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Bush veut conquérir le système solaire

Dans une allocution destinée à faire rêver l'âme exploratrice de l'être humain, le président George W. Bush a dévoilé hier les nouvelles missions du programme spatial américain, qui prévoit une relance des mission lunaires afin d'établir un camp de base permanent sur le satellite terrestre, qui deviendrait éventuellement la rampe de lancement d'un voyage habité vers Mars et d'autres corps célestes du système solaire.

Dans le discours qu'il a prononcé hier après-midi au siège de l'agence spatiale américaine (NASA) à Washington, le président Bush a demandé à Sean O'Keefe, directeur de la NASA, de revoir toutes les activités de l'agence spatiale, y compris tous les projets de vols spatiaux, afin que celles-ci répondent désormais à ces nouveaux objectifs qu'il a précisés à son auditoire.

Le premier d'entre eux vise à compléter la Station spatiale internationale en 2010. «Nous allons terminer ce que nous avons déjà entrepris, a déclaré le président Bush. Nous allons remplir nos engagements envers nos 15 partenaires internationaux engagés dans ce projet.»

À bord de la station, les scientifiques devront toutefois concentrer leurs efforts à l'étude des effets à long terme des voyages spatiaux sur la biologie et la santé humaines et développer les technologies nécessaires à une exploration par des humains des régions plus éloignées du système solaire.

Dans l'immédiat, la NASA devra le plus tôt possible remettre les navettes spatiales en état de voler afin que l'assemblage de la station spatiale se poursuive et soit complété en 2010, date à laquelle les navettes seront définitivement mises au rancart après 30 ans de service.

Le programme dressé par le président Bush comprend également la construction

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d'un nouveau véhicule d'exploration spatiale d'ici 2008. Cet engin se substituera aux navettes et devra être conçu pour «emporter des humains vers d'autres mondes, situés bien au delà de l'orbite terrestre basse», que les astronautes n'ont pas dépassée depuis la fin des vols lunaires Apollo, en 1972.

Le président est également déterminé à envoyer des astronautes sur la Lune d'ici 2020. Dès 2008, une série d'engins robotisés seront lancés vers notre satellite afin de préparer les futures explorations humaines qui, à partir de 2015, devraient permettre à des astronautes «d'y vivre et d'y travailler pour des périodes de plus en plus longues», a indiqué George Bush.

«Ce retour sur la Lune constitue une étape importante de notre programme spatial, a-t-il insisté, car la présence d'humains sur la Lune rendra possibles des explorations encore plus ambitieuses vers d'autres lieux du système solaire et permettra d'en réduire les coûts.»

En effet, le lancement d'un vaisseau spatial depuis la Lune nécessitera beaucoup moins d'énergie (et aura donc un coût moindre) que depuis la Terre en raison de la gravité réduite de la Lune, qui ne représente qu'un sixième de celle de notre planète.

De plus, la Lune regorge de ressources naturelles que les humains installés au futur camp de base pourront exploiter, a souligné George Bush. «En effet, les humains pourront extraire du sol lunaire des matières premières [titane, fer, silicium] qui pourront servir à produire des matériaux de construction ainsi que du carburant et de l'oxygène pour respirer. L'utilisation des ressources locales nous évitera de tout transporter depuis la Terre», confirme Robert Lamontagne, astrophysicien à l'Université de Montréal.

«Sur la Lune, nous mettrons au point de nouvelles technologies qui nous permettront d'évoluer dans des environnements encore plus difficiles, a précisé le président Bush. Avec l'expérience et les connaissances acquises sur la Lune, nous serons prêts à attaquer la prochaine étape de l'exploration spatiale, soit des missions humaines vers Mars et d'autres mondes au-delà.»

Les sondes spatiales et autres véhicules inhabités qui diffusent vers la Terre des images spectaculaires et d'énormes quantités d'information continuent de nous être d'une grande utilité, a-t-il souligné. «Mais la soif de connaissance de l'humain ne peut se satisfaire d'images ou de mesures, aussi précises soient-elles, a-t-il déclaré. Nous avons besoin de voir, d'examiner et de toucher par nous-mêmes. Et seul l'être humain est capable de gérer l'imprévisible associé à tout voyage spatial.»

«Nous ne savons pas où ce périple se terminera, a lancé un président enflammé. Une chose est certaine, l'homme est en route vers le cosmos.»

Pour convaincre le peuple américain du bien-fondé de cet ambitieux et coûteux programme, le président Bush n'a pas manqué de rappeler en préambule à son discours que cette quête scientifique à travers l'univers a déjà porté de nombreux fruits, dont tous les Américains peuvent aujourd'hui bénéficier. Il a ainsi énuméré les immenses progrès réalisés dans les secteurs des communications, des prévisions météorologiques, de l'informatique, de l'électronique et de la santé, progrès qui ont émané de l'exploration spatiale. Il a insisté sur les méthodes d'imagerie (résonance magnétique et tomodensitométrie) élaborées au départ pour un usage spatial et qui ont permis à la médecine de faire un bond de géant.

Des missions futures surgiront de nombreuses autres découvertes, a-t-il poursuivi. «Nous ne savons pas quelles seront ces découvertes, mais nous savons toutefois que nos efforts seront grandement récompensés.» Robert Lamontagne ajoute que les voyages spatiaux habités qui impliquent de vivre dans un vase clos de façon autonome pendant de longues périodes nous permettront aussi de mettre au point de nouvelles technologies de recyclage encore plus sophistiquées, qui seront d'une grande utilité sur Terre.

En précisant bien qu'il ne s'agit pas d'une course mais d'un voyage, le président Bush a finalement convié les autres pays à se joindre à l'aventure dans un esprit de collaboration et d'amitié.

«Atteindre ces objectifs exige un engagement à long terme», a indiqué le président, qui s'est engagé à allouer au cours des cinq prochaines années 12 milliards de dollars supplémentaires au programme d'exploration spatiale. Cette subvention consistera en une réattribution de 11 milliards puisés du budget quinquennal, qui s'élève à 86 milliards. Le président prévoit également de demander au Congrès d'accorder une augmentation de un milliard en cinq ans à la NASA.

Pour Robert Lamontagne, ce calendrier serré que se sont fixés les Américains — vraisemblablement pressés de ne pas se faire dépasser par les Chinois qui ont monté un programme spatial assez ambitieux — demeure tout à fait réaliste. «Les technologies qui nous permettront de mener des expéditions sur la Lune ne sont pas hors de portée. Nous détenons un bon savoir-faire des missions lunaires des années 1960. L'incertitude se situe plutôt au niveau financier car les budgets de la NASA sont révisés à chaque année. L'exploration spatiale est toujours à la merci de la politique!»