Soleil, chaleur, exotisme et… chanson populaire!

À écouter: «Le tonnerre du cœur», d'Arthur H
Photo: Michaël Monnier Le Devoir À écouter: «Le tonnerre du cœur», d'Arthur H
Où va la chanson française de France et des alentours? Elle vient dans le Mile-End parce que la musique y rayonne et irradie, batifole à Londres et en ramène des Queens qui brillent, ou alors ne sort pas du territoire et ses chaumières, en quête de « faits réels » et d’humanité calorifère. Le palmarès du réchauffement climatique.


1. Arthur H, Soleil dedans : Rêvé ici, tâté une semaine durant au Centre Phi, offert au soleil couchant sur le toit d’Ubisoft, c’est l’album québécois du cher Arthur, et ça s’entend. Dame ! Avec les complices de Patrick Watson (et la participation de Pat), avec Frank Lafontaine à la coréalisation, c’est du concentré, un noyau de planète, une coulée de lave. Instrumentation minimale, groove pas compliqué, bruitages ici et là, saillies folles dans Les Papous, c’est nous !, du ludique sous-tendant le tragique dans La caissière du Super : l’ambiance générale est feutrée, on se love dans ce disque. Soleil dedans, album de l’intérieur, palpable et plutôt premier degré dans le sentiment. Normal : lui et nous, on s’aime, tout simplement.


2. Christine and The Queens, Chaleur humaine : L’émoi de l’année en France, onde de choc ressentie jusqu’ici : on lui remplira le Métropolis à Montréal en lumière et on comprend pourquoi. Cette Héloïse Letissier rebaptisée Christine (parce que ça rime avec les Queens, ses musiciens travestis), nous donne de l’électro-pop à la fois fort doux, très naturellement dansant et un chouïa mélancolique, avec du soul plein les arpèges et un sens aigu du phrasé percussif (sans les sparages d’une Camille). Ah oui, et elle a l’androgynie de la fan finie de Bowie. Tout ça séduit, et pour tout dire, on est épris.


3. Bénabar, Inspiré de faits réels. Persiste en France une sorte de vendetta antivedettariat populaire, haine de la varièt’ symbolisée par ce fort en thème : ça méduse quand on écoute ce septième album studio, épatant comme les précédents. Il a tout, Bénabar, ça doit énerver : le verbe vif et vivifiant, la sensibilité sans la moindre sensiblerie, un regard à la fois juste amusé sur lui-même et tout un monde de Français comme on en voit dans les films français. Ça souffre parfois la recette, mais on s’amuse, on s’émeut, on entonne les refrains, les musiques ont du répondant. Il est où, le problème ?


4. Daphné, La fauve : Revenir à soi après avoir chanté Barbara ? Pas évident. Autant se la jouer insaisissable pour éviter la comparaison : voilà Daphné exotique dans Rocambolesque Morocco, sauvage dans Tout d’un animal, sulfureuse dans Ballade criminelle (avec Biolay en Gainsbourg de service), nommément sorcière dans Mon amour feu. Mais quel que soit l’habillage ou le personnage, on retrouve la Daphné aérienne, un peu éthérée, berçant de sa voix diaphane des airs plus légers que l’air, sur fond de piano et de cordes. Quelque chose d’une dame aux camélias, finalement : fragilité et beauté, encore et toujours. La voudrait-on autrement ? Pas moi.


5. Adamo, Adamo chante Bécaud : Le discret champion de la grande chanson populaire signe ici le plus bel exemple de réussite dans ce genre périlleux. Nul opportunisme dans ce tribut à l’irrépressible Gilbert : bien plutôt un geste d’amour. Les chansons embrassées par le septuagénaire du charme belge étaient déjà en lui, cela s’entend par le degré d’intégration à sa tendre manière. Délicates relectures acoustiques, à faible voltage exprès, on se laisse bercer, de sorte que les chansons si théâtralement ponctuées par Bécaud ressortent bienfaisantes et allégées, bien que jamais dénaturées (ici un blues, là un swing). À deux-trois facilités près : pur ravissement.

Le tonnerre du coeur