Brassage d’idées pour Montréal

Je voix Mtl rassemblera, lundi à la Place des Arts, environ 1000 personnes « très engagées et de grande qualité », insiste M. Joli-Cœur. Les leaders viennent chercher des réponses à leurs questions, afin d’amener leur projet un pas plus loin.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Je voix Mtl rassemblera, lundi à la Place des Arts, environ 1000 personnes « très engagées et de grande qualité », insiste M. Joli-Cœur. Les leaders viennent chercher des réponses à leurs questions, afin d’amener leur projet un pas plus loin.

« C’est pas vrai qu’on est condamnés à vivre dans une ville où les ponts tombent ! » Félix-Antoine Joli-Coeur espère que l’événement je vois mtl de lundi le prouvera. Il est le chef d’orchestre de ce grand brassage qui doit culminer autour d’une centaine d’engagements fermes de réalisation de la part de leaders.

Plus de 200 projets, présentés brièvement en ligne, ont déjà reçu les commentaires et les votes du grand public durant la première phase. Ceux qui doivent être davantage étayés seront débattus dans la « zone lab ». Les autres, ceux au seuil de se concrétiser, recevront un dernier coup d’accélérateur dans les ateliers.

Je voix mtl rassemblera, lundi à la Place des Arts, environ 1000 personnes « très engagées et de grande qualité », insiste M. Joli-Coeur. Les leaders viennent chercher des réponses à leurs questions, afin d’amener leur projet un pas plus loin. Le chargé de projet donne l’exemple du « dragon » Alexandre Taillefer : « Comment mieux convaincre les chauffeurs de taxi de devenir membres de sa mutuelle ? » demandera-t-il à la douzaine de personnes qui assisteront à sa présentation.

« Certains projets ont été créés pour je vois mtl, d’autres étaient déjà dans l’air. Ceux-là viennent chercher un momentum pour aboutir et un cadre plus grand », explique-t-il. Et ce « cadre plus grand » n’est rien de moins que l’ambition de changer l’état d’esprit collectif des Montréalais. « On veut montrer aux citoyens qu’on peut regarder l’avenir avec enthousiasme, qu’on est rendus l’autre côté de la rivière », dit M. Joli-Coeur.

Relancer Montréal

L’urgence de mobiliser les acteurs de la métropole émanait d’abord de Jacques Ménard, président de BMO Groupe financier, et de Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, après la publication d’un rapport, en février dernier, sur la relance de sept autres grandes villes du monde.

M. Ménard se félicite déjà que son approche « du bas vers le haut » ait fonctionné. Même si les projets ne proviennent pas exactement du citoyen ordinaire, c’est effectivement une communauté très large qui a répondu à l’appel : institutions financières, grandes et petites entreprises, organismes communautaires, coopératives d’habitation, universités, centres hospitaliers, etc. Je vois Mtl sera donc l’occasion de les voir tous réunis.

De l’agriculture de proximité à l’embellissement par les murales, en passant par l’établissement d’une liaison aérienne directe avec la Chine ou un centre d’emploi « Rouloboulo » ambulant qui vise les jeunes éloignés du marché du travail, la liste est longue. De la grande envergure à la grande proximité, du projet matériellement ancré à ceux plus conceptuels, difficile de trouver ceux qui ne « voient pas » Montréal.

Quelques projets

Les projets sont nombreux et variés, mais en voici un petit échantillon :

Le Forum des jeunes professionnels de l’Association des ingénieurs-conseils du Québec (AICQ) propose de peindre des murales — créées par des artistes locaux et réalisées par des jeunes en réinsertion sociale — sur les structures bétonnées de l’autoroute métropolitaine entre la rue Saint-Denis et le boulevard Saint-Laurent. Des pourparlers ont déjà été engagés avec le ministère des Transports du Québec, indique-t-on.

Du houblon sur les façades de maisons ? Voilà d’idée lancée par Mathieu Garceau-Tremblay, chef-brasseur à la brasserie Harricana. Avec la collaboration de brasseries participantes, les citoyens pourraient cultiver le houblon, une plante vivace grimpante qui tolère bien le climat montréalais. Les façades d’immeubles institutionnels, commerciaux et résidentiels pourraient être mises à contribution et en 2017, la bière du 375e pourrait être lancée.

Protect arTbres voudrait prémunir les arbres contre les dangers de la vie urbaine, dont les chenillettes de déneigement, en fabriquant et en installant des protections « aux formes plus artistiques ». Quelques prototypes ont déjà été installés à Montréal, mais l’idée consiste à doter les arbres vulnérables de ces équipements sur tout le territoire de l’île de Montréal.

Montréal pourrait donner un lieu permanent pour le Musée de paléontologie et de l’évolution (MPE) afin de permettre aux touristes et aux visiteurs d’apprécier le patrimoine fossile québécois, suggère le géologue Jean-Pierre Guilbault, président du MPE.

Des atouts dans la ville

Certains projets poussent carrément pour des changements de paradigme. « Actifs civiques » est l’un d’eux. L’architecte Talia Dorseycherche à dépasser le dualisme conservation-modernisation en « préservant à travers la modernisation », dit-elle au bout du fil.

Après 15 ans à rouler sa bosse à travers le monde, Mme Dorsay a été surprise de voir les grandes affiches « à vendre » dans plusieurs bureaux de poste de Montréal. Elle est particulièrement inquiète pour celui de Notre-Dame-de-Grâce, situé au 5751, rue Sherbrooke Ouest. L’idée est donc d’attirer l’attention sur la « valeur intangible » des lieux, pour que son éventuelle reconversion en tienne compte.

La jeune femme propose de créer un index de ces « actifs civiques », de ces atouts pour la vie dans la cité. Cafés, clubs sociaux, « delis », bibliothèques, églises, bureaux de poste, hôpitaux, et même buanderies: « Il faut les reconnaître comme une infrastructure aussi importante que l’eau et l’électricité », explique Mme Dorsey.

Pas pour les figer dans le temps et les conserver tels quels, mais bien pour réfléchir à « leur position dans l’imaginaire des citoyens », dit-elle. Dépasser la coquille physique, visible, architecturale des lieux, et en faire « un levier pour tirer la valeur immobilière vers d’autres priorités », comme la culture ou l’environnement, cite l’architecte. Des mécanismes financiers et de nouveaux modèles d’investissement sont à l’ordre du jour pour la suite.