La marche à suivre

Photo: Office national du film

Durant toute une année scolaire, Jean-François Caissy s’installe à l’école secondaire Antoine Bernard dans la petite ville de Carleton-sur-Mer, en Gaspésie. Il filme les grands espaces entourant l’établissement, où les élèves expérimentent une liberté singulière, ainsi que, à huis clos, les rencontres de certains d’entre eux avec des professeurs et assistantes sociales où se révèlent des situations difficiles. William, par exemple, a plusieurs fois été expulsé de sa classe en raison de son comportement. Kim s’est battue avec une autre élève. Félix doit signer un contrat par lequel il s’engage à mieux se comporter. D’autres encore sont aux prises avec des problèmes de drogue, de violence ou d’inattention durant les cours.

Après la vieillesse dans La belle visite, Jean-François Caissy pose cette fois son regard sur l’adolescence, moment d’insouciance et d’espoir, non sans documenter, chemin faisant, l’institution scolaire, responsable d’accompagner ces âmes troubles jusqu’à l’âge adulte. Sans rentrer dans les détails intimes, le cinéaste parvient à composer un portrait global, profond et riche des enjeux qui se nouent durant ce difficile passage. Empreint de tendresse et d’empathie, dépourvu de toute trace de complaisance ou de condescendance, le film avance au gré de plans-séquences étonnants, dévoilant au final un portrait aussi intime qu’universel. Anobli par l’emploi judicieux de la musique classique, La marche à suivreest encore porté par une direction photo d’une beauté simple et un montage dynamique. Tour à tour touchant, amusant, attachant, le film évoque par son dispositif discret et évocateur, ainsi que par sa capacité à capter autant le micro que le macro, la manière de Raymond Depardon et de Frederick Wiseman.

(3) Canada, 2014, 75 min. Documentaire de Jean-François Caissy.