Le NAD, au coeur de l’industrie du 3D

Claude Lafleur Collaboration spéciale
Le NAD recrute deux cohortes de 32 étudiants à l’automne et en janvier, pour lesquelles elle reçoit dans les deux cas près de 200 demandes d’admission.
Photo: NAD Le NAD recrute deux cohortes de 32 étudiants à l’automne et en janvier, pour lesquelles elle reçoit dans les deux cas près de 200 demandes d’admission.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’École des arts numériques, de l’animation et du design (NAD) est l’un des importants moteurs de l’industrie de l’animation 3D qui s’est développée au Québec ces 20 dernières années. « Les étudiants qui sortent de chez nous travaillent directement pour les grandes productions hollywoodiennes de Steven Spielberg ou James Cameron », déclare Suzanne Guèvremont, directrice générale du NAD. Ils peuvent également travailler dans l’industrie de la simulation, notamment sur des appareils d’entraînement pour les médecins, sur les simulateurs de vol pour les pilotes ou encore en urbanisme et sur de grands projets de construction ; en fait, partout où on a besoin de créer des représentations en trois dimensions.

 

Les applications en imagerie de synthèse et en 3D connaissent d’ailleurs un développement fulgurant et Montréal se situe à la fine pointe de ce domaine. Nous disposons en fait d’un véritable écosystème industriel de classe mondiale, relate Mme Guèvremont, grâce à la présence de géants du jeu vidéo, du logiciel et de la simulation, en plus de diverses associations professionnelles.

 

« Le NAD se trouve au centre de cet écosystème, poursuit-elle, puisque nous avons joué un rôle précurseur dans le développement de cette industrie au Québec. Et l’une des raisons pour lesquelles les entreprises viennent s’établir ici, c’est que ce sont des organismes comme le nôtre qui développent la créativité et les talents. »

 

Du Centre NAD au NAD

 

Le NAD a été créé en 1992, alors que l’industrie du multimédia prenait son envol. À l’origine, il s’agissait du Centre NAD — le Centre national d’animation et de design — relevant du Cégep de Jonquière, mais établi à Montréal. On y donnait des formations collégiales en infographie 3D. Ce centre a notamment développé le premier contenu de cours autorisé par Softimage et offert ensuite à travers le monde.

 

« On a commencé avec peut-être sept ou huit étudiants, raconte Suzanne Guèvremont, une avocate qui s’est jointe au Centre NAD en 1995 afin de développer les services aux entreprises. L’industrie de l’animation 3D n’était vraiment pas ce qu’elle est aujourd’hui ! », rappelle-t-elle en riant. Le Centre NAD a diplômé son millième finissant en 2007.

 

Entre-temps, en 1999, Mme Guèvremont en était devenue la directrice générale. « Ce n’était pas du tout prévu dans ma carrière, lance-t-elle, mais j’ai trouvé le domaine si intéressant que je n’en suis jamais partie ! C’est tellement une belle industrie, un domaine où on a toujours de nouveaux défis. En fait, on a fait beaucoup évoluer le NAD », c’est-à-dire le numérique, l’animation et le design.

 

« En 2006, on a réfléchi à la façon dont on pourrait continuer à faire évoluer nos formations, le marché ayant pas mal changé », poursuit-elle. Cette réflexion a mené à la signature, deux ans plus tard, d’un partenariat entre l’Université du Québec à Chicoutimi et le Cégep de Jonquière, qui a permis au Centre NAD de développer des programmes universitaires.

 

C’est ainsi que le Centre NAD est devenu l’École NAD, au même titre qu’une école de génie ou d’administration de niveau universitaire. « On parle du NAD, et non de l’ÉNAD, puisque, partout dans l’industrie, nous sommes connus et reconnus comme étant tout simplement “ le NAD ”», explique la directrice.

 

De véritables artistes 3D

 

Cette école offre deux programmes de baccalauréat en imagerie de synthèse — un premier en jeux vidéo et l’autre en effets visuels, cinéma et télé — ainsi qu’une maîtrise (mais aucune formation collégiale). « Nous formons des artistes en animation 3D, résume Suzanne Guèvremont, des artistes qui créent des images de synthèse. »

 

Il s’agit en fait d’images créées uniquement par ordinateur et ne reposant donc sur aucune photo ni modèle (telle une sculpture, par exemple). « Ce qu’il y a de vraiment fascinant avec ces images de synthèse, c’est qu’on peut justement animer ce qu’on crée », poursuit Mme Guèvremont.

 

« On crée alors un modèle 3D qu’on anime ensuite », explique-t-elle. À partir de là, c’est l’étudiant qui décide ce qu’il fera de sa création. « C’est évidemment tout un art que d’animer un personnage ; il faut comprendre le sens du mouvement, l’anatomie, etc. Nos étudiants suivent donc des cours de jeu d’acteur, d’initiation au théâtre, au sens du mouvement, etc. Et, comme tout personnage évolue dans un environnement, isl doivent aussi comprendre les règles de la physique, de la perspective, de la profondeur de champ, etc. »

 

C’est dire que ceux et celles qui étudient au NAD sont des artistes et des créateurs, non des programmeurs informatiques. Pour cette raison, les responsables de la sélection des étudiants accordent beaucoup d’importance à leurs réalisations artistiques.

 

« Chaque candidat doit nous soumettre un portefolio », indique la directrice. Ce peut être un site web, une clé USB ou encore un cartable dans lequel il montre ce qu’il a créé. « Nous recherchons des étudiants qui, au cégep, ont montré leur intérêt pour les arts, poursuit-elle. A-t-il fait de la photo, du dessin ? A-t-il écrit, scénarisé, fait de la bande dessinée ? Le portefolio compte vraiment pour beaucoup dans l’évaluation des candidats. »

 

C’est ainsi que le NAD recrute deux cohortes de 32 étudiants — l’une en concentration effets visuels, cinéma et télé, et l’autre en jeux vidéo — à l’automne et en janvier. Pour la session d’automne, l’école reçoit environ 200 demandes d’admission, et un peu moins en janvier, précise la directrice.

 

« L’une des grandes forces du NAD, c’est d’être une locomotive pour l’industrie, et on veut que nos étudiants, lorsqu’ils sortent de chez nous, soient immédiatement productifs et efficaces, indique la directrice. À cette fin, nous demeurons en étroite relation avec les producteurs et les directeurs sur le terrain, pour nous assurer d’être toujours en mode d’action. Nous, nous visons à demeurer au coeur de l’écosystème du NAD et d’en être même la locomotive. »