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Ça bourdonne à Montréal

Ruches situées sur le toit de l'École de design de l'UQAM.
Photo: François Pesant Le Devoir Ruches situées sur le toit de l'École de design de l'UQAM.

«De l’apiculture à Montréal, il y en a toujours eu », rappelle Alexandre Beaudoin, co-porte-parole de Miel Montréal. Pourtant, c’est une petite révolution qui s’est opérée ces dernières années du côté de la biodiversité montréalaise : d’une dizaine de ruches en 2010, la ville en compte aujourd’hui plus de 250, un chiffre qui ne cesse de gonfler au rythme de 20 à 30 nouvelles ruches chaque année. Avec quelque 80 000 paires d’ailes par ruche, la production annuelle estimée est de trois à cinq tonnes de miel.

 

Où sont-elles ? La majeure partie d’entre elles se trouvent dans l’Ouest-de-l’île et au centre-ville : une centaine dans L’Île-Bizard et d’autres réparties entre l’Université McGill, l’UQAM, le Reine-Elizabeth, le Palais des congrès et le Santropol, sans oublier l’Université de Montréal, le Champ des possibles dans le Mile-End et la TOHU. À cela s’ajoutent les ruches des particuliers installées sur les balcons, dans les cours et sur les toits, qui ne sont pas toujours répertoriées.

 

Et même si le phénomène est émergent, la ville se révèle être un écosystème tout à fait favorable à l’apiculture, insiste Éric Duchemin, professeur à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM : la diversité florale, les restrictions imposées à l’utilisation des pesticides et les températures légèrement supérieures à celles des milieux ruraux font en sorte que les abeilles sont plutôt choyées en ville.

 

Montréal suit ainsi les pas de Londres, chef de file en la matière, Paris, New York, Zurich, Chicago et Toronto… Malgré cela, les Montréalais demeurent « plutôt frileux à l’égard du phénomène », estime Éric Duchemin. « À Paris, il y a des ruches en plein milieu du très fréquenté Jardin du Luxembourg », une visibilité encore impensable ici à l’heure actuelle. Alexandre Beaudoin, quant à lui, fait état de beaucoup de craintes infondées dues au manque d’information. « Les gens connaissent mal les abeilles : ils craignent les piqûres, car ils les confondent avec les guêpes, qui sont beaucoup plus agressives. Mais une abeille n’attaque que lorsqu’on vient perturber la ruche : elle se sacrifie pour envoyer un message. Ceux qui se font piquer sont surtout les apiculteurs ! »

 

Quant aux plaintes du voisinage, « il n’y en a jamais eu », affirme Alexandre Beaudoin. En revanche, les inquiétudes des apiculteurs viennent plutôt du potentiel mellifère de la ville, encore peu documenté. « Si les abeilles n’ont pas suffisamment de fleurs à polliniser, elles risquent de se tourner vers d’autres sources de nourriture, comme des aliments sucrés, de la crème glacée, ce qu’on ne veut pas. » Pour cela, « nous devons réquisitionner tous les espaces possibles à Montréal », dit Alexandre Beaudoin. Des gestes simples, comme préférer le trèfle au gazon, aménager des platebandes de fleurs ou ne pas s’acharner sur les pissenlits, peuvent favoriser la biodiversité.

 

Autre écueil à éviter : l’essaimage (lorsque les abeilles quittent la ruche en essaim), qu’il faut « contrôler au maximum », insiste Alexandre Beaudoin. Pour cela, il faut avant tout vérifier que les abeilles ne sont pas en surnombre et qu’elles sont toujours actives, et ne jamais négliger une ruche. « Si on perd le contrôle d’une ruche, ce sont 40 000 ou 50 000 abeilles qui vont s’envoler d’un coup. Ce n’est pas dangereux, mais c’est impressionnant », assure-t-il. Mais, même si le phénomène croît rapidement, Éric Duchemin n’est pas inquiet. « Nous sommes encore loin des 3500 ruches de Londres, estime-t-il. Montréal a de grands espaces verts et un bon potentiel pour les pollinisateurs. »

Pour se former : une étape indispensable. Renseignez-vous auprès de la Fédération des apiculteurs du Québec. 
Pour s’équiper : Miel Montréal offre la possibilité de participer à des achats de matériel.
Pour choisir entre la ruche sur votre toit et le projet collectif : consultez la carte des ruches d’Agriculture Montréal. Pour éviter la surpopulation des abeilles, il est conseillé de vous joindre à des projets collectifs si votre quartier compte déjà plusieurs ruches.
Pour connaître les réglementations et ­déclarer votre ruche : le MAPAQ