Le torchon brûle

Il faut les voir longer les murs, presser le pas ou fuir, tout simplement, quand les journalistes leur tendent des micros, ou pire, il faut les voir prendre l’air d’un chien battu quand ils ne peuvent plus échapper aux questions. Ça confirme, à sa face même, que le torchon brûle au Conseil des ministres. Pas besoin d’une lunette grossissante. Ça se voit à l’oeil nu et ça s’entend dans le ton et les propos qui finissent par sortir. Plusieurs ministres du présent gouvernement sont déçus. Et ça paraît. Déçus de quoi ? Déçus de ne pas avoir chacun leur chaloupe. Je m’explique.

Je me souviens d’avoir déjà raconté à un groupe de femmes qui étaient tentées par la politique qu’un Conseil des ministres, ça ressemble à un voyage de groupe sur un bateau. L’espace est restreint et c’est pourquoi on finit toujours par se demander ce qu’on est venu faire là. Il faut bien comprendre qu’on n’a pas choisi ses partenaires de voyage. Chacun des passagers voyage seul, car ils ont tous cru que leur élection et ensuite leur nomination comme ministre faisaient d’eux (ou elles) des détenteurs du fameux pouvoir dont on parle tant, cette sorte de baguette magique qui fera de citoyens ordinaires des élus d’abord, puis des élus aimés et admirés qui marqueront l’Histoire grâce à leurs belles qualités. Bien sûr, on ignore encore les multiples visages de ce pouvoir à moins d’être dans le métier depuis si longtemps que le jeu n’a plus de secrets pour vous. Rendu là, ça s’appelle la routine.

Le problème, semble-t-il, avec le gouvernement Couillard, c’est qu’aucun des ministres n’avait prévu de faire un voyage de groupe. Méchante déception. Chacun était arrivé avec sa chaloupe privée. Pas question de partager l’entretien du bateau commun, de manger avec tout le monde, de dormir seulement quand c’est son tour et de veiller sans dormir quand on est de garde.

Le capitaine a décidé de maintenir le cap malgré le mauvais temps qui s’annonce et les manifs qui vont gâcher les fins de semaine des élus parce que le Québec a commencé à répéter qu’« il n’avait pas voté pour ça ». Ni la perte des emplois, ni l’augmentation des frais de garderie, ni les coupes dans les services qui rognent à l’os sans aucune anesthésie, ni les coupes en éducation qui sont un non-sens à moins qu’on ait choisi de livrer un peuple non instruit à des entreprises qui pourront offrir des jobines. Ça crie fort contre l’austérité mur à mur qu’on impose sans avoir même pris la peine de nous dire où s’en va le maudit bateau. Le vent souffle dans tous les sens, le bateau prend l’eau, la mer est agitée et tout le monde a le mal de mer.

Les ministres qui voyagent à bord du fameux bateau et qui se rendent compte de la grogne de leurs concitoyens ne pensent qu’à une chose : sauver leur réputation ou quitter le bateau. C’est ce qu’a presque fait le ministre Jacques Daoust cette semaine en expliquant qu’il n’était pas le gouvernement à lui tout seul et il a dit, sans le dire, qu’il n’était pas nécessairement d’accord avec les décisions que veulent imposer les deux autres ministres économiques : messieurs Leitão et Coiteux, qui règnent en maîtres sur leur secteur et en mènent bien large.

Quant à nos trois docteurs, ils donnent l’impression de cumuler à eux trois tout le savoir du monde. Ils sont à l’épreuve des erreurs et des exagérations. Ils affirment et désaffirment dans la même phrase, mais quelle importance puisque ce qu’ils disent aujourd’hui aura changé demain. Ils avancent et ils reculent sans lire les instructions du jouet qu’ils ont entre les mains et sans savoir où ils s’en vont même quand ils jurent que leur décision est prise. Il n’y a rien pour les faire changer d’idée mais ils en changent sans arrêt. Difficiles à suivre, disons.

Les ministres ont certainement commencé à réaliser que leur pouvoir est extrêmement limité, surtout si leurs idées ne sont pas nécessairement celles du premier ministre. C’est ça le jeu. L’autre option, c’est soit de changer de Parti, soit de rentrer à la maison.

Est-ce que les choses iraient mieux si chaque ministre avait sa propre chaloupe ? J’en doute. Je crois que ce serait pire.

« Beaucoup de dégâts pour peu de résultats. » Ça pourrait être le slogan du parti au pouvoir lors de la prochaine élection. Je ne nous le souhaite pas, mais disons que c’est vraiment mal équilibré en ce moment. Est-ce que ça se pourrait que ce soit la faute du premier ministre qui n’est pas capable de garder son équipe unie ? C’est ce qu’on voit au hockey les mauvaises saisons. Quand chaque joueur joue pour lui tout seul, faisant fi de l’équipe… le club ne fait pas les séries alors. Même chose en politique.

