Nymphomaniac, Volumes 1 et 2 - Director's Cut

Photo: Métropole Films

Joe, étendue inconsciente dans une ruelle de Londres, est recueillie par Seligman, un intellectuel sexagénaire qui l’emmène chez lui et l’installe dans un lit. Une conversation s’engage entre les deux, stimulée par la curiosité du bon samaritain à l’égard de cette femme qui brûle d’envie de se raconter. « J’ai pris conscience de mon sexe dès l’âge de deux ans » sont les premiers mots de son récit, qui remonte à son enfance passée entre un père médecin chaleureux et une mère glaciale. À l’adolescence, Joe s’amuse à aguicher les hommes et se fait dépuceler par Jerome, qu’elle épouse quelques années plus tard. Après la naissance d’un enfant, Joe perd toute sensation entre les jambes. Ne pouvant la satisfaire, Jerome l’autorise à trouver son plaisir ailleurs. En vain. Jusqu’à sa rencontre avec un spécialiste des pratiques sadomasochistes, qui la soumet à diverses tortures et humiliations. Ayant placé tous ses espoirs en cet homme, Joe néglige son enfant, provoquant la colère de Jerome. Leur rupture marque le début d’une chute vertigineuse pour la jeune femme, qui va l’amener à trouver un emploi auprès d’un collecteur de dettes.

Voici la version intégrale, non censurée, d’un ambitieux film de Lars Von Trier (Breaking The WavesAntichrist) sur le pouvoir sexuel et l’impuissance. Un projet audacieux qui porte la marque d’une pensée provocante, laquelle s’exprime à la fois dans des scènes de sexualité explicites et un discours troublant sur la frontière séparant le sexe et la mort. Cependant, le dénouement pourra sembler à certains hautement arbitraire et d’une provocation un peu futile. L’habile construction en flash-back hallucinés est rehaussée par une mise en scène experte, d’une spectaculaire vigueur formelle. L’excellente Charlotte Gainsbourg s’investit à fond dans l’entreprise. Mais l’interprétation de Stellan Skarsgard mérite d’être signalée. L’acteur norvégien joue à l’écran l’équivalent du spectateur, du témoin passif. Sa présence en impose autant que son humilité est remarquable.

(3) Danemark. 2013. Drame de moeurs de Lars von Trier avec Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgard, Shia LaBeouf.