Jeux gais: Atlanta pourrait doubler Montréal

La Federation of Gay Games (FGG) prépare un plan qui permettrait à la ville d'Atlanta de recevoir les Jeux gais 2006, pourtant attribués à Montréal depuis 2001, a appris Le Devoir. Les rumeurs voulant que la métropole québécoise perde l'organisation des Jeux gais circulaient depuis quelques mois déjà, même si personne ne semblait vraiment y croire dans la métropole. «Déboussolés» par la nouvelle, les organisateurs montréalais entendent faire la lumière sur les intentions de la fédération lors d'une rencontre prévue à Chicago samedi.

Dans un document confidentiel de la FGG, dont Le Devoir a obtenu copie, toutes les étapes sont indiquées pour faire la transition entre Montréal et la ville qui a terminé deuxième lors de l'attribution des Jeux en 2001. À cette occasion, c'est Atlanta qui avait pris le deuxième rang, devant deux autres villes américaines.

«En tenant compte des expériences vécues depuis 1997 et de la situation actuelle avec Montréal, la FGG doit préparer une procédure dans le cas où la négociation avec la ville hôtesse échoue et qu'une autre ville doit être identifiée», peut-on lire dans le document de quatre pages. Les étapes à suivre commencent le 17 novembre prochain, soit tout juste après l'assemblée annuelle de la FGG.

C'est que les organisateurs montréalais et la FGG ne s'entendent pas du tout sur l'ampleur des Jeux et la responsabilité financière de l'événement. L'organisme américain, qui vend le nom «Jeux gais» un million de dollars, balise les épreuves et encadre l'organisation, voudrait que l'événement montréalais rassemble un maximum de 12 000 athlètes. La FGG exige aussi que la responsabilité finale du financement soit imputable à la fédération, et non aux organisateurs.

Le Comité Montréal 2006 ne veut rien savoir des exigences de la FGG. Le plan initial, qui a permis à Montréal de rafler les Jeux, comprenait la présence de 24 000 athlètes. Selon Louise Roy, directrice générale du Comité Montréal 2006, un minimum de 16 000 athlètes est nécessaire à la rentabilité de l'événement. La fin de non-recevoir vaut également pour le financement.

Ces différences de points de vue doivent faire l'objet de négociations à Chicago samedi, pour tenter de trouver un terrain d'entente. Mais les organisateurs n'avaient jamais entendu parler d'un plan B, qui ferait d'Atlanta la ville hôtesse des Jeux gais 2006.

Les organisateurs montréalais se sont dits «déboussolés» par ces révélations. «On avait entendu des choses, comme quoi la FGG voulait depuis longtemps qu'une ville américaine organise les Jeux, mais de voir ça par écrit, c'est troublant, dit Louise Roy. On va avoir de sérieuses questions à poser en fin de semaine.»

«Cette procédure de transition avait été abolie après les Jeux d'Amsterdam, en 1997, explique Louise Roy. Personne ne voulait d'une procédure qui met de la pression inutile sur les villes hôtesses. Là, on apprend que, sans en parler à personne, ils remettent ce document en activité. En plus, ça fait certainement plusieurs mois que la fédération travaille là-dessus, quand on sait comment ils fonctionnent. Il faut avoir de bonnes raisons pour actualiser ça.»

Ce document s'ajoute à la parution d'un article dans le Southern Voice Online, un média gai américain. Dans l'édition du 31 octobre dernier, l'organisatrice de la candidature d'Atlanta, Margie Archer, affirme que son organisme est en pourparlers avec la FGG, dans l'éventualité où les négociations en cours avec Montréal ne déboucheraient pas sur une entente. L'organisatrice affirme qu'«Atlanta irait de l'avant si une occasion s'offrait». En raison du délai très serré avant 2006, l'organisatrice évoque la possibilité de tenir les Jeux en 2007.

Les Jeux gais n'ont pas eu lieu en Amérique du Nord depuis 12 ans, alors que New York avait accueilli l'événement. Comme 46 % des athlètes proviennent des États-Unis, plusieurs favorisaient une ville américaine pour organiser la compétition sportive. Mais aucun des dossiers soumis n'était à la hauteur de Montréal. Le bras de fer avec la FGG dure donc depuis 2001.

La chef d'orchestre des Jeux ira tout de même à Chicago samedi comme prévu, mais elle se demande maintenant si le résultat des négociations n'est pas connu d'avance. «On a essayé d'accéder à leurs demandes, mais ils ont changé les règles en cours de route, dit-elle. Est-ce que c'est vraiment une question de budget et d'ampleur des Jeux? C'est illogique dans une négociation de prévoir une autre ville et de discuter avec elle. Ce n'est pas très fair-play.»

Louise Roy soutient que les membres de la FGG devront décider s'ils veulent vraiment que Montréal reçoive les Jeux, comme ils l'ont fait en 2001, alors que la métropole avait, et de loin, la meilleure candidature. Surtout que, selon elle, c'est «injustifiable» et «exceptionnel» qu'aucune entente n'ait vu le jour après deux ans de négociation.Sans l'entente, les Jeux pourraient avoir lieu à Montréal, mais sans la sanction de la FGG et sans le nom Gay Games. Il faudrait alors changer l'appellation, et ce, en supposant que les équipes sportives décident de venir à Montréal quand même, plutôt qu'à Atlanta.

Mais les organisateurs n'ont pas l'intention de reculer, il y aura des Jeux gais à Montréal en 2006. «Après quatre ans de travail, on ne va pas mettre la clé dans la porte maintenant!, s'insurge Louise Roy. Les délégations sportives veulent venir à Montréal et on a un formidable appui ici.»

Qu'est-ce qu'Atlanta offre de plus que Montréal? «Aucune idée, soutient Louise Roy. Même que, pour des Américains, Montréal est plus sexy qu'une ville des États-Unis. On est considéré comme l'un des meilleurs endroits touristiques pour la communauté gaie dans le monde. Je pense que des Jeux qui auraient lieu en même temps à Montréal et à Atlanta ne seraient pas nécessairement à notre désavantage.» L'organisatrice espère que la rencontre de samedi permettra de clarifier la situation.

Les Jeux gais de Montréal sont dotés d'un budget de 16 millions de dollars et devraient attirer 16 000 athlètes. Les retombées économiques sont évaluées à 180 millions.