Des fleurs aux libraires

Les librairies indépendantes proposent entre 6000 et 50 000 titres et offrent un service de commandes spéciales parmi plus de 700 000 oeuvres en français.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les librairies indépendantes proposent entre 6000 et 50 000 titres et offrent un service de commandes spéciales parmi plus de 700 000 oeuvres en français.

Le 23 avril a été déclaré Journée mondiale du livre et du droit d’auteur (JMLDA) par l’UNESCO en octobre 1995. Pour marquer le coup, il est de tradition qu’une rose soit offerte par votre libraire à l’achat d’un livre. Mais si, aujourd’hui, on lançait plutôt des fleurs aux libraires ?

Par leur participation soutenue à la vie culturelle des régions, des villes et des quartiers, les librairies occupent une place primordiale dans le tissu social. Elles sont les partenaires privilégiées des bibliothèques — scolaires ou publiques — et jouent, à leurs côtés, un rôle d’animation considérable. Ce rôle est renforcé par la participation de nombreuses librairies aux manifestations littéraires organisées dans l’ensemble de la province, à longueur d’année et par un service-conseil remarquable.

Partout au Québec, des milliers de livres sont offerts dans les librairies indépendantes : elles proposent entre 6 000 et 50 000 titres et offrent un service de commandes spéciales parmi plus de 700 000 oeuvres offertes en français. Grands lecteurs, passionnés, curieux, à l’écoute, les libraires sont les gardiens de la bibliodiversité. En orientant leurs clients, ils créent ce rendez-vous capital entre un livre et son lecteur et jouent un rôle précieux sur le plan culturel, car ce sont eux qui défendent les auteurs et les livres dans la durée. La présence d’un réseau vivant de librairies est indispensable. Comme le disait Dany Laferrière, « si une librairie ferme, c’est le coeur d’une ville qui s’arrête » (Commission parlementaire, septembre 2013).

Ces professionnels sont libraires par vocation. Ils le sont devenus pour aller à la rencontre des lecteurs et leur transmettre leur amour des livres, des idées et de l’imagination. Si le modèle d’affaires des librairies (et de l’industrie du livre en entier) est en mutation, les fondements du métier demeureront toujours les mêmes : conseiller et guider des lecteurs, nourrir la curiosité, ouvrir des horizons, bref, contribuer à la formation des esprits et à l’émancipation des sociétés. Et pour cela, ils doivent être soutenus et défendus. Pas seulement avec des appuis financiers, mais avec un soutien sous forme de forte valorisation publique du livre et de la lecture.

Pour ce faire, il faut entre autres :

Augmenter le budget d’acquisition de livres des bibliothèques publiques et scolaires ;

Reconnaître l’expertise des libraires et des avantages liés à la fréquentation des librairies en attribuant un crédit d’impôt pour le maintien d’une main-d’oeuvre compétente ;

Encadrer au moyen d’une loi la vente de livres numériques, afin d’assurer les ventes aux collectivités aux librairies agréées ;

Augmenter le budget du Programme d’aide aux entreprises du livre et de l’édition spécialisée de la SODEC, volet Librairies agréées à 1,5M$, afin de stimuler la promotion, la modernisation, l’informatisation et la succession ;

Maintenir et faire respecter la Loi 51 (Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre) ;

Mettre en place une réglementation du prix des livres.

Dans le plan de soutien aux librairies attendu ce printemps, nous souhaitons que le gouvernement actuel reconnaisse par des gestes concrets et des mesures solides leur contribution essentielle. Rappelez-vous, vous qui gouvernez, qu’une politique de la lecture et du livre au Québec a été instaurée et qu’elle devrait (apparemment) orienter toutes vos actions. Vous vous êtes engagés à « faire de la lecture une véritable pratique culturelle et à en faciliter l’accès à l’ensemble des Québécoises et des Québécois. [Cette politique] présente une gamme de mesures visant enfants, jeunes et adultes, et propose d’investir chacun des lieux où la lecture est susceptible de les atteindre : famille, centres de la petite enfance, écoles, bibliothèques, librairies, etc. » (Voir Politique de la lecture et du livre, mcc.gouv.qc.ca).

Jusqu’à maintenant, nous n’avons pas le sentiment que vous allez dans cette direction, et nous attendons toujours… Pour que les roses aient moins d’épines. Bonne journée du livre !

1 commentaire
  • Gaston Bourdages - Abonné 22 avril 2015 09 h 17

    Pour sûr «Des fleurs aux libraires...» et...

    ...je me permets un comportement narcisso-égocentrique...«Des fleurs à mes livres... et à toutes celles et tous ceux qui m'ont aidé à les mettre au monde puis à les diffuser. Je parle de ces libraires qui m'ont chaleureusement accueilli chez eux. Oui, je l'avoue, il m'arrive de sourciller, d'afficher au visage une sorte de contorsion lorsque je pense à la différence financière$$$ qui nous sépare lorsqu'un volume est vendu. J'ignore ce qu'il en coûte à ces professionnels.les du livre pour maintenir leurs «officines» ouvertes. Nonobstant ce qui précède, à ces «vocations de culture et de la culture», mercis,
    À vous...des roses.
    Gaston Bourdages,
    Auteur - Conférencier.