René Lévesque est mort

L’ancien premier ministre du Québec et fondateur du Parti québécois, René Lévesque, a été terrassé, hier soir, par un arrêt cardiaque alors qu’il dînait avec des amis à sa résidence de l’Île-des-Soeurs, à Montréal.


Mandés sur les lieux, les techniciens d’Urgence santé, arrivés à 21h chez René Lévesque, ont vainement tenté pendant 45 minutes de réanimer la victime, avant de l’acheminer à l’Hôpital général de Montréal, où les médecins de faction n’ont pas réussi à ramener à la vie celui qui, le soir des élections du 15 novembre 1976, avait dit, ému : « Je n’ai jamais pensé que je pourrais être aussi fier d’être québécois que ce soir. »


René Lévesque a été déclaré mort à 22h35. Son épouse, Corinne Côté, qui l’avait accompagné dans l’ambulance, a appris la première la nouvelle du décès de ce géant de la politique québécoise et canadienne.


Parfois bourru, toujours légèrement brouillon, allant toujours à l’essentiel et abhorrant l’accessoire autant que le grenouillage, René Lévesque a essuyé de douloureuse défaites politiques en 1970, en 1973 et au référendum de 1980, mais il les a portées de façon à juguler le plus possible la violence qui, durant les années 70 notamment, menaçait d’éclater à tout moment. Le Québec a perdu, hier soir, un des hommes les plus marquants de son histoire.


Consternation

La consternation s’est immédiatement emparée, hier soir, de tous ceux qui ont partagé un moment de leur vie avec lui.


« C’est comme la perte d’un père, a dit M. Bernard Landry, qui a travaillé aux côtés de M. Lévesque durant plus de 25 ans. C’est extrêmement pénible. J’ai mangé avec lui la semaine dernière et il m’est apparu comme un homme serein, calme, rempli de projets et extrêmement optimiste quant au destin du peuple québécois. Il pressentait que quelque chose de grand pour le peuple québécois allait se produire sous peu. »


Abattu, M. Landry a poursuivi : « Jamais un homme politique n’a été aussi près du peuple. Il avait le réflexe de prendre pour le petit peuple. C’est tragique qu’il s’éteigne à 66 ans. Il avait encore beaucoup à apporter. L’homme n’était pas vidé. Un des grands, d’esprit et de coeur. »


Lise Payette, ministre de la Condition féminine sous René Lévesque, a eu ce commentaire : « C’est totalement injuste. Il avait recommencé, récemment, à trouver le goût de vivre. Il avait quitté la vie publique fatigué. Il avait l’habitude de dire de son métier que c’était du “ tue-monde ”. Il avait bien raison. »


Pour Marcel Léger, la mort de René Lévesque représente « la mort d’un des plus grands premiers ministres du Québec. Son rêve ne mourra pas avec lui. »


Bédard ébranlé

Ébranlé, M. Marc-André Bédard, ancien ministre de la Justice et député de Chicoutimi, a dit que « le seul réconfort que j’ai pour le moment, c’est qu’il va rester longtemps, très longtemps dans mon coeur et dans celui de bien des Québécois. M. Lévesque, c’était un homme de coeur, un homme de grand coeur, d’une très grande intelligence », a répété celui qui, au Saguenay -Lac-Saint-Jean, a été le porte-voix de l’ex-premier ministre René Lé


Ayant perceptiblement des difficultés à retenir ses sanglots, M. Bédard a rappelé que M. Lévesque a toujours été, dans le domaine politique, un homme entièrement voué, complètement au service de la population.


Né le 24 août 1922 à New Carlisle, dans le comté de Bonaventure, René Lévesque est le fils de M. Dominique Lévesque et de Diane Dionne-Pineault.


Comme il le rappelle avec émotion dans son livre Attendez que je me rappelle, il fait ses classes primaires dans son village natal et poursuit ses études à l’école secondaire de Gaspé. En 1936, à l’âge de seulement 14 ans, durant ses vacances d’été, il est annonceur-animateur à CHNC, la station de radio locale. On le retrouve ensuite au collège Saint-Charles-Garnier, de Québec, avant qu’il n’entre à la Faculté de droit de l’Université Laval. En même temps qu’il fait son cours classique, il travaille aux stations de radio CHRC et CBV.


