Québec coupe les vivres à la SGF

Source Saputo - La société d’État possède des titres facilement monnayables, cotés en Bourse, comme Domtar, Ro-Na ou Saputo.
Photo: Source Saputo - La société d’État possède des titres facilement monnayables, cotés en Bourse, comme Domtar, Ro-Na ou Saputo.

Le gouvernement Charest n'a pas l'intention d'investir un seul dollar de plus dans la Société générale de financement (SGF). Pour combler ses besoins financiers à court terme de 200 millions, la société d'État devra liquider des éléments de son actif.

C'est ce qu'a indiqué le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, dans une entrevue qu'il a accordée au Devoir, hier, à ses bureaux de Montréal. La SGF «a suffisamment de capital. Le gouvernement n'a plus l'intention d'en rajouter», a assuré M. Audet. Selon le ministre, la SGF est «capable d'utiliser le "leverage" qu'elle a dans ses participations de son capital. On a mis beaucoup d'argent du secteur public là-dedans».

Michel Audet n'a donc pas l'intention de suivre une des recommandations faites par le groupe de travail sur le rôle de l'État québécois dans le capital de risque et visant la SGF. Dans son rapport remis à la mi-décembre, le groupe présidé par Pierre Brunet suggérait que la SGF recentre ses activités dans les grands projets de 100 millions et plus, sauf dans les secteurs de l'agroalimentaire, de la foresterie et des mines, où elle détient une expertise éprouvée.

La SGF doit s'autofinancer d'ici quelques années mais, pour y arriver, la société d'État a besoin d'un apport non récurrent de 200 millions du gouvernement. Son plan d'affaires antérieur, conçu sous le gouvernement péquiste, prévoyait une injection de 400 millions par année de la part de l'État entre 2002 et 2006. Rappelons que la SGF possède des capitaux propres (une fois sa dette déduite) de plus de 2,3 milliards, ou de 1,9 milliard si on tient compte des radiations de 397 millions annoncées à la fin de l'année dernière. La société d'État possède des titres facilement monnayables, cotés en Bourse, comme Domtar, Ro-Na ou Saputo.

Le rapport Brunet et ses recommandations qui visent à accroître la place du secteur privé dans le capital de risque au Québec feront l'objet d'une commission parlementaire à compter du 26 février. «On va le soumettre à une vaste consultation. Ce n'est pas encore la position du gouvernement», soutient M. Audet. Mais déjà, le ministre s'enthousiasme à l'idée de créer des fonds mixtes publics-privés en région et pour le démarrage d'entreprises de haute technologie, qui comptent parmi les principales recommandations du groupe de travail.

En région, il y a des gens qui détiennent du capital et des gens qui connaissent les occasions d'affaires, estime le ministre. Le gouvernement les incitera, par des crédits d'impôt ou autres avantages fiscaux, à investir dans ces fonds régionaux. Même chose pour le Fonds mixte en haute technologie appelé à remplacer les sociétés Innovatech: le secteur privé aura droit à des avantages fiscaux pour investir. Le gouvernement se contentera d'un rendement fixe: le secteur privé sera le premier à empocher les profits mais le premier aussi à essuyer les pertes, le cas échéant, a expliqué M. Audet. «On va combler ce besoin parce que je veux que Montréal reste la capitale canadienne, pour ne pas dire une des capitales nord-américaines, qui a le leadership dans le domaine des sciences de la vie, des biotechnologies et de la recherche», a-t-il dit.

Or, dans le dernier budget Séguin, le gouvernement a retranché 25 % dans les crédits d'impôt aux entreprises et 12,5 % dans les crédits d'impôt à la recherche-développement. Les crédits d'impôt en recherche-développement du Québec demeurent généreux, a fait valoir M. Audet, parce qu'ils sont remboursables plutôt que déductibles des profits. Les entreprises qui ne font pas de profits reçoivent un chèque du gouvernement. «C'est le seul endroit en Amérique du Nord» où cela se fait, a signalé le ministre.

Pendant que M. Audet évoque la création de nouveaux avantages fiscaux liés aux fonds mixtes, le ministre des Finances, Yves Séguin, parle de réduire encore plus les crédits d'impôt dans son prochain budget. Si Yves Séguin s'avise de toucher aux crédits d'impôt en recherche-développement, il trouvera Michel Audet sur son chemin. «Je vais me battre pour protéger ce secteur-là parce que le dynamisme de notre développement économique, c'est l'innovation, c'est la recherche-développement. C'est très important. On est dans une course internationale, a fait valoir le ministre. Donc, je vais me battre pour maintenir cet avantage-là.»

Au sujet de l'impopularité croissante du gouvernement Charest que confirme un dernier sondage, Michel Audet a ce mot: «Il y a des yo-yo.» L'équipe gouvernementale a fait les choses «qu'il fallait faire». Selon lui, les coûts des services publics au Québec «sont plus élevés que notre capacité de payer. Il faut le dire au monde: on n'a pas les moyens». Il importe que le Québec soit «plus compétitif» en matière de services publics et de fiscalité.