Le patrimoine paysager est une richesse à conserver

Assïa Kettani Collaboration spéciale
Montagne de la Croix, à Clermont.
Photo: Table de concertation sur les paysages Montagne de la Croix, à Clermont.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Françoise Roy rappelle d’entrée de jeu l’importance de préserver le paysage, érigé au rang de patrimoine, qu’il s’agit de protéger au même titre qu’un bâtiment historique menacé de démolition.

 

Dans beaucoup de régions du Québec, le paysage est « une ressource naturelle » qu’on ne peut se permettre de gaspiller, notamment dans les régions touristiques où l’avenir économique de la région risque d’en souffrir. Un message d’autant plus important que « le paysage est une ressource non renouvelable. Lorsqu’un développement immobilier ou une carrière viennent modifier un paysage, ce n’est pas réversible. Chaque geste posé a un impact. »

 

Sauvage comme urbain

 

Mais à travers la notion de paysage, Françoise Roy ne sous-entend pas uniquement la beauté des lieux. En effet, loin de se réduire à la seule acceptation esthétique de la nature, elle envisage le paysage en tenant compte de l’ensemble du territoire, qu’il soit naturel ou habité, sauvage ou urbain. Et dans cette définition large, il existe plusieurs perceptions du paysage qui diffèrent si l’on est résidant, touriste ou agriculteur, selon ses valeurs et ses exigences. « Un villégiateur cherchera la contemplation, alors que quelqu’un qui travaille dans l’agriculture ou la foresterie s’intéressera avant tout à ce que la nature peut offrir. » Ainsi, toutes les régions ont intérêt à se préoccuper de la protection de leur paysage, estime-t-elle, que ce soit pour alimenter le tourisme ou tout simplement pour « contribuer à la qualité de vie ».

 

D’ailleurs, rappelle-t-elle, le paysage est en constante évolution. « Nous ne cherchons pas à empêcher l’évolution du paysage, mais bien à ce qu’il évolue positivement, en faisant les choses autrement. » Et alors que le paysage a considérablement évolué au cours du dernier demi-siècle — qu’il s’agisse du développement exponentiel de l’automobile, des industries et des commerces, de l’augmentation de la population et des changements urbains —, le problème se pose lorsque ces développements sont faits sans aucun égard par rapport au paysage urbain ou naturel avoisinant. « Dans les interventions, on a banalisé le développement domiciliaire et commercial. Il arrive même qu’on voie des projets immobiliers au coeur de Charlevoix qui semblent un copier-coller d’une banlieue de Montréal. »

 

Pour encourager un aménagement éclairé du territoire, visant notamment à ce que les développements domiciliaires ou commerciaux soient bien intégrés, la Table de concertation dispense des outils et mène des actions ponctuelles auprès d’organismes et de professionnels du milieu.

 

« Nous essayons de renverser la tendance », rappelle-t-elle. Comme pour ce qui touche au développement durable et à l’écologie, il s’agit d’un travail de sensibilisation. « Mais il nous arrive de nous heurter aux valeurs individuelles, de la part de personnes qui font ce qu’elles veulent, car elles sont chez elles. »

 

Pourtant, l’impact d’un projet de développement sur le paysage est collectif, déplore-t-elle. La préservation du paysage relève donc, selon elle, d’une responsabilité citoyenne et non du seul apanage des municipalités. « C’est l’affaire de tout le monde. »

 

Devoir de mémoire

 

Au rang des moyens utilisés pour sensibiliser les populations sur l’évolution du paysage, Françoise Roy évoque notamment un devoir de mémoire, qui passe par le souvenir des lieux et des quartiers d’il y a 20 ou 50 ans. « Au cours des dernières décennies, le centre-ville de Québec s’est par exemple complètement transformé. La Ville a soutenu des associations de commerçants et des propriétaires d’immeubles pour rénover leur façade. La perspective est complètement différente aujourd’hui de ce qu’elle était, mais la plupart des gens ont oublié. Il suffit de voir d’anciennes photographies pour se rendre compte de l’évolution du paysage. »

 

Un autre volet d’action concerne la formation et la diffusion des connaissances : « Souvent, les intervenants ont la volonté, mais ne savent pas comment faire. » Qu’il s’agisse de communication, de formation, de conseils ou de recommandations auprès des promoteurs immobiliers, la Table contribue à montrer « des façons de faire et des exemples en Nouvelle-Angleterre ou au Québec d’aménagements respectueux du paysage », de commerces qui ont modifié leur affichage ou qui ont soigné la rénovation de leurs bâtiments, ou d’aménagements harmonieux de parcs ou de haltes.

 

Développement et mise en valeur

 

Des formations ont par exemple été dispensées sur l’intégration au paysage de développements résidentiels, le maintien de couverts forestiers ou l’utilisation de matériaux intégrés. « Nous voulons influencer les décisions pour que l’intégration du paysage fasse partie des outils d’urbanisme. Il faut réviser nos façons de faire en fonction des nouvelles connaissances. » Une évolution des pratiques qui se heurte par ailleurs à une crainte récurrente : celle de ne pouvoir concilier le développement économique et la mise en valeur du paysage. Or, il ne s’agit pas, selon elle, de deux tendances antagonistes, mais bien de deux visions qui doivent être menées en parallèle.

 

L’action passe également par un soutien aux projets de mise en valeur du paysage, notamment à travers des aides financières et des prix. Au rang des projets qui ont récolté le prix Paysage lors du Gala Reconnaissance organisé par le CLD de la Côte-de-Beaupré, citons notamment les Habitations Boivin, au pied du mont Sainte-Anne (2012), ou encore l’aménagement du parc de l’Anse, avec vue sur le fleuve dans la municipalité de Boischatel (2013).

 

Au rang des partenaires, l’organisme travaille notamment avec les MRC, des CLD, Tourisme Charlevoix, les ministères des Transports et de la Culture, le Bureau de la Capitale-Nationale et le CRE de la Capitale-Nationale, avec lesquels un plan d’action sur trois ans est prévu jusqu’en 2016.

 

À travers ces actions, Françoise Roy évoque un travail de longue haleine. « Changer les comportements prend plusieurs décennies, note-t-elle,mais c’est possible : il faut être patient et chercher à convaincre les gens. »

 

Et pour cela, une consigne : « Répéter et répéter le message. »