M. Lévesque abandonne ses études de droit en 1943 pour s’enrôler dans l’armée américaine en qualité de correspondant de guerre, poste qui l’amène en France, en Allemagne et en Autriche.


Il entre en 1946 au service international de Radio-Canada.


En 1947, René Lévesque épouse Louise L’Heureux, dans la paroisse de Saint-Coeur-de-Marie de Québec. Trois enfants, soit deux fils, Pierre et Claude, et une fille, Suzanne, sont nés de ce mariage.


En 1952, Radio-Canada l’envoie en Corée comme correspondant de guerre. De 1953 à 1956, il est chef du service de reportages de Radio-Canada. Il anime l’émission de radio Au lendemain de la veille et les émissions télévisées Carrefour et Premier plan.


De 1956 à 1959, Radio-Canada envoie M. Lévesque couvrir des événements spéciaux. Il décrit notamment le couronnement de la reine Élisabeth II, des sessions extraordinaires de l’ONU, la crise algérienne, les élections américaines.


À la même époque, il devient célèbre en animant, craie en main devant un tableau noir, la célèbre émission télévisée Point de mire, point culminant de sa carrière de journaliste. Il collabore à la revue Cité libre, fondée par Pierre Trudeau.


M. Lévesque participe activement, en 1959, à une grève de 69 jours à Radio-Canada.


Il se joint au Parti libéral en 1960 et se fait élire comme député de Montréal-Laurier aux élections du 22 juin. Il entre dans la fameuse « équipe du tonnerre » de Jean Lesage en devenant immédiatement ministre des Ressources hydrauliques et des Travaux publics.


M. Lévesque passe au ministère des Richesses naturelles en 1961 et est réélu aux élections générales de 1962, qui, à son instigation, se font sur la nationalisation de l’électricité.


Il devient ministre de la Famille et du Bien-être social en 1965, tout en conservant son portefeuille des Richesses naturelles.


Réélu aux élections de 1966, M. Lévesque passe dans l’opposition avec son parti.


En octobre 1967, lors d’un congrès, il propose avec un groupe de libéraux que le parti ajoute à son programme l’option d’un Québec souverain, associé au Canada. Sa proposition est rejetée et il quitte le parti pour siéger comme indépendant. Le 18 novembre, il fonde le Mouvement souveraineté-association (MSA).


En janvier 1968, il publie son livre Option-Québec, dont 50 000 exemplaires sont vendus en quelques semaines. À un congrès du MSA, tenu à Montréal du 19 au 21 avril, M. Lévesque annonce qu’il fonde un parti politique voué à « l’accession du Québec au rang d’État souverain ».


Le Parti québécois naît le 12 octobre 1968 et son fondateur, René Lévesque, est élu président.


Défait aux élections générales de 1970 dans le comté de Laurier, il devient chroniqueur au Journal de Montréal et au Journal de Québec.


En 1973, M. Lévesque essuie de nouveau la défaite dans le comté de Dorion.


Il réussit cependant à se faire élire dans le comté de Taillon, aux élections de 1976, lorsque le PQ prend le pouvoir, et il est assermenté comme 23e premier ministre du Québec, le 25 novembre.


Le 6 février 1977, M. Lévesque est impliqué dans un accident mortel lorsqu’il rentre chez lui au volant de son auto, Il frappe Edgar Trottier, un clochard, étendu dans la rue McDougall, à Montréal. Le coroner ne retient aucune responsabilité criminelle de sa part.


Au cours d’un voyage en France, M. Lévesque est fait Grand Officier de la Légion d’honneur.


Il divorce en 1978 de son épouse, de qui il est séparé depuis 1970. Le 12 avril, M. Lévesque épouse en secondes noces Corinne Côté, au palais de justice de Montréal. Il publie un deuxième livre, La passion du Québec.


Il est réélu dans Taillon aux élections de 1981 et le PQ est reporté au pouvoir, malgré la défaite de l’option souverainiste au référendum du 20 mai 1980.


René Lévesque donne sa démission à titre de président du PQ le 21 juin 1985 et se retire de la vie politique pour revenir à ses anciennes amours : le journalisme.


Il devait, au cours de l’hiver, réaliser diverses émissions télévisées et il avait commencé ses émissions de radio à la station CKAC.