UFOland ferme définitivement ses portes

Photo: Newscom
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Les extraterrestres viennent de perdre leur piste d'atterrissage au Québec. Sans tambour ni trompette, le centre UFOland, ouvert en 1995 dans la municipalité de Maricourt (Cantons-de-l'Est) par le mouvement soucoupiste raëlien, vient en effet de fermer définitivement ses portes. Avec une discrétion et une économie d'explications qui tranchent avec l'appétit médiatique du chef de l'organisation, Claude Vorilhon, dit Raël.

Pas de coup d'éclat, pas de vrai ou de faux bébé cloné, pas de déesses blondes... la fermeture du «centre d'interprétation» des ovnis ne semble pas être au coeur de la stratégie de communication du mouvement. Tout au plus, une visite du site Internet d'UFOland permet de constater que le voyage dans une galaxie près de chez nous est bel et bien terminé: «Le centre UFOland ferme ses portes. Merci aux quelques milliers de visiteurs qui ont su prendre part à cette grande aventure dans ce monde fantastique des ovnis et des extra-terrestres», peut-on lire maintenant en guise d'introduction, sans plus d'explications.

Problème d'affluence? Perte de vitesse du groupe au Québec? Chicane de voisinage? Les motifs de la mise au rancart de la reproduction d'une soucoupe volante et des salles thématiques expliquant l'univers de M. Vorilhon — mais aussi le monde du clonage humain — demeurent encore obscurs. Et l'entourage du chef de l'organisation n'a pas l'intention d'y apporter une source de lumière. «Le centre a fermé définitivement il y a un mois, a confirmé au Devoir Frédérique — qui préfère ne pas dévoiler son nom de famille —, du bureau des relations publiques des raëliens. Parce que c'est comme ça! On passe maintenant à autre chose. C'est derrière nous, c'est du passé.» Point.

Joint personnellement par téléphone, M. Vorilhon n'a guère été plus loquace, refusant tout simplement de répondre aux questions du Devoir faute d'un rendez-vous en règle pris avec lui par l'entremise de son attaché de presse, a-t-il justifié. Depuis décembre dernier — et sa sortie publique remarquée sur le prétendu clonage d'un enfant —, le leader du mouvement se montre en effet capri-cieux avec les médias, préférant les entrevues télévisées (de préférence en direct) et exigeant désormais qu'on l'appelle «Sa Sainteté Raël».

Toujours est-il que la fermeture des lieux, décidée au coeur de la saison touristique, s'est faite dans une discrétion telle à Maricourt que le maire de ce village de 501 âmes, Michaël Selby, n'en a tout simplement jamais entendu parler. «Vous me l'apprenez, a-t-il dit. J'avais remarqué toutefois que les panneaux touristiques annonçant le centre UFOland ont disparu dans les derniers mois. Mais je n'en savais pas plus. S'ils ont payé leurs taxes, c'est l'essentiel!»

Tout en reconnaissant que la cohabitation entre les amis des Élohims — présentés par les raëliens comme les habitants d'une autre planète pour lesquels Claude Vorilhon et ses partisans souhaitent ériger une ambassade sur Terre — et les habitants de Maricourt a toujours été harmonieuse, M. Selby dit toutefois n'être guère étonné du geste du mouvement soucoupiste. «L'endroit n'attirait pas beaucoup de touristes, dit-il. Et puis, pour l'avoir visité, je peux vous dire qu'il n'y avait rien de très intéressant à voir.»

Depuis mai 2002, UFOland a en effet disparu des guides touristiques de la région des Cantons-de-l'Est, où il a trôné fièrement, sur papier glacé et pendant trois ans, entre des cultivateurs de fraises et la station de ski d'Owlhead. Les panneaux bleus annonçant le centre — panneaux souvent controversés — ont également été retirés du bord des routes à la même époque.

«Ce n'était pas vraiment un site couru, confirme Alain Larouche, directeur général de Tourisme Cantons-de-l'Est. Son retrait des guides a été pour nous un soulagement, car ce centre était surtout une source de problèmes.» Sa fermeture définitive, dont il n'avait, lui aussi, pas entendu parler, le laisse par ailleurs totalement indifférent. «Nous n'avons plus de contacts avec ces gens-là», dit-il.

Le cadenas mis sur la porte d'UFOland ne signifie pas pour autant le départ du Québec de M. Vorilhon et de son entourage. Le bâtiment aux allures futuristes de Maricourt, construit avec des bottes de paille, demeure encore, avec ses dépendances, le siège social québécois du mouvement où le chef vit et où «deux semaines par année, pendant les vacances de la construction, on voit passer un peu plus de gens que d'habitude», précise M. Selby.