Vite au marché!

Le succès des marchés de région, comme celui de Val-David, démontre à quel point l’intérêt des consommateurs est grand. On y apprécie le contact direct avec les producteurs.
Photo: Diane Seguin Le succès des marchés de région, comme celui de Val-David, démontre à quel point l’intérêt des consommateurs est grand. On y apprécie le contact direct avec les producteurs.

Il n’y a pas si longtemps, lorsqu’on parlait de marché en plein air, c’était le marché Jean-Talon, à Montréal, qui occupait toute la place. Puis, à force de controverses et de plaintes, l’institution a un peu perdu de son lustre. Le marché Jean-Talon est davantage devenu une halle qu’un véritable marché public, laissant place à une centaine de petits marchés qui s’installent ici et là à travers le Québec.

Les marchés qui se renouvellent attirent l’attention. Les relations entre les petits producteurs et les artisans qui s’y retrouvent ne cessent de prendre de l’expansion. Le succès des marchés de région, comme celui de Val-David, Compton, Melbourne ou Racine démontre à quel point l’intérêt des consommateurs est grand. On y apprécie le contact direct avec les producteurs.

Diane Seguin oeuvre depuis longtemps à la promotion des marchés en région. Son but : favoriser le partage des connaissances des artisans gastronomes et les encourager à s’exprimer. Celle qui gère cinq marchés et siège au conseil général de l’Association des Marchés publics du Québec croit que les marchés de région doivent leurs succès à la transparence et au code de traçabilité imposé. Elle est d’ailleurs instigatrice, entre autres, du fameux marché de Val-David dans les Laurentides, qui compte 80artisans et producteurs uniques.

Partage

Quoi de mieux comme environnement que le marché pour mettre en avant le travail accompli depuis 20 ans en agroalimentaire à échelle humaine ? Pour certains artisans, affirme Diane Seguin, le marché est d’ailleurs la seule façon de se faire connaître. Et pour la plupart d’entre eux, la survie passe par cette reconnaissance. Cette année, douze nouveaux marchés publics font leur apparition sur la carte du Québec, menant le total à 103 institutions à travers la province. Pour certaines grandes bannières, la croissance des étals en plein air constitue une véritable compétition.

Cet imposant nombre de foires alimentaires représente, en plus de leur diversité culturelle et gastronomique, un apport économique non négligeable. Créateurs d’emplois, mais aussi agents de développement rural, les marchés estivaux sont un moteur pour l’économie locale, ajoute Diane Seguin, qui se donne corps et âme à cette pratique depuis 15 ans.

Malgré le succès des marchés de région, une branche de la création du terroir constitue une difficulté pour les marchés publics : la fromagerie. Mme Seguin dit peiner à recruter des artisans fromagers. Serait-ce attribuable à la popularité des fromages d’ici, vendus en grandes surfaces, souvent trop chers ? Il ne faut pas oublier que la notoriété du domaine fromager au Québec a été acquise d’abord dans les marchés publics. Il faut tout de même se réjouir des instances de contrôle de qualité, qui permettent d’éviter les faussaires du goût.

Banc d’essai

Depuis quelques années, les fins palais parviennent plus facilement à reconnaître les produits d’exception des aliments ordinaires. De plus, les consommateurs se laissent de moins en moins berner par l’appellation « locale ». Ce n’est pas parce qu’un produit est étiqueté comme provenant « du terroir » qu’il a un goût exceptionnel. Il ne suffit plus d’un logo « produit du Québec », ou « fait maison » pour en garantir la qualité.

On retrouve parfois de mauvais fromages, vins ou cidres, et de mauvaises huiles d’olive dans si sympathiques petits marchés. Le salut passe par la rigueur. Plus un producteur y met de l’attention, plus les chances de réussite sont grandes.

Basé au marché de Saint-Lambert, sur la Rive-Sud de Montréal, l’artisan Max Dubois l’a compris depuis longtemps. Il utilise sa verve pour éloigner les indésirables. À l’Échoppe des Fromages, que M. Dubois administre, on favorise la production locale, mais pas à n’importe quel prix. On mise aussi sur les meilleurs produits européens, stratégie nécessaire si l’on veut concurrencer le reste du monde.

Ainsi, le marché de soir de Compton, dans les Cantons-de-l’Est, se démarque par son offre nocturne, rappelant ceux du sud de la France. Tout le monde y trouve son compte, autant les agriculteurs que les producteurs locaux et les consommateurs venus faire les courses en soirée.

Rien pour plaire aux magasins de détail, qui observent ces potentiels concurrents gagner en popularité durant la saison estivale.

En quelques décennies, le Québec a redécouvert ces lieux d’échanges, de rencontres et d’acquisitions éphémères qui existent depuis longtemps.