34 000 enseignants en grève

Dans 225 établissements de la métropole, les files d'élèves et le son de la cloche de la cour d'école ont cédé la place aux lignes de piquetage et aux slogans syndicaux.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Dans 225 établissements de la métropole, les files d'élèves et le son de la cloche de la cour d'école ont cédé la place aux lignes de piquetage et aux slogans syndicaux.
Pas moins de 34 000 enseignants de Montréal, Laval et d’autres régions du Québec sont en grève mercredi matin.

Dans 225 établissements de la métropole, les files d'élèves et le son de la cloche de la cour d'école ont cédé la place aux lignes de piquetage et aux slogans syndicaux, les commissions scolaires de l'île ayant annoncé la fermeture de leurs écoles pour la journée. Le transport scolaire a lui aussi été annulé et aucune commission scolaire n'a choisi d'offrir un service de garde, forçant ainsi de nombreux parents à prendre congé aujourd'hui.

Pendant ce temps, souvent sous la pluie, les enseignants expriment leur insatisfaction devant la lenteur des négociations.

Ils étaient des dizaines à manifester munis de pancartes et de banderoles devant divers établissements de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) lors du passage du Devoir.

Au Centre de francisation Yves-Thériault, dans le quartier Saint-Michel, à peine 23 % des enseignants détiennent une permanence. Une raison parmi d'autres pour l'employeur d'imposer des conditions de travail de plus en plus difficiles, soutient Badiâa Sekfali, une enseignante.

«On avait des classes de taille acceptable. Mais depuis un certain temps, nos classes comptent 30 élèves, et rien n'empêche d'en ajouter d'autres, car nous n'avons pas de ratios à respecter. Il faut que ça change. C’est toute la société qui en paiera le prix.»

Réunis en Conseil fédératif de négociation le 4 septembre dernier, les représentants des 34 000 enseignantes et enseignants des syndicats affiliés à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) ont décidé d’utiliser deux des trois journées de grève légale pour lesquelles ils ont obtenu un mandat. Les deux autres journées de grève devraient suivre en octobre.

Des demandes «trop importantes»

À l’Assemblée nationale, le premier ministre Philippe Couillard a soutenu que le débrayage des enseignants de la FAE a «relativement peu d’impact» sur les négociations de leur prochaine convention collective. «On peut penser qu’une grève ajoute à leur rapport de force. C’est leur logique. En ce qui nous concerne, je vous dirais que ça a relativement peu d’impact», a-t-il affirmé en marge du caucus des élus libéraux mercredi avant-midi. À l’heure actuelle, ce sont «surtout» les parents qui écopent de la grève tournante des enseignants, a-t-il fait valoir. «Ça désorganise les services de garde dans les écoles», a dit le chef du gouvernement, appelant du même souffle les syndicats à «vraiment faire plus d’efforts à la table des négociations pour en arriver à une entente».

Les demandes des enseignants sont «beaucoup trop importantes», a poursuivi le ministre de l’Éducation, François Blais. «C’est impossible pour les contribuables de payer [une augmentation salariale de 13,5 % sur trois ans]», a-t-il martelé.

À ses yeux, le gouvernement libéral est victime d’une campagne de «désinformation». On l’accuse à tort de chercher à alourdir la charge de travail des enseignants et de fermer les «classes spécialisées», a-t-il soutenu. «On ne veut pas augmenter  la charge de travail des enseignants. Ce qui est l’enjeu, c’est de “stabiliser”, je dis bien “stabiliser”, les heures passées à l’école. Pas plus, pas moins», a précisé M. Blais.

Le Parti québécois reproche au ministre François Blais de ne pas s’opposer au passage du « rouleau compresseur de l’austérité » sur les écoles québécoises. Qui plus est, « il met de l’huile sur le feu en prétendant que les services aux élèves ne sont pas affectés [par l’abolition de] centaines de postes de professionnels [et l’augmentation du] nombre d’élèves par classe », a déclaré le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation, Alexandre Cloutier. « Ça, c’est Alice au pays des merveilles ! »

Par ailleurs, il n’y a pas que des enseignants à battre le pavé pour dénoncer les coupes en éducation, a souligné M. Cloutier. « Il est en train de s’organiser une grogne que ça fait longtemps qu’on n’a pas vue au Québec », a averti l’élu péquiste.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a pressé le gouvernement libéral de s’affairer à éviter une « escalade » des moyens de pression des enseignants.

