Guerre des nerfs entre un maire, deux cols blancs et huit cols bleus

À Saint-Gabriel-de-Brandon, dans Lanaudière, la grève menée depuis septembre dernier par les dix employés municipaux a pris l'allure d'une guerre des nerfs que se livrent le maire et le syndicat. Mais les citoyens de cette municipalité de 3000 habitants commencent à perdre patience, eux qui doivent composer avec des rues mal déblayées et parsemées de nids-de-poule. Ils comprennent mal qu'après tout ce temps, les deux parties ne soient toujours pas parvenues à s'entendre.

En mai dernier, la municipalité de Saint-Gabriel-de-Brandon avait conclu une entente de principe avec le Syndicat des employés municipaux pour le renouvellement de la convention collective des huit cols bleus et des deux cols blancs à l'emploi de la Ville. Les deux parties croyaient l'affaire réglée et avaient promis d'entériner l'accord au retour des vacances.

Mais ils étaient trop optimistes. Le 4 septembre, les dix syndiqués ont déclenché une grève qui, quatre mois plus tard, ne semble pas vouloir se régler. Les citoyens en ont marre. «La grève, les gens en parlent beaucoup et ils sont tannés. Ils ont peur que ça nuise au tourisme», relate Nicole Boyer, copropriétaire de l'auberge Le Saint-Gabriel. «Et je pense que les trois quarts des gens ne savent pas ce qui est au centre du conflit.»

Alors qu'une entente semblait confirmée quelques semaines auparavant, ce sont les sanctions disciplinaires imposées à trois cols bleus qui ont mis le feu aux poudres en juillet. Des plaintes de harcèlement déposées par un autre employé ont valu des suspensions d'un mois aux trois salariés. Le syndicat a bien tenté de faire annuler ces sanctions, mais en vain. Face au refus de la Ville de se plier à leur demande, les syndiqués ont opté pour la grève, marquant ainsi le début d'une guerre des nerfs.

Des lettres anonymes envoyées aux élus et une série d'actes d'intimidation à l'endroit du maire Gaston Durand ont envenimé l'atmosphère déjà tendue. En guise de moyen de pression, les syndiqués ont même pris l'habitude d'accompagner M. Durand à la salle de quilles. «Mais tout ce qu'on fait, c'est qu'on s'assoit en arrière et qu'on le regarde jouer», se défend Gilles Lapierre, conseiller syndical de la CSN. «Mais c'est sûr que ça le dérange parce que c'est un homme bien orgueilleux.» Plus récemment, le véhicule du maire a été vandalisé, mettant en péril tous les efforts jusqu'alors faits pour dénouer l'impasse.

La semaine dernière, le maire a affirmé sur les ondes de Radio-Canada qu'il n'abandonnerait pas la partie malgré les actes de vandalisme et d'intimidation dont il a été victime. «Ils peuvent tout briser, ma maison, ça ne me dérange pas. Qu'ils me cassent les deux jambes. Il me reste deux ans [à mon mandat] et je vais les faire», a-t-il lancé avec des trémolos dans la voix. Après avoir lancé ce cri du coeur, le maire préfère maintenant garder le silence face aux médias, avouant que ses commentaires lui ont nui. Il faut avant tout que le conflit se règle, dit-il.

La Ville a eu beau annuler, à l'automne, les mesures disciplinaires imposées aux employés, les deux parties ne s'entendent toujours pas. Ainsi, même si les principaux éléments d'une nouvelle convention collective sont réglés, deux sources de litige demeurent, soit l'octroi d'une prime de 500 $ promise aux salariés et un poste d'employé temporaire que le syndicat aimerait bien voir aboli.

Malgré la tension qui règne, le procureur de la municipalité, Philippe Desrosiers, croit qu'une entente est possible: «Les gens veulent se parler, sauf que le mot d'ordre, c'est qu'il n'y aura pas de négociation ou d'entente dans un contexte d'intimidation, de harcèlement ou de vandalisme. C'est le message qu'on veut lancer au syndicat.» Il estime «que tous les éléments pour un règlement sont là». Les deux parties tenteront d'ailleurs un ultime rapprochement à l'occasion d'une séance de conciliation prévue mercredi prochain. Cette rencontre pourrait être déterminante.

Mais rien n'est simple car, explique M. Desrosiers, le conflit a pris l'allure d'un affrontement entre le maire Durand et le représentant de la partie syndicale, Gilles Lapierre. «M. Durand est un homme très émotif», reconnaît M. Desrosiers. De son côté, Gilles Lapierre, de la CSN, affirme que les syndiqués sont déterminés à poursuivre la grève jusqu'aux élections municipales de novembre 2005 s'il le faut. Mais il a le sentiment que la municipalité souhaite vraiment mettre un terme au conflit. «Ils sont tannés et les citoyens aussi sont tannés, indique M. Lapierre. Ce n'est pas drôle pour personne en ce moment, et il fait frette dehors.»

Les employés assurent les services essentiels en procédant notamment au déneigement des rues et trottoirs lorsqu'il y a accumulation de plus de neuf centimètres de neige. Mais les citoyens ne cachent pas leur impatience de voir le conflit se régler. Un groupe de citoyens a d'ailleurs déposé une plainte auprès du ministère des Affaires municipales afin d'attirer l'attention du gouvernement sur ce conflit qui perdure. «C'est l'enfer. Les routes ne sont pas entretenues et sont pleines de trous. On est ben écoeurés, comme on dit en bon québécois», résume Josée Allard, propriétaire du restaurant Le Mistral, qui croit que le conflit a pris une ampleur démesurée et qu'il serait grand temps d'y mettre un terme.