Coupes majeures en régions

La Direction de santé publique de l’Estrie doit entre autres composer avec les contrecoups de la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir La Direction de santé publique de l’Estrie doit entre autres composer avec les contrecoups de la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic.

Québec privera les directions régionales de santé publique de 23,7 millions pour l’année à venir, soit 33 % d’un budget totalisant 72 millions, a confirmé le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) au Devoir.

Il s’agit de compressions plus importantes que celles qui étaient envisagées cet automne. En effet, la cible initiale pour les 16 directions régionales était plutôt de 20 millions.

À la Direction de santé publique de l’Estrie, qui doit entre autres composer avec les contrecoups de la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic, c’est plus de 40 % du budget qui tombera sous le couperet du 1er avril.

Protection, prévention, surveillance et promotion de la santé : aucune des missions n’est « entièrement protégée », affirme la directrice de la santé publique de l’Estrie, la Dre Mélissa Généreux. Elle a accordé une entrevue au Devoir jeudi dernier, alors qu’elle venait d’apprendre que son budget de 2,5 millions serait amputé d’un peu plus d’un million dans un mois.

« On ne peut pas sabrer l’un ou l’autre de nos mandats. Chacun devra être plus efficient tout en s’assurant que je respecte le mandat légal qui m’est confié, celui de protéger la santé de la population », dit la Dre Généreux. Le volet protection ne sera pas épargné, même s’il est particulièrement crucial pour les directeurs de santé publique, qui doivent, en cas de tragédie, d’éclosion ou de toute autre menace à la santé de la population, voir à la mise en oeuvre des mesures nécessaires. Comme les évacuations immédiatement après l’explosion du train à Lac-Mégantic.

Des emplois seront abolis, non permanents d’abord, permanents ensuite, confirme une autre source bien au fait du dossier.

La Dre Généreux reconnaît aussi que ce n’est pas en « photocopies » qu’elle pourra équilibrer son budget.

Mais c’est une femme d’action qui refuse de se décourager. « Sincèrement, j’essaie de me mettre en mode constructif. Nous ne sommes pas là pour nous laisser abattre ». Elle croit même que la réforme qui force la fusion de tous les établissements de santé du territoire est une « opportunité en or » pour la santé publique.

« Les barrières entre les établissements tombent », explique-t-elle. Ainsi, les activités de santé publique menées en première ligne, dans les CSSS et les CLSC, et celles menées au niveau régional, pourront être coordonnées plus étroitement. « Nous allons revoir nos façons de faire pour éponger l’impact des compressions. On va se retrousser les manches », assure la Dre Généreux.

Mme Généreux croit aussi qu’une meilleure collaboration entre les régions du Québec est possible. « Par exemple, nous sommes plusieurs à gérer des problèmes de moisissures dans nos écoles », explique-t-elle.

Les directeurs de santé publique ont également appris il y a quelques jours qu’ils échappaient à la mise au ballottage des 6000 cadres du réseau de la santé. Advenant une catastrophe le 2 avril, il aurait été impensable que ces postes soient vacants.

Concernant les études sur l’après-tragédie de Lac-Mégantic, la Dre Généreux en est à croiser les doigts pour que ses collaborateurs universitaires obtiennent les subventions qu’ils ont demandées. La moitié des citoyens exposés de très près à la catastrophe ont souffert de symptômes dépressifs l’année suivante, révélait une enquête rendue publique à la fin janvier. La Dre Généreux affectera ce qui reste d’un budget non récurrent pour vérifier de nouveau l’état de santé des citoyens de la MRC du Granit deux ans après l’explosion du train de la MMA en plein centre-ville.

« Les traumatismes sont revécus de façon quotidienne. C’est non seulement essentiel de maintenir les services psychosociaux, mais aussi de comprendre le rétablissement. Nous avons vécu un cas unique et complexe qui mérite d’être approfondi », estime-t-elle. D’ailleurs, des chercheurs américains souhaitent collaborer aux recherches.

Les autres régions

Ces compressions de plus de 23 millions doivent permettre au MSSS d’atteindre la cible d’économies de 220 millions promise par le ministre Gaétan Barrette dans la foulée de la réforme de la santé (projet de loi 10), indique la responsable des communications Marie-Claude Lacasse.

Un tableau fourni par le MSSS révèle que la santé publique montréalaise devra réduire son budget de 6,8 millions, soit environ 30 %. Cinq autres régions sont touchées à une hauteur excédant le million de dollars, soit la Montérégie (3,7 millions), Québec (2,5 millions), la Mauricie (2,3 millions), Chaudière-Appalaches (1,3 million) et l’Estrie (1 million).

