La métamorphose d'une ville

Andrzej Maciejewski s'est adonné à l'art de la re-photographie, qui consiste à reprendre le même point de vue, le même cadrage, le mê-me angle et le même éclairage d'une photo ancienne pour en faire un cliché identique à l'original. Le résultat permet de comparer l'évolution de Montréal en cent ans et offre au visiteur des moments de plaisir et d'évasion.

Les photos les plus saisissantes sont incontestablement les vues du centre-ville. Les deux clichés de Montréal depuis le mont Royal nous font découvrir deux visages opposés d'une même ville. Au début du siècle dernier, la silhouette de Montréal s'apparentait à celle des villes européennes, avec des édifices à faible gabarit qui s'étalaient à perte de vue en épousant la topographie du sol.

Aujourd'hui, la présence imposante des gratte-ciels fait de Montréal une véritable ville nord-américaine. Sur la photo, les façades des immenses tours écrasent en partie la fluidité de la ville au sol et atténuent le mouvement du fleuve qui s'écoule au loin.

Pour faire place aux grandes tours, un nombre incontestable de petits édifices ont été supprimés: on ne peut s'empêcher de se demander pourquoi. Pourquoi les tours se sont-elles érigées à cet endroit précis? Pourquoi n'ont-elles pas plutôt occupé des terrains vacants voisins? Beaucoup de questions qui restent sans réponses car si la plupart des panneaux didactiques s'attardent à expliquer la façon dont les clichés ont été réalisés, ils ne prennent pas la peine de se pencher sur l'évolution architecturale et urbanistique subie par chacune des portions de la ville. À nous de deviner...

Le Montréal d'aujourd'hui et celui d'autrefois possèdent tous deux une certaine forme de poésie et de beauté qui ressort dans la plupart des photographies. La ville apparaît plus ou moins vivante à différents endroits, selon les époques. Par exemple, tout le quartier du Vieux-Port et du Vieux-Montréal était incontestablement plus animé au début du siècle dernier.

Même si cette partie de la ville est aujourd'hui habitée par les touristes en été, elle est plus ou moins inanimée le reste de l'année. Un cliché intitulé Le Port de Montréal depuis l'église Bonsecours présente le contraste entre un port de marchandises très industriel, qui grouille de monde et d'activité, et l'aménagement aseptisé et presque désert du port d'aujourd'hui. Une autre photo, Le Jour de marché, place Jacques-Cartier, fait ressortir la différence entre une place marchande en plein hiver et une place tout court...

À l'époque, dans un mètre de neige, le marché grouillait de monde. Sur la photo, on aperçoit les carrioles, les chevaux, le désordre sympathique créé par les maraîchers courageux qui ont dû mettre un temps fou à se rendre jusque là... On est en plein mois de février et la place autrefois vivante est aujourd'hui déserte. On sait que le quartier, désormais peuplé de fonctionnaires et autres travailleurs de bureau, a perdu son activité sur la rue et, donc, sur la place. Quelle tristesse!

Toutes les photographies sont parfaitement mises en valeur. L'éclairage chaleureux et subtil, la qualité du papier, le retirage selon les mêmes procédés des anciens et des nouveaux clichés, tout contribue à faire ressortir une multitude de détails nécessaires à la comparaison.

Au fil de la visite, on se laisse prendre dans le tourbillon de deux époques en images qui nous révèlent une ville que l'on n'a jamais fini de connaître. Cette exposition a le mérite de nous faire découvrir tout un pan du patrimoine architectural montréalais. Elle nous fait prendre conscience de l'importance du témoignage et de la conservation, pour savoir d'où nous venons et comprendre vers où nous allons...

- D'après Notman, regards photographiques sur Montréal espacés d'un siècle, présentés au Musée McCord jusqu'au 25 juillet 2004.
2 commentaires
  • Marcel Poirier - Inscrit 18 décembre 2003 18 h 48

    Touriste, historien, artiste

    Pour moi, cet article m'a fait penser à plusieurs idées: est-ce un touriste? un historien? un artiste?

    Pour une valeur caculée et sûre: une photo historique est toujours valable, car c,est un moment pris dans un temps donné; donc, déjà un point de départ, pour aller plus loin dans la photographie historique d'aujourd'hui: un genre de reportage journalistique.

    Pour un artiste, ça peut-être une voie payante... les journaux sont toujours avide de faits accomplis. En plus, les yeux d'artiste sont toujours clairvoyants et montrent uax passants inattentifs leur environnement actuel.

  • Alain Duquette - Abonné 7 septembre 2012 19 h 44

    Le PQ était à l'origine une coalition de souverainistes, de gauche et de droite (le RN, sous la direction de Gilles Grégoire, était de droite). Actuellement, QS passe pour un parti d'extrême gauche (le spectre politique s'étant déplacé vers la droite). ON est, de façon moins évidente puisqu'il place la souveraineté en avant-plan, également souverainiste de gauche. QS croit-il pouvoir faire basculer tout le Québec à gauche avant de faire la souveraineté ? On peut toujours rêver... Tout cela pour dire que tout le monde se fout des souverainistes de droite et même du centre (qui ont le droit d'exister), qui n'iront certainement pas voter QS et qui sont peut-être plus nombreux qu'on le pense (QS croit-il pouvoir les convertir avant le grand soir de l'indépendance ?). Voilà pourquoi le PQ ne peut se déporter davantage vers la gauche, au grand déplaisir des promoteurs du "projet de société d'abord". Moi, j'aimerais bien ça que la souveraineté se fasse selon mes propres aspirations sociales et autres, mais je sais qu'il y a, dans notre société, des gens qui ont des aspirations sociales et autres différentes des miennes et je dois les respecter tant que nous sommes en démocratie.

    Je suis par ailleurs assuré que plusieurs souverainistes ont voté CAQ. Ce sont des gens qui ont de la difficulté à se reconnaître dans le PQ, qu'ils jugent trop à gauche, et qui répugneraient certainement à voter QS ou ON. Je serais d'ailleurs curieux d'en connaître le pourcentage, qui est probablement difficile à déterminer.

    L'aspiration à la souveraineté est-elle une coquetterie ?