L'arrivée sur Mars remonte le moral de la NASA

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Le directeur de la mission Mars Exploration Rover, Pete Theisinger, ne cachait pas sa joie hier, au Jet Propulsion Laboratory de la NASA à Pasadena, après que le robot Spirit se fut posé comme prévu dans le cratère Gusev, sur la p
Photo: robert galbraith Le directeur de la mission Mars Exploration Rover, Pete Theisinger, ne cachait pas sa joie hier, au Jet Propulsion Laboratory de la NASA à Pasadena, après que le robot Spirit se fut posé comme prévu dans le cratère Gusev, sur la p

Pasadena — Le Soleil se levait hier au-dessus du cratère Gusev, une plaine rocailleuse sur Mars où le robot américain Spirit avait fait quelques heures plus tôt une arrivée sans faute, envoyant des premières images à couper le souffle du terrain qu'il étudiera durant trois mois à la recherche de traces de vie.

Spirit, l'un des deux robots de la mission Mars Exploration Rover dont le jumeau arrivera sur Mars le 25 janvier, a comblé de joie ses concepteurs au Jet Propulsion Laboratory de la NASA à Pasadena (Californie) en se posant parfaitement, avant de déplier ses panneaux solaires et de charger à bloc ses batteries pour la journée à venir.

«C'est une grande nuit pour la NASA, nous sommes de retour», a lancé son patron, Sean O'Keefe en débouchant le champagne pour célébrer l'arrivée parfaite du robot Spirit, un succès qui regonfle le moral des troupes moins d'un an après la perte de la navette Columbia qui plongeait l'agence spatiale dans le deuil et le doute.

Mentionnant à demi-mot «les 11 mois» qui séparent ce succès de la catastrophe qui avait coûté la vie à sept astronautes, M. O'Keefe a cité le début parfait de cette mission robotisée pour trouver des traces de vie sur Mars comme «la preuve que nous sommes une organisation qui apprend» de ses erreurs.

Le soulagement était visible sur tous les visages, l'administrateur de l'agence spatiale saluant encore «une réalisation absolument incroyable, un rare accomplissement», avant de servir un champagne français, millésime 1992, aux responsables de la mission et de porter un toast «à l'équipe de Mars Exploration Rover».

Son adjoint pour la science spatiale, Ed Weiler, visiblement ému, avouait que la descente de Spirit sur Mars avait été pour lui «six minutes d'enfer, mais nous avons dû prononcer la bonne prière et nous sommes montés au paradis».

Le sans-faute a été couronné par l'envoi de photographies en noir et blanc à basse définition, mais néanmoins spectaculaires, montrant une vue panoramique du cratère Gusev, une immense plaine rocailleuse située par 15 degrés sud de l'équateur martien.

Le robot, que la NASA fait fonctionner uniquement à la lumière du Soleil, a profité du passage au-dessus du cratère Gusev de plusieurs satellites américains en orbite martienne pour envoyer les premières données de son environnement et de son état général, qualifié d'«excellent» par la NASA.

L'équipe dirigeant le Rover va désormais consacrer une semaine aux préparatifs nécessaires pour permettre à Spirit de quitter sa plate-forme posée dans la poussière martienne et commencer son exploration. Pendant ces contrôles, les caméras du robot seront utilisées pour identifier les rochers les plus intéressants et déterminer les premiers objectifs de Spirit.

De premières images en couleur et à haute définition composant une vue panoramique du site étaient attendues hier en fin de journée en Californie.

«Le but des neuf prochains sols [journées martiennes] sera de préparer le véhicule à l'exploration, mais parmi les activités figurera l'acquisition d'images», a expliqué le géologue Stephen Squyres, responsable scientifique de la mission.

Le chercheur a estimé que Spirit était tombé à l'endroit parfait pour l'exploration. «Nous voyons de nombreux rochers exposés, mais aussi une bonne surface pour rouler, cela ne pourrait mieux convenir à ce véhicule», a ajouté M. Squyres qui espère démontrer, par l'analyse géologique, que ce site est le lit d'un ancien lac sur Mars.

«Si nous trouvons des sédiments et si nous réussissons à lire l'histoire qu'ils ont à raconter, ils pourront nous donner des informations détaillées sur ce qu'était cet endroit il y a très longtemps», a poursuivi le géologue de Cornell University.

«Était-ce chaud, était-ce humide, était-ce le genre d'endroit qui aurait pu permettre la vie? Nos détectives assistés par le robot sont démangés par l'envie de se mettre au travail et de commencer à répondre à ces questions», a encore dit M. Squyres, sans dissimuler sa joie de voir le début de la plus ambitieuse mission d'exploration de Mars par l'être humain.

Spirit s'est posé dans le cratère Gusev, par 15 degrés sud de l'équateur de Mars, comme prévu, vers 4h35 GMT hier, après six minutes de traversée de l'atmosphère martienne. Il était environ 14h30, heure martienne, au moment de son arrivée.

La mission d'un coût record (820 millions de dollars) met en oeuvre des moyens sans précédent: 250 spécialistes et chercheurs de la NASA mobilisés pendant trois mois pour permettre aux deux robots à six roues de 180 kg, de la taille de voiturettes de golf, de déjouer les pièges d'une planète qui a été le tombeau de tant d'autres tentatives humaines pour percer ses mystères.

Contacter Beagle 2

Mars Express devrait par ailleurs poursuivre cette semaine les tentatives pour contacter le robot européen Beagle 2, dont on est sans nouvelles depuis le jour de Noël, date à laquelle il est censé s'être posé sur Mars.

Il y aura en effet dans la semaine, à compter de mercredi, quatre fenêtres pour que la sonde puisse capter le plus petit signal du robot qu'elle avait lancé vers Mars et qui pourrait s'être coincé dans un cratère martien.

Selon le principal responsable de Beagle 2, Colin Pillinger, si le robot britannique ne répond toujours pas à l'issue de ces nouveaux essais, l'Agence spatiale européenne (ESA) devra alors peut-être mettre un point final à sa mission martienne.