Une murale contestataire sème la bisbille

L’œuvre représentait le chef du SPVM, Marc Parent, cagoulé.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’œuvre représentait le chef du SPVM, Marc Parent, cagoulé.

Une murale provocatrice qui montrait le chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent, portant une cagoule, a causé une controverse digne d’un vaudeville dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

L’oeuvre de grande taille, créée par un militant qui critique le SPVM, est apparue au cours des derniers jours sur un bâtiment commercial situé à l’angle de la rue Ontario et du boulevard Pie-IX. La murale soulevait tellement les passions que le propriétaire du bâtiment l’a fait recouvrir de peinture noire en début de soirée mercredi, selon nos sources.

La SDC Promenades Hochelaga-Maisonneuve avait appuyé l’auteur de l’oeuvre, qui disait vouloir illustrer la fièvre des séries de la Coupe Stanley. La murale devait montrer Ginette Reno et des joueurs du Canadien de Montréal. L’artiste a plutôt choisi d’illustrer le directeur du SPVM en trois images : une qui le montrait cagoulé, l’autre où l’on voyait la moitié de son visage et une dernière où il dévoilait complètement son identité. C’était un clin d’oeil au fameux règlement P-6, qui interdit de se cacher le visage au cours d’une manifestation.

« On s’est fait passer un sapin. On s’est fait promettre une murale sur le hockey et on se retrouve avec une image du directeur de la police. On n’est pas là pour faire des scandales politiques », a indiqué au Devoir Donald Guy, directeur général de la SDC Promenades Hochelaga-Maisonneuve.

Contestataire

La SDC, qui représente les commerçants du secteur, a aidé l’artiste à s’approvisionner en peinture pour réaliser son oeuvre. Le but était d’améliorer un mur du quartier qui était souvent tapissé de graffitis sauvages.

Le graffiteur, qui s’est identifié au Devoir sous le pseudonyme Brian Pepper, dit être victime de censure. Il admet qu’il s’était engagé à dessiner un hommage au hockey, mais dit avoir changé d’idée après l’élimination du Canadien contre les Rangers de New York, au printemps dernier.

L’idée de se moquer gentiment du directeur du SPVM a germé quand il a vu la manifestation des policiers et des pompiers qui a tourné au grabuge à l’hôtel de ville de Montréal, en août dernier. Ils manifestaient contre le projet de loi 3, qui instaurerait un partage à parts égales (entre les syndiqués et l’État) des coûts du régime de retraite des employés municipaux.

« Les policiers et les pompiers ont fait un feu en pleine rue et ont perturbé l’hôtel de ville pour dénoncer l’austérité, mais ils ont matraqué des citoyens qui dénonçaient l’austérité au printemps étudiant de 2012 », dit l’artiste.

Le SPVM tolère

Le SPVM a cherché à déterminer l’identité de l’auteur de la murale — au moins deux personnes du quartier ont été interrogées, selon nos informations —, parce que des graffitis antipolice à caractère violent sont apparus au cours des derniers mois à Montréal. Une image montrant notamment le commandant Ian Lafrenière atteint d’une balle à la tête a vu le jour au printemps dernier. Une femme a été accusée de harcèlement après avoir partagé cette image sur le réseau Instagram.

Cette fois, le SPVM a pris avec un grain de sel la murale qui montrait le chef Marc Parent. « On était au courant de l’existence de la murale et on n’a entrepris aucune démarche pour la faire enlever », dit Ian Lafrenière.

À voir en vidéo