De son côté, la porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, a appuyé sans réserve mercredi les quelque 34 000 enseignants en grève d’un jour. « Est-ce que ça dérange les parents? Oui. C’est un fait. C’est malheureux. Ils le savent. Mais, les offres du gouvernement sont inacceptables», a-t-elle affirmé. La députée de Gouin a dit trouver «méprisant» le gouvernement libéral, tout particulièrement à l’égard «de toutes ces femmes qui donnent le meilleur d’elles-mêmes à nos enfants». «On est devant un gouvernement sexiste.»

Après avoir manifesté devant leurs écoles respectives, à Montréal, Laval, en Outaouais et en Haute-Yamaska notamment, les enseignants convergeaient au square Victoria, au centre-ville de Montréal, non loin du quartier général du Secrétariat du Conseil du Trésor, vers 11 h. À partir de midi, ils entamaient une marche devant les mener à la Place du Canada.

Plus de détails suivront.
 
4 commentaires
  • Bernard Plante - Abonné 30 septembre 2015 13 h 01

    Encore la même stratégie

    Couillard utilise ici la même stratégie que celle utilisée par Jean Charest lors de grève étudiante de 2012, soit:

    1) présenter des offres ridicules;
    2) s'asseoir à la table de négociation pour ne rien négocier;
    3) dire que ce sont les autres (étudiants, syndiqués ou autres) qui ne veulent rien entendre;
    4) Affirmer aux médias qu'il ne cédera pas alors que c'est lui-même qui bloque le processus depuis le début;
    5) prétendre qu'il est appuyé par une large partie de la population alors que rien ne le démontre et que même si cet appui existe c'est parce qu'il a été créé grâce à une propagande médiatique systématique;
    6) déclarer que les manifestations ne le dérange pas pour enrager encore davantage les grévistes;
    7) passer pour le gentil alors que c'est lui-même qui a mis le feu aux poudres.

    La population est-elle assez naïve pour rejouer à l'infini dans ce mauvais film?

  • Sylvain Rivest - Abonné 30 septembre 2015 14 h 35

    Appuyons-les !

    Nous ne pouvons laisser le néolibéralisme détruire notre état et nos institutions.

  • Andrée Le Blanc - Abonnée 30 septembre 2015 18 h 18

    Un gouvernement qui croit détenir LA vérité

    Les gouvernements Couillard et Harper se ressemblent fortement. Tous deux affichent une croyance absolue en leurs dogmes (réduire l'état au maximum, donc réduire les impôts de ceux qui en paient le plus, leurs alliés) et prennent la manière forte pour les imposer. Ils affirment que tout ce qu'ils coupent et réduisent ne fait mal à personne, que les réformes qu'ils imposent en rafale ne dérangent que des bureaucrates et que les gens se plaignent strictement pour rien.
    Malheureusement, le parti qui compose l'opposition officielle s'est choisi un chef qui a géré ses entreprises de la même manière, en étant convaincu de faire ce qu'il y avait de mieux, même en mettant sauvagement du monde à la porte... Vive le Québec... démoralisé !

  • Bernard Morin - Abonné 30 septembre 2015 19 h 51

    Augmentation salariale des médecins

    J'aimerais connaître le % aussi précis que possible de l'augmentation salariale consentie aux médecins lors de leur dernière "négociation". J'aimerais aussi avoir un tableau de la progression salariale de ces derniers durant les cinq premières années de leur "contrat" de travail signé à l'époque par le ministre de la santé Philippe Couillard et par Gaétan Barrette pour les médecins spécilalistes.
    Et si le portrait obtenu semble avantageux je propose que ce soit la base de ce qui sera offert et consenti aux femmes et aux hommes qui qui oeuvrent dans le domaine de l'éducation. La santé est évidemment essenteille mais l'éducation est primordiale et a des effets importants sur la santé des citoyens. Alors...