Protocole d'entente entre le gouvernement du Québec et la communauté juive - Sous-traitance en immigration ? Non !

Dans de récents articles et dans certains commentaires, des craintes ont été exprimées concernant un éventuel protocole d'entente entre le gouvernement du Québec et la communauté juive, dans le but d'encourager l'immigration vers le Québec. En tant que personne activement engagée dans ce dossier, je suis troublé par le ton et le sens de certaines déclarations et voudrais tirer au clair le contexte de ce protocole.

Les racines de la communauté juive du Québec remontent à l'arrivée d'Aaron Hart en 1760 à Trois-Rivières. Au cours des deux siècles et demi qui ont suivi, le Québec a ouvert ses portes à de nombreuses vagues d'immigrants juifs, notamment à des milliers de personnes déplacées après la Deuxième Guerre mondiale.

Au cours des trente dernières années, les nouveaux immigrants juifs à Montréal sont venus surtout du Maroc, de l'ancienne Union soviétique et de divers pays du Moyen-Orient. Plusieurs d'entre eux, sinon la plupart, fuyaient des conditions économiques difficiles et un antisémitisme grandissant dans leur pays d'origine. C'est aujourd'hui le cas en Argentine.

C'est notamment en 2001 que la communauté juive du Québec, qui n'avait pris aucune initiative à cet égard, a commencé à recevoir un nombre significatif de communications de la part de juifs argentins qui exploraient la possibilité de faire une nouvelle vie chez nous.

Avec le passage du temps et l'augmentation continue du nombre de ces communications, la communauté à envisagé la promotion du Québec là-bas. Elle tenait à consulter le gouvernement avant de planifier toute action, et c'est ainsi que le soussigné a eu plus d'une rencontre, d'une grande cordialité, avec les ministres successifs des deux gouvernements qui ont offert leur appui.

En août 2002, une délégation de six personnes a fait un premier voyage à Buenos Aires qui a été suivi d'un autre en août 2003.

Ici au Québec, nous avons tenu le ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration régulièrement au courant de nos démarches, de nos plans et de nos résultats. C'est au cours de ces échanges que l'idée d'un protocole d'entente a pris naissance, visant non seulement notre communauté mais d'autres aussi.

Le projet d'entente établit dès le premier article que c'est la ministre qui est seule responsable de la promotion, de l'information, et du recrutement et de la sélection des immigrants. C'est elle qui reçoit, traite et évalue les demandes. Si allusion est faite à du recrutement par la communauté, c'est seulement dans le sens d'une contribution à la promotion du Québec, à la fourniture — sans frais — d'information, et à l'encouragement de l'apprentissage du français. La communauté ne reçoit aucun pouvoir, n'obtient aucune subvention, et ne se substitue point au gouvernement. Il n'y a aucune sous-traitance dans quelque sens que ce soit.

La tradition plus que millénaire de la communauté juive est d'aider les nouveaux arrivants à s'adapter à la vie dans la société québécoise. Depuis plus de 80 ans, c'est ce que font les Services d'aide aux immigrants juifs. Par le truchement de cet organisme communautaire, toujours sans frais, nous aidons les immigrants à trouver un logement et un travail, à s'occuper de l'éducation de leurs enfants, et à développer des compétences en français. En d'autres termes, nous complétons les programmes mis en place par le gouvernement de façon à ce que les nouveaux immigrants juifs s'intègrent pleinement à la société québécoise.

Le Québec connaît depuis des décennies un taux de natalité trop faible pour maintenir ses forces vives. Il en est de même de la communauté juive. Nous avons tous intérêt à promouvoir l'enracinement chez nous de gens capables de contribuer au développement social et économique continu du Québec. C'est ce que fait, loyalement, la communauté juive.