Claude Ryan est atteint d'un cancer incurable

C'est avec «un moral et une sérénité remarquables» que Claude Ryan a appris qu'il souffre d'un cancer inopérable de l'estomac. Hospitalisé depuis quelques jours au pavillon Hôtel-Dieu du CHUM, l'ancien chef du Parti libéral du Québec se dit malgré tout confiant en l'avenir.

«Je regarde en avant. Ni de côté ni en arrière. J'ai fait ça toute ma vie. J'ai beaucoup d'appui. Ma famille est magnifique. J'ai beaucoup d'amis aussi», a affirmé hier au Devoir M. Ryan, joint à l'hôpital.

Si le politicien et ancien directeur du Devoir avait la voix quelque peu affaiblie, il n'en avait pas moins l'esprit alerte. C'est d'ailleurs depuis son lit d'hôpital que M. Ryan a lui-même rédigé le communiqué de presse expliquant son état de santé. Il y indique qu'il poursuivra sa convalescence à sa résidence dès cette fin de semaine.

«Je ne suis pas perturbé outre mesure par tout ça. Je vous le dis franchement. Je n'ai pas eu vraiment de mouvement de tristesse. On ne sait pas ce qui va arriver. La maladie va suivre son cours», a-t-il expliqué.

Âgé de 78 ans, M. Ryan connaît des problèmes de santé depuis deux ans. Mais le cancer n'a été diagnostiqué qu'il y a une dizaine de jours à peine. Devant l'état avancé de la lésion, les traitements de chimiothérapie ont été écartés par l'équipe médicale. Il a toutefois été décidé d'agir rapidement et de faire dès jeudi dernier une intervention chirurgicale pour installer une prothèse oesophagienne.

«C'est pour lui permettre essentiellement de manger mieux et d'être capable de vaquer à ses occupations. Ça reste purement palliatif; ça n'a aucune visée curative», a expliqué le Dr Jacques Gratton, gastro-entérologue.

Selon ce dernier, il s'agit d'un type très fréquent de cancer de l'estomac. «Un cancer digestif, quand vous le voyez, vous êtes souvent en retard. C'est difficile de le diagnostiquer et la réponse aux traitements n'est pas très bonne. Le pronostic vital est d'un an», a-t-il décrit.

Le Dr Gratton a toutefois souligné la grande détermination de son patient devant la maladie. «Il a un moral et une sérénité remarquables. Le moral est fondamental. Les événements difficiles seront plus facilement acceptés», a-t-il précisé.

De fait, Claude Ryan refuse de se laisser abattre et entend demeurer actif. «J'ai différentes choses en marche. J'ai entrepris la traduction d'une série de sermons du cardinal John Henry Newman [homme d'église du XIXe siècle] qui a été un guide dans ma vie. J'en ai un bon nombre de faits. Si je peux me rendre au bout de ça, c'est mon premier projet», a laissé tomber M. Ryan avec son petit rire distinctif.

Même si M. Ryan a mis fin à sa carrière politique en 1994, il a continué à intervenir dans le débat public. Encore récemment, M. Ryan mettait son grain de sel dans le délicat dossier de la «réingénierie» de l'État que le gouvernement libéral a entrepris. Il avait alors appelé le gouvernement à faire preuve de prudence, lui rappelant sa responsabilité en matière de justice sociale.

En préparation à la campagne électorale, M. Ryan avait signé en 2002 un petit livre sur les valeurs libérales, question de répliquer à la vague de droite de l'Action démocratique du Québec et de bien faire comprendre l'attachement du PLQ à des «valeurs capables de faire avancer les libertés individuelles et le bien général de la société».

M. Ryan a fait le saut en politique en 1978 alors qu'il devenait le chef du PLQ. Deux ans plus tard, il a dirigé le camp du NON au référendum sur la souveraineté. Après la défaite des troupes libérales aux élections de 1981, M. Ryan démissionne de sa fonction. Avec le retour au pouvoir de Robert Bourassa en 1985, Claude Ryan occupera différents ministères jusqu'en 1994 (Éducation, Affaires municipales, Sécurité publique et responsable de l'application de la Charte de la langue française).

Mais c'est à titre de directeur du Devoir de 1962 à 1978 que M. Ryan a d'abord marqué le débat public québécois par sa rigueur intellectuelle. À la fin de la courte conversation téléphonique d'hier, M. Ryan a tenu à saluer l'équipe du Devoir. «Saluez les gens pour moi. Je pense à vous. Et continuez votre fructueux travail! On aura de nouveaux contacts.»
2 commentaires
  • Émile Ducharme - Inscrit 20 décembre 2003 11 h 58

    La santé de M. Ryan.

    J'ai suivi votre carrière depuis plus de 25 ans. À titre de directeur du Devoir, j'ai toujours apprécié votre rigueur intellectuelle et votre excellent jugement! Cependant vous m'avez grandement déçu lorsque vous avez accepté de prendre la tête du comité du Non lors du référendum de 1980. J'aurais préféré vous voir dans le camp du Oui avec René Lévesque et les souverainistes, surtout que vous aviez suggéré, en éditorial, de voter pour le Parti québécois à l'élection précédente. Lors de la fin de cette campagne référendaire, j'ai été vraiment navré de la façon dont vous avez été traité par ce Trudeau arrogant, à qui, par votre présence, vous aviez donné de la crédibilité à ses mensonges et à ses fausses promesses. J'espère qu'un jour, l'Histoire nous apprendra les dessous de ce triste épisode. Néanmoins, Monsieur Ryan, le temps est venu d'oublier le passé! Je vous souhaite de garder votre courage dans l'épreuve qui vous frappe et je vous assure de ma sympathie et de ma plus haute considération.

  • Monique Dubois - Inscrite 20 décembre 2003 14 h 55

    Fidèlité

    Monsieur Ryan, c'est VOIR JUGER AGIR, encore aujourd'hui face à sa maladie.
    Homme de foi, de parole et d'action.
    Merci! et Bonne chance!