Vent de panique dans les CLSC

Un vent de panique souffle sur les CLSC qui voient le projet de réorganisation du réseau du ministre de la Santé, Philippe Couillard, comme un ambitieux exercice de fusion qui mobilisera moult énergies sans pour autant améliorer les services aux citoyens.

Au terme d'une réunion où le ministre Couillard a exposé, vendredi et hier, les grandes lignes de son projet à plusieurs centaines de directeurs d'hôpitaux et de CLSC du Québec, ces derniers se préparent à un exercice majeur de fusion.

«On est très inquiets. Nous avons ici un ministre, dont on partage les objectifs, mais qui décide de s'attaquer aux structures. Son projet va engendrer une dépense d'énergie folle dans des batailles de fusions, qui n'apporteront pas de solutions concrètes aux problèmes du réseau», a confié hier Andrée Gendron, directrice de l'Association des CLSC et CHSLD du Québec.

Selon celle-ci, l'exposé fait hier par le ministre Couillard confirme son intention d'entreprendre une fusion administrative complète des établissements d'un même territoire, où les CLSC seront une partie négligeable. Le modèle privilégié serait la création d'un conseil d'administration unique pour un hôpital régional et plusieurs CLSC et CHSLD, ce qui signifie, aux yeux des CLSC, la création certaine de «superstructures» par des fusions forcées.

Pourtant, croit Mme Gendron, le problème actuel du réseau de la santé réside davantage dans la faiblesse des services de première ligne, notamment dans l'absence de liens entre les médecins de famille, les CLSC et les hôpitaux, ce qui engendre une congestion majeure dans les hôpitaux. «Tout le monde le dit, tout le monde connaît les solutions. On ne voit pas en quoi des fusions de conseils d'administration vont régler ce problème», déplore-t-elle.

Au contraire, les CLSC craignent que les remous causés par ces fusions à venir ne mobilisent tous les efforts du réseau au cours des prochaines années, et n'empêchent qu'on s'attaque à la source du problème. Sans compter que ces nouvelles structures sont à l'opposé du discours ministériel qui souhaite rapprocher les citoyens des centres de décision, pense Mme Gendron. «On ne comprend pas le lien entre le remède qui est proposé et le diagnostic», dit-elle.

Plus encore, le modèle de fusion administrative proposé par le ministre ne semble pas pour l'instant tenir compte de l'intégration des groupes de médecine familiale et des cliniques privées dans ces nouvelles entités régionales. Seul le libellé du projet de loi, qui doit être déposé d'ici au 17 novembre au plus tard, permettra d'en savoir davantage à ce sujet.

Alors que les hôpitaux multiplient les déficits, les CLSC craignent que ces fusions ne se traduisent par des compressions pour les CLSC dont les budgets seraient dorénavant compris dans une enveloppe régionale, ou sous-régionale. «Les CLSC ne font jamais de déficit, alors pourquoi s'attaque-t-on à la première ligne? Les fusions ne sont pas une solution aux problèmes que nous vivons», clame Andrée Gendron qui juge qu'une meilleure intégration des services serait réalisable sans procéder à une entreprise aussi douloureuse. Les CLSC croient d'ailleurs qu'une révision de leur mode de financement, où les établissements seraient financés en fonction du nombre et du profil de leurs patients, ferait davantage pour résoudre les maux du système.

Les hôpitaux rassurés

Du côté des hôpitaux, la réaction est par contre plutôt bonne. Plusieurs réticences sont tombées, depuis que le ministre Couillard a promis que les hôpitaux universitaires, les hôpitaux à vocation particulière ainsi que les instituts seraient exemptés du processus de fusion.

«Il n'y a pas de mouvement d'opposition comme tel. Les gens sont plutôt en attente de voir comment cela va se concrétiser dans le projet de loi», affirme Lisa Massicotte, porte-parole de l'Association des hôpitaux du Québec.

Pour l'instant, on ne prévoit pas de montée aux barricades des hôpitaux, d'autant plus que, dans plusieurs régions, le processus de fusion est déjà chose faite. «En région, le mouvement est déjà amorcé depuis plusieurs années. C'est à Montréal que la chose risque d'être plus complexe. Ce sera un problème montréalais», convient Mme Massicotte.

Pour l'instant, on prévoit que les agences régionales, qui remplaceront les régies régionales actuelles, auront jusqu'à un an pour se transformer et le mandat de mettre en place ces nouveaux réseaux intégrés dans leurs régions.

Seule préoccupation, on ignore si, au terme de cette valse des fusions, les hôpitaux conserveront leurs noms actuels et si leurs fondations survivront. «C'est, pour l'instant, l'élément qui nous préoccupe le plus», soutient la porte-parole de l'AHQ.