15 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 20 novembre 2014 23 h 06

    EnsembLe

    "Ensemble, on parle des vraies affaires".
    Pif, bang, pouf, smack, kapow, ayoye !

  • Denis Paquette - Abonné 21 novembre 2014 06 h 06

    A la revoyure

    Madame comme ca me fait penser a un de vos écrits :Le pouvoir je ne connais pas, se peut il que des gens informés fassent encore, ces memes erreurs. J'aime quand vous dites que chacun arrive avec sa chaloupe tandis que c'est un paquebot qu'il faut guider. j'ai une question pour vous que connaissons nous de ce paquebot , tout a coup qu'il est beaucoup plus complexe que nos petites véléités, bonjour madame et a la revoyure.

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 21 novembre 2014 10 h 27

      Si le bateau est plus complexe, c'est c'est qu'il est devenu, comme vous le dites, un paquebot.
      En 2003 sa valeur était de 3 milliards de $ et en 2012 il valait 14 milliards de dollars parce que la corruption et la collusion avaient trop exigé.
      Maintenant, réalisant leurs turpitudes, le Capitaine Couillard, privatise sous les conseils du comité Porter.

  • René Racine - Abonné 21 novembre 2014 06 h 07

    Quelle bonne analyse !

    Vous avez résumé la situation politique, économique et sociale avec justesse et précision. Votre constat n'est pas de la science-fiction, vous venez de décrire la grande crainte de la majorité devant les vents contraires que soulèvent ce gouvernement et qui touchent tout le Québec.

    Si l'orientation ne change pas, le Québec en entier va manger toute une dégelée et personne ne s'est préparé à ça

    L'économiste Pierre Fortin dit que le Québec va frôler la récession avec la décision de réduire trop rapidement les dépenses. Les propos de monsieur Fortin doivent être pris au sérieux; cet individu est ni un énervé, ni un excité, il voit clair et demeure lucide même quand le brouillard se lève.

    En d'autres termes, le Québec serait au début d'une récession sévère et nous en voyons les conséquences, la perte nette de milliers d'emplois. Les mauvaises nouvelles économiques se succèdent et dépassent de beaucoup les bonnes nouvelles.

    La récession de 2009 n'a pas touché le Québec ou très peu, parce que nos gouvernements ont pris des mesures énergiques d'investissement public.

    Aujourd'hui le privé prend la relève avec beaucoup de courage, mais de secteurs entiers, les forêts et les mines, sont touchés de plein fouet par une conjoncture économique mondiale défavorable. Rapidement, il nous faut un plan de relance économique basé sur la "recherche et le développement" pour rendre plus compétitive nos industries et favoriser l'emploi de qualité.

  • Jacquelin Beaulieu - Abonné 21 novembre 2014 07 h 06

    Beaucoup de dégâts pour peu de résultats ....

    Avouons que ce slogan est bien trouvé et coincide avec la réalité ..... On peu ajouter une caricature de ce matin ou l'on voit Couillard s'enfoncer graduellement et surement dans les sables mouvants ....

  • Michel Thériault - Inscrit 21 novembre 2014 07 h 26

    Quand on vote Libéral...

    Ce qui me désole, ce ne sont pas ces petits politiciens sans envergure mais bien les gens qui ont cru à leurs arguments durant la dernière campagne, et ce, malgré tous les scandales. Que ces gens se taisent maintenant. À en rire aux larmes.

    • André Côté - Abonné 21 novembre 2014 13 h 07

      Le problème, monsieur, ce ne sont pas les gens qui ont voté pour les libéraux, ce sont ces politiciens libéraux qui nous ont menti d'une façon aussi flagrante pour se faire élire.

    • Marc Bouchard-Marquis - Inscrit 21 novembre 2014 14 h 04

      L'effet libéral!

      Les Québécois ont voté pour le Parti Libéral en avril...et bien, maintenant "profitez" de "l'effet" libéral, effet qui se fera sentir pour un minimum de quatre "belles années"...

      Vous avez ce que vous mérité.

      En espérant que le réveil ne sera pas trop brutal...

      Ici la terre...

    • Jean-François - Abonné 21 novembre 2014 14 h 51

      Monsieur Côté

      Vous n'avez pas (encore!!!!) compris que Libéral= mauvaise foi?

      9 ans de pouvoir avec Jean Charest ce n'est pas assez j'imagine, sans oublier les frasques dans le temps de Robert Bourassa!

    • Roger Gobeil - Inscrit 21 novembre 2014 21 h 05

      Il faut se rappeler que le PQ s'est battu łui-même à la dernière élection.

      Le bon peuple québécois n'avait pas vraiment le choix de les enlever de là.

      Endurons notre mal maintenant!