laquelle sera élu le rival de George W. Bush, seul candidat du Parti républicain.

Le nombre de délégués — 55 sur les plus de 4300 délégués de Boston — envoyés par cet État rural et ouvrier du Middle West d'une population de trois millions d'habitants, n'est pas le principal enjeu.

L'intérêt du scrutin est qu'il donnera une précieuse indication sur les chances des uns et des autres.

Face à Howard Dean, le député du Missouri voisin Richard Gephardt est appuyé par une partie des syndicats dans un scrutin qu'il ne peut pas se permettre de perdre. Les deux autres candidats de poids sont John Kerry, sénateur du Massachusetts, et John Edwards, sénateur de Caroline du Nord.

Selon une enquête Reuters/MSNBC/Zogby, les quatre hommes se tiennent dans une fourchette de cinq points de pourcentage, soit l'une des campagnes les plus serrées et indécises de l'histoire électorale de l'Iowa. La même étude souligne que 11 % des votants probables n'ont pas encore fait leur choix.

Deux autres candidats n'ont guère de chances de bien se placer, le député de l'Ohio Dennis Kucinich et le prédicateur et militant des droits civiques Al Sharpton.

Il y a 532 000 démocrates déclarés dans l'Iowa, dont 61 000 avaient participé aux caucus en 2000, dans une compétition beaucoup moins disputée.

Les candidats ont mis les bouchées doubles dans les derniers jours de campagne, leurs milliers de volontaires parcourant l'Iowa de long en large pour tenter de rallier les indécis. La nature même des «caucus», dans lesquels les participants se réunissent en public pour affirmer leur soutien, incite à une bataille entre les états-majors de campagne qui tentent de dénicher les électeurs les plus dynamiques. «Nous allons maintenant savoir si nous pouvons transformer cet incroyable élan local en votes», a déclaré Dean samedi lors d'un meeting à Council Bluffs, se déclarant «en position de combat» pour la course.

Dean, qui a fondé initialement sa popularité en déclarant son hostilité à la guerre en Irak, est légèrement en tête des intentions de vote, selon l'enquête Reuters/MSNBC/Zogby, mais il est talonné par John Kerry, qui a réussi un joli coup médiatique samedi avec ses retrouvailles avec un ancien combattant du Vietnam à qui il sauva courageusement la vie en 1969.

L'homme, un électeur républicain, fut récupéré sur une rivière et sous le feu ennemi par Kerry, pourtant blessé. Cet exploit lui valut une médaille. Il aurait contacté lui-même l'état-major de Kerry pour proposer son aide. «Je suis bouleversé par les souvenirs qui reviennent», a déclaré le sénateur lors de ces retrouvailles organisées à Des Moines, capitale de l'État.

Gephardt, qui fait valoir sa longue expérience politique, s'est de son côté rendu à Cedar Rapids. Juché sur un pickup fabriqué aux États-Unis, il a martelé son message en faveur de l'emploi et de la protection sociale.

John Edwards, qui bénéficie d'un regain de soutien ces derniers jours et insiste sur son rejet d'une «politique de cynisme», a rencontré des volontaires de son état-major de campagne.

Les caucus de l'Iowa donnent le coup d'envoi de la course démocrate à la présidentielle, mais les résultats de la primaire du New Hampshire le 27 janvier seront tout aussi intéressants.

Ce scrutin verra l'entrée en lice de Wesley Clark, qui a préféré ne pas se présenter dans l'Iowa pour concentrer ses forces sur le New Hampshire.