Les étudiants n’étaient pas seuls

Aidée par la météo clémente en après-midi, la manifestation s’est déroulée dans la bonne humeur générale.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Aidée par la météo clémente en après-midi, la manifestation s’est déroulée dans la bonne humeur générale.

Ils ont été des dizaines de milliers — jeunes, moins jeunes, étudiants, mais aussi professeurs, pompiers ou simples citoyens — à défiler dans les rues du centre-ville de Montréal, jeudi après-midi, pour protester contre les mesures d’austérité imposées par le gouvernement Couillard. Une manifestation qui s’est déroulée dans la bonne humeur générale, et dans le calme la plupart du temps, qui visait à envoyer un message clair au gouvernement libéral : il faut que ça cesse.

Les manifestants ont paralysé une fois de plus le centre-ville de la métropole dans l’objectif de mener le gouvernement à plier, jeudi soir, à partir de 20 h. Aucun débordement majeur n'a eu lieu.

En après-midi, l’appel à la manifestation nationale contre l’austérité lancé par l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) avait été entendu par plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Le rassemblement a pris naissance aux environs de 13 h au square Victoria. Près de 135 000 étudiants se trouvaient en grève en vertu de nombreux mandats de grève adoptés dans des universités et cégeps de l’ensemble de la province, a tenu à rappeler la porte-parole de l’ASSÉ, Camille Godbout, au tout début de la marche. « 135 000, ce n’est pas rien. On veut forcer [le gouvernement] à réagir. Il est grand temps qu’il aille chercher de l’argent là où il y en a réellement », a-t-elle expliqué, ajoutant que les cégépiens et universitaires ont l’intention de « continuer [à] augmenter la pression de plus en plus » afin de pousser le gouvernement à revoir ses politiques. Après la manifestation du 2 avril, « on va continuer de se mobiliser », a-t-elle promis.

Camille Godbout n’était pas la seule à vouloir transmettre ce message. De nombreuses centrales syndicales et des organismes des milieux communautaires et militants étaient aussi de la partie, tout comme Naomie Tremblay-Trudeau, cette jeune femme de 18 ans ayant reçu un tir de gaz lacrymogène en plein visage, la semaine dernière, lors d’une manifestation tenue à Québec.


Pas d’itinéraire

« Ce gouvernement est illégal : il n’a pas donné son itinéraire », soulignaient de nombreuses pancartes présentes tout au long du parcours, évoquant avec ironie le règlement municipal P-6, qui exige des manifestants qu’ils déclarent leur itinéraire. Ce qui n’avait d’ailleurs pas été fait pour la manifestation nationale, a tenu à préciser l’ASSÉ.

La foule a déambulé dans les rues Robert-Bourassa, Sherbrooke, Saint-Denis, Cherrier, Berri, et Maisonneuve, au centre-ville et dans le Quartier latin, avant de se disperser aux environs de 15 h.

Rencontré sur la terrasse du Café Cherrier, le chef de l’endroit, Christian Darroman, regardait avec une certaine admiration la foule nombreuse qui défilait devant son restaurant en milieu d’après-midi. « Est-ce que ça nous dérange ? Il y a trois ans c’était plus compliqué avec les terrasses, mais on n’a pas ce problème aujourd’hui », a-t-il indiqué, alors qu’il saluait les manifestants.

Dans la fin de la soixantaine, la Canadienne d’origine égyptienne Nadia Alexan tenait à être de la manifestation. Munie de sa pancarte anti-austérité, elle a accompagné les étudiants pendant plusieurs kilomètres. « Vous avez le 99 % qui n’a rien, et le 1 % qui veut s’accaparer tout, comme Philippe Couillard. Ça ne marche tout simplement pas. […] L’université n’est pas une entreprise », dit-elle.

Venue de la Rive-Sud de Montréal, Sophie-Leblond Lessard faisait partie de ces milliers de personnes qui s’étaient déplacées, souvent par autobus nolisés, pour assister au grand rassemblement du 2 avril. « Le printemps 2015, ce n’est pas celui de 2012. Cela touche toutes les sphères de la société, pas juste le milieu de l’éducation », insiste-t-elle. Contrairement à ce qu’évoquait le comité exécutif de l’ASSÉ en début de semaine, le mouvement n’aurait pas avantage à effectuer un « repli stratégique » jusqu’à l’automne afin de militer aux côtés des syndicats, selon elle. « On peut faire les deux. »

Même si une bonne partie des manifestants a quitté les lieux après la fin officielle de la marche nationale, vers 15 h, un groupe composé de quelques milliers de protestataires a par la suite occupé la place Émilie-Gamelin et les rues environnantes pendant un peu moins de deux heures, avant de se disperser progressivement, à la suite de pressions effectuées par les policiers, dont les jambières et les boucliers arboraient eux aussi des slogans anti-austérité. À l’angle de Maisonneuve et d’Amherst, dans le village, les policiers n’ont pas hésité à sortir le poivre de Cayenne pour forcer certains manifestants à battre en retraite.

« On n’a rien volé, nous ! », scandaient alors narquoisement la foule, reprenant, en réaction aux barrages de l’équipe tactique du Service de police de la Ville de Montréal, la formule utilisée ad nauseam par les employés municipaux. Un noyau dur comptant de quelques centaines de manifestants a par la suite été dispersé vers 17 h, lorsque le SPVM a déclaré « illégal » le rassemblement, après avoir donné trois avis.