Les dix meilleurs disques québécois de 2014

Écouter: «Les amours parallèles», de Stéphanie Lapointe
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Écouter: «Les amours parallèles», de Stéphanie Lapointe
Confirmation d’une constance. C’est de moins en moins les gars, de plus en plus les filles, qui font les chansons qui me restent. La vie au plus près de la vie, sans postures.



1. Stéphanie Lapointe, Les amours parallèles. La parfaite réussite d’une idée : chanter les amours effilochées d’aujourd’hui en les tissant à la manière d’hier. La musique en filigrane, la voix de Stéphanie au-dessus, douce mais résonnant en pleine liberté, toujours à ça de s’envoler. Comme dans la chanson de Philippe B qui lance le disque : « Adieu cage dorée / J’ai le ciel à embrasser / J’ai des ailes à déployer… » Ouvrage de fine dentelle, avec juste ce qu’il faut. De la retenue, condition du désir.




2. Philippe B, Ornithologie, la nuit. On a aimé ses variantes d’homme seul. L’aime-t-on tout au long de l’année de sa «belle amie», celle qu’il a rencontrée une fois «le scaphandrier» remonté des «profondeurs» ? Mais si, c’est la suite, le même Philippe B qui a le malheur comme le bonheur au service de chansons parfaites, mondes de références avec de l’espace entre le piano, les vents et les voix. Tout le génie est là : dans le dénuement. Et le dénouement.




3. Mara Tremblay, À la manière des anges. Quelque chose comme une promenade dans la clairière de la joie, où la musique est luxuriante et magique. Le plus beau est que l’on reçoit cet album bienfaisant, non pas comme un baume temporairement soulageant, mais en toute connaissance de cause. On sait par où elle est passée, Mara, et si le bonheur est mérité, savoir le partager n’est que plus méritoire.




4. Les Hay Babies, Mon homesick heart. Savaient ce qu’elles voulaient, Katrine Noël, Vivianne Roy, Julie Aubé : oui, folk indie à l’acadienne, mais pas juste guitare-banjo-ukulélé. Cet album a 250 shows dans le corps, et les chansons en sont la trame enrichie. Ça donne, poignant exemple, La toune du soundman : « Y a les gars que j’ai brisés toujours pris à m’attendre / J’les envie à moitié d’avoir su me comprendre ». Cœur esseulé certains soirs, mais avec des compensations.




5. Éric Goulet, Éric Goulet Vol. 2. Il persiste et signe, notre Gram Parsons de Rosemont, et on le suit, et plus encore que sur le volume 1, on chante à tue-tête avec lui. Ma toune de l’année ? Le trou de ma guitare. « Je suis tombé dans le trou de ma guitare / C’est l’endroit le plus loin de toi qu’il puisse y avoir ». Des millions de chanteurs country n’avaient pas pensé à cette cachette du cœur juste sous leur nez : à Éric la trouvaille !

Voir notre entretien avec Éric Goulet dans son studio




6. Betty Bonifassi, Betty Bonifassi. Notre plus formidable chanteuse a pris à bras-le-corps des chants d’esclaves et les a flanqués en plein présent, avec du drum’n’bass pour grossir la pulsation, des fois que ça résonnerait. Ça résonne. Fort. Loin. Longtemps.




7. Daran, Le monde perdu : Avec les mélodies qu’il trouve (encore !), la voix qu’il a (et ne pousse jamais en vain), les textes qu’il obtient, une guitare et un harmonica suffisent amplement. La preuve. Le minimum vital en 11 chansons nues.




8. Lisa LeBlanc, Highways, Heartaches and Time Well Wasted. Elle voulait retarder la suite du succès, rouler à son goût sur les routes de l’Amérique, rencontrer du monde, jouer de la musique. Ç’a donné, sans trop les chercher, des chansons à sa façon mais en anglais, juste assez pour un mini-album : y a qu’à embarquer.  




9. Salomé Leclerc, 27 fois l’aurore : Ce deuxième album s’écoute d’une traite. Ça part en courant avec Arlon, et ça s’achève en vocalises vers l’infini. Touches d’électro, vents, cuivres, claviers, rallonges contemplatives. La belle voix rauque et la belle guitare malpropre de Salomé ne sont plus ses seuls moyens d’expression. 




10. The Barr Brothers, Sleeping Operator : C’est l’album du succès, mais rien n’a changé pour l’essentiel : la voix et la guitare de Brad Barr au centre, et tout un monde de musique autour, percus pour la prise à la terre, harpe et claviers qui veulent monter au ciel. Le folk dans ses racines profondes et ses plus hautes branches.
 
1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 17 décembre 2014 10 h 54

    Disques québécois ?

    Je suis un peu étonné de retrouver un album de Lisa LeBlanc parmi les disques québécois. Je croyais que c'était une fille du Nouveau-Brunswick, une Acadienne.