Concerts classiques - Peu de monde, beaucoup de musique

La maturation musicale et instrumentale de Stéphane Tétreault est plus qu’encourageante. L’expérience glanée en un an dans l’exercice du dialogue avec orchestre et la maîtrise sonore de son glorieux instrument sont même sidérantes.
Photo: Christina Alonso La maturation musicale et instrumentale de Stéphane Tétreault est plus qu’encourageante. L’expérience glanée en un an dans l’exercice du dialogue avec orchestre et la maîtrise sonore de son glorieux instrument sont même sidérantes.

Les semaines se suivent et ne se ressemblent pas… Une assistance décevante, hélas, saluait samedi les remarquables débuts du jeune violoncelliste québécois Stéphane Tétreault au Festival de Lanaudière. Il était encadré par l’orchestre du festival et Jean- Marie Zeitouni pour une expérience musicale, cette fois, pleinement heureuse.

Je ne sais quelle intensité ou ambiance de travail a précédé ce concert par rapport au show de la semaine passée, mais dès l’entrée en matière, un Cantus à la mémoire de Benjamin Britten d’Arvo Pärt, jouée aux cordes avec l’intensité de la Tallis Fantasia de Vaughan William, un ton tout différent était donné.

 

Le travail intense sur le grain des cordes était patent avec des pupitres d’altos et de violoncelles presque hargneux. Dommage que le début du Cantus, aux confins du silence, ait été parasité par un zozo qui arpentait le couloir gauche en cherchant son copain Michel à grand renfort de voix ! Le Cantus, que l’on entend parfois avec un orchestre de chambre, gagne beaucoup avec cet effectif de cordes. Ainsi, effet magique, du dernier coup cloche, on n’entend pas l’attaque, mais juste la résonance, après que les cordes se sont tues.

 

Stéphane Tétreault s’attelait ensuite à l’une des oeuvres concertantes les plus arides pour son instrument : la Cello Symphony de Britten. Son préambule diffusé sur les écrans, très réussi et explicite, introduisit parfaitement ce que je me plais à appeler une « écoute intelligente ». Il en va de même des propos de Jean-Marie Zeitouni sur Peter Grimes et Respighi. Cette approche des capsules - un rien longuettes - est la bonne.

 

La maturation musicale et instrumentale de Stéphane Tétreault est plus qu’encourageante. L’expérience glanée en un an dans l’exercice du dialogue avec orchestre et la maîtrise sonore de son glorieux instrument sont même sidérantes. Entre son Dvorák à la Maison symphonique, joué comme un rêve peu partagé, et l’échange intense et complice de samedi, ce dont la caméra témoignait parfaitement, Tétreault acquiert une véritable expertise. Il s’est engagé avec panache et justesse dans la joute avec l’orchestre, sous la baguette d’un chef qui, cela s’entend, vénère Britten.

 

Tétreault et Zeitouni montrent bien qu’il existe beaucoup d’espace interprétatif malgré l’existence des deux enregistrements associant Rostropovitch et Britten. Tous comme l’exceptionnel CD récent de Paul Watkins et Edward Gardner, ils ont montré que l’oeuvre gagne à plus de fusion et de subtilité. Le Presto inquieto (2e mouvement) transformé en festival de textures diaphanes fut suprême.

 

Dans les Interludes marins, Zeitouni soigne une approche atmosphérique mais assez « objective » en ne surjouant pas, sur le plan expressif, les oppositions entre les thèmes dans les épisodes II et IV. Le chef tire le meilleur parti possible des cuivres dont il dispose, valeureux et engagés, mais peu colorés dans l’effet de cloches aux cors de Sunday Morning ou les débuts de la Passacaille. À noter, la somptueuse gravité immobile du Clair de lune.

 

Bouquet et apothéose de la soirée : Les pins de Rome, sans orgue, à la fois subtils (la transition entre Catacombes et Janicule) et pétillants, mais, surtout, très concentrés dans les dosages (fin de Janicule et début de la Voie appienne). Cette concentration, manifeste dans les solos - trompette hors scène parfaitement dosée, clarinette -, fut la marque d’une soirée où un travail visiblement approfondi de préparation s’est transformé en grande musique.

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