Bonjour, le boulot après 65 ans

Québec - Fini, le rêve «Liberté 55». Bonjour, le boulot après 65 ans. Inciter les Québécois à travailler plus longtemps est en effet la stratégie proposée par le gouvernement Charest pour répondre au vieillissement de la population et aux besoins du marché du travail tout en assurant la santé financière du Régime des rentes.

Québec souhaite encourager les travailleurs de 60 à 64 ans à demeurer au travail en leur permettant de toucher leur rente de retraite même s'ils occupent un emploi. Une pénalité d'une valeur de 0,5 % par mois est maintenue pour les personnes de cette tranche d'âges qui décident de quitter le marché du travail.

Le gouvernement Charest entend également accroître de 0,7 % par mois — plus de 8 % sur toute une année — la rente de retraite des personnes de 65 ans et plus qui acceptent de continuer de travailler. Cette augmentation, actuellement limitée à 0,5 % par mois, serait cumulative, tant et si bien que la rente versée au travailleur augmenterait à mesure que celui-ci avancerait en âge. À 70 ans, la rente d'un travailleur aurait ainsi augmenté de 42 %.

«Si on veut maintenir l'équilibre [du Régime des rentes], il faut garder des gens qui le veulent en emploi plus longtemps, de façon volontaire, avec des mesures incitatives», a affirmé hier le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard.

En conférence de presse, le ministre a annoncé la tenue d'une consultation publique qui se tiendra à l'hiver 2004 afin de débattre des propositions gouvernementales rendues publiques hier et visant à modifier le Régime des rentes actuel qui, en 2002, a versé 6,6 milliards de dollars en prestations diverses.

«On n'est pas dans des situations comme en France ou ailleurs, par exemple, où on a dû jouer sur les âges de retraite. Les mesures que nous avons aujourd'hui sont des mesures incitatives, des mesures qui pourront faire en sorte que ceux qui le veulent puissent continuer et même avoir une petite bonification de leur rente», a expliqué le ministre.

Claude Béchard a plaidé que les mesures proposées sont nécessaires pour répondre au vieillissement de la population. Environ 12 % des Québécois ont 65 ans et plus. Dans 30 ans, cette tranche d'âges représentera 24 % de la population de la province. Par ailleurs, les travailleurs québécois prennent leur retraite plus tôt, en moyenne à 60 ans, comparativement à 61,5 ans dans le reste du Canada et 63,5 ans aux États-Unis. Qui plus est, la durée moyenne de la retraite, qui était de 13 ans en 1970, est de 20 ans à l'heure actuelle.

Les besoins du marché du travail sont également importants, a rappelé Claude Béchard. Environ 640 000 postes seront à pourvoir d'ici 2006, dont la moitié est justement attribuable aux départs à la retraite.

«Avec la situation démographique actuelle, nous avons besoin de plus de travailleurs et nous avons besoin de l'expérience de ces gens-là. Nous voulons leur donner la chance de travailler plus longtemps s'ils le veulent», a indiqué le ministre.

Claude Béchard a précisé que les mesures proposées permettront d'éviter une hausse du taux de cotisation au Régime des rentes du Québec. Ce taux est fixé à 9,9 % du salaire et payé à parts équivalentes par l'employeur et l'employé. Le ministre a indiqué que le Régime des rentes est «en très bonne santé financière». Son financement est assuré jusqu'en 2050, a-t-il noté. La moyenne de la rente mensuelle est de 390 $.

«Si on veut bonifier la rente de ceux qui acceptent de travailler un peu plus longtemps, il faut [adopter] certaines autres mesures», a toutefois indiqué M. Béchard. Ainsi, selon les propositions gouvernementales, la rente d'invalidité s'appliquerait uniquement aux travailleurs affectés par une maladie grave et permanente. La rente du conjoint survivant qui n'est pas à la retraite ne serait plus versée à vie mais seulement pendant trois ans. Par contre, la rente d'orphelin triplerait, passant de 59 $ à 187 $ par mois, jusqu'à ce que l'orphelin atteigne l'âge de 18 ans.

«Créée en 1966, la Régie des rentes du Québec aura bientôt 40 ans. Il importe donc d'en suivre l'évolution et de l'adapter aux nouvelles réalités que vivent les Québécois», a affirmé Claude Béchard.