« On revient à une vision des années 70 de la santé publique », déplore une source. « Ces coupures montrent bien que ce n’est pas une priorité, alors qu’on devrait y investir pour baisser la pression sur les soins. Ces coupures, c’est un drapeau rouge visible qui trahit un manque de vision de ce gouvernement qui refuse de reconnaître que les environnements ont un impact sur la santé de la population. »

La santé publique accapare environ 2 % des budgets de la santé au Québec.

Cet automne, la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, minimisait l’impact des coupes. Elle soutient qu’en ajoutant au dénominateur les budgets locaux de santé publique, 20 millions représentaient 6,6 % d’efforts. La nouvelle cible de 23,7 millions porte donc à 7,8 % du budget global de la santé publique locale et régionale les compressions demandées.

Le MSSS demeure convaincu que les services ne seront pas touchés. « La directive du MSSS demeure claire, écrit au Devoir Marie-Claude Lacasse. Les efforts devront se faire sur les activités administratives, il ne faut pas toucher aux services. Les services communautaires ne doivent pas être touchés. Les mesures d’optimisation doivent plutôt se dégager du regroupement de fonctions administratives dans le cadre de la réorganisation. »

9 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 2 mars 2015 06 h 53

    Démantèlement des soins en région

    C'est certain que les services seront touchés, ils l'étaient déjà. Je suis bien au courant pour avoir des parents en région. Les services étaient déjà considérablement réduits et insuffisants avant ces coupures. Ce n'est pas vrai qu'on supporte des coupures années après années et que l'on réussit à le faire seulement dans l'administratif.

  • Josée Duplessis - Abonnée 2 mars 2015 07 h 01

    Et si on faisait des coupes au sein de ce même conseil des ministres est-ce que l'on verrait un changement?

  • Robert Beauchamp - Abonné 2 mars 2015 07 h 30

    La coupe à blanc

    Daoust va être heureux lui qui considère que les régions sont gérées par des «rois de village».Aucune sympathie, aucune empathie, aucune sensibilité de la part de ces docteurs ou financiers de ce gouvernement qui n'en n'ont que pour le capital. leur devise: «À bas le capitalisme d'état, mais le capital aux capitalistes».
    Fermons les villages c'est pas payant.
    Robert Beauchamp

  • Patrick Daganaud - Abonné 2 mars 2015 07 h 35

    Une gouvernance par la peur se traduit en concours d’inepties

    Il apparaît que les coupes annoncées concernent, dans le jargon budgétaire, les opérations courantes, soit 20 % environ du budget total des directions régionales de la santé publique, lequel, selon mes calculs sommaires, doit tourner aux alentours de 305 millions.

    Donc 233 millions à la masse salariale et 72 aux opérations courantes.
    Le pourcentage de coupes calculé par le gouvernement est sur l’ensemble du budget et réduit la saignée à 7,8 % du budget total, alors qu’elle représente effectivement 33 % du budget opérationnel.

    Le gouvernement nous ment ou se ment, d’autant plus que des compressions viendront s’ajouter qui, elles, toucheront la masse salariale.

    C’est pourquoi l’optimisme jovial de la directrice de la santé publique de l’Estrie, la Dre Mélissa Généreux (qui croit que la fusion de tous les établissements de santé du territoire est une « opportunité en or » pour la santé publique), s’il montre son esprit combattif, contraste avec son analyse des impacts : « Protection, prévention, surveillance et promotion de la santé : aucune des missions n’est « entièrement protégée », nous révèle-t-elle.

    Moi aussi, sachant que mon poste de cadre échappe à la mise au ballottage du 2 avril, j’aurais ce bel enthousiame.

    Sa recette ? « Chacun devra être plus efficient tout en s’assurant que je respecte le mandat légal qui m’est confié, celui de protéger la santé de la population »
    Si je traduis bien : comme cadre, je vais accomplir mon travail malgré les coupes si mes subordonnés, moins nombreux, amputés de 30 % de leurs moyens, sont plus efficients.

    C’est avec de pareils raisonnements que les cadres, en situation de stress post-traumatique à la menace de l’abolition de leurs postes, adhèrent tous yeux fermés à la réforme en cours.

    C'est tragique.

  • Sylvain Auclair - Abonné 2 mars 2015 09 h 05

    Si on ne peut accomplir le mandat légal...

    ...alors, les directeurs devraient démissionner.