Des aliments bio portent des traces d'OGM

Les adeptes du bio qui se tournent depuis des années vers ce nouveau mode d'alimentation pour ne pas s'exposer aux organismes génétiquement modifiés (OGM) devraient maintenant y penser à deux fois avant de succomber à l'appel du 100 % naturel. Car les produits biologiques, contrairement à ce qu'affirme le discours officiel des certificateurs et des promoteurs de ce type d'aliments, ne sont pas exempts de substances transgéniques, comme le révèlent les résultats d'un test en laboratoire commandé par Le Devoir.

Au total, 12 produits populaires auprès des aficionados du bio, achetés dans plusieurs épiceries et magasins d'alimentation naturelle de la région montréalaise, ont été passés au crible. Tous étaient certifiés biologiques par des organismes officiellement reconnus par le Conseil d'accréditation du Québec (CAQ). Tous aussi contenaient des ingrédients issus du maïs ou du soya — deux plantes qui, en version transgénique, occupent une place importante dans l'agriculture canadienne — sous forme de farine, d'amidon, d'arôme ou autres.

Résultat? Bien que la réglementation en vigueur dans l'univers du bio garantisse aux consommateurs l'absence d'OGM, le tiers de ces aliments transformés ont été identifiés par le laboratoire Atlangène America, un labo québécois spécialisé dans la détection de transgènes, comme portant des traces de quatre organismes génétiquement modifiés. Ces OGM proviennent de cultures transgéniques de maïs ou de soya. Les quantités détectées sont inférieures à 0,1 %, «ce qui laisse croire que cette présence est due à une contamination fortuite plutôt qu'intentionnelle», explique Émilie Smal, la scientifique à l'origine de cette fine analyse connue des scientifiques sous le doux nom de «Polymerase Chain Reaction (PCR) en temps réel».

Sous la loupe d'Atlangène America, les «céréales croquantes au maïs» de la marque Le Choix du président, distribuées par le géant canadien Loblaws, ont donc laissé apparaître une contamination évidente aux OGM de type Bt11 et Mon810. Ces deux organismes ont été mis sur le marché agricole conventionnel respectivement par Syngenta Seeds et par le célèbre producteur de semences transgéniques Monsanto afin de permettre au maïs de se protéger lui-même contre la pyrale du maïs — un parasite répondant au nom latin de Ostrinia nubilalis. La présence sur l'emballage de ces céréales du logo de Quality Assurance International (QAI), un organisme de certification reconnu au Québec, devrait pourtant garantir que le produit n'a pas été en contact avec ce genre de transgènes présents uniquement dans l'alimentation dite conventionnelle ou encore dans la nourriture destinée aux animaux.

Tout aussi contaminé aux OGM était l'échantillon de farine de maïs biologique de marque La Milanaise soumis au laboratoire. Le produit, certifié par Garantie Bio/Écocert, n'a en effet pu dissimuler aux limiers d'Atlangène ses traces de trois OGM: le Bt11, le Mon810, mais aussi le Bt176, dont le brevet d'exploitation — les OGM étant des gènes protégés — est détenu par la compagnie Novartis.

Le tofu biologique de «La Soyarie», un produit homologué bio par Québec Vrai, contient également des traces de gènes modifiés provenant de la culture du soya, le RRS — pour Roundup Ready Soybean —, de Monsanto, retrouvé lui aussi en proportion inférieure à 0,1 % par l'analyse dite PCR en temps réel.

Dans le lot, deux échantillons — une vinaigrette italienne bio de marque Le Choix du Président ainsi que des cretons végétariens du Commensal — n'ont pu être analysés en raison de leur trop haut niveau de transformation. «Il nous a été impossible d'extraire l'ADN de ces produits [dans lesquels se cachent les marqueurs d'un OGM], explique Mme Smal. C'est ce qui arrive généralement avec les aliments trop transformés [comprendre: chauffés à trop haute température ou trop manipulés pendant la confection] mais aussi avec l'huile, pour laquelle il est impossible d'affirmer si elle provient d'ingrédients génétiquement modifiés ou non.»

Par ailleurs, des biscuits pour enfants, des fèves de soya grillées, du maïs à éclater, une boisson à base de soya ainsi que des corn flakes, tous certifiés bio, soumis aux tests, se sont révélés exempts de traces d'OGM. Notons toutefois que l'origine des matières premières qui entrent dans la composition d'un produit transformé étant étroitement liée à la saison — le maïs d'une farine ne vient pas du même endroit en été ou en hiver —, la détection d'OGM par le PCR en temps réel pourrait donner des résultats fort différents sur la même série d'aliments à une autre époque de l'année.

Ailleurs sur les tablettes d'épicerie, les produits biologiques certifiés ne comportant ni maïs ni soya — ou leurs nombreux dérivés — sont de facto à l'abri de ce genre de contamination.

En somme, les résultats de l'analyse en laboratoire commandée par Le Devoir tranchent avec le discours servi depuis des années aux consommateurs par les promoteurs du tout-biologique. Discours plaçant ce type d'aliments en tête de liste des solutions pour éviter d'ingurgiter le fruit de la biotechnologie dont l'innocuité et l'effet sur l'environnement suscitent vifs débats et interrogations.

Du côté des certificateurs — qui s'assurent que les règles du bio sont respectées par tous les acteurs de cette industrie —, la question des OGM entraîne immanquablement le même genre de réponses: «Ils sont interdits dans la production biologique, rappelle Chakib Azizi, représentant au Québec de l'organisme de certification QAI. Les contrôles sont nombreux sur les matières premières et, de ce fait, il est impossible d'en retrouver même des traces dans un produit transformé certifié.» France Gravel, vice-présidente de Garantie Bio/Écocert, le confirme également. «Au Canada et au Québec, c'est la tolérance zéro, dit-elle. Nous avons donc mis en place des programmes d'analyse au moment de la récolte sur le maïs, le soya et le canola. Un grand nombre d'échantillons sont testés. Si une matière première contient des OGM ou des traces d'OGM, elle est automatiquement déclassée et exclue du circuit du biologique.» Quand, bien sûr, l'amidon, la farine de maïs ou les fèves de soya contaminés ne passent pas à travers les mailles du filet...

Car le risque, de toute évidence, est loin d'être théorique. Et il n'a pas échappé à la Filière biologique du Québec qui, dans son plan stratégique 2004-09 — plan sur le point d'être rendu public —, s'en inquiète d'ailleurs. «Il est désormais évident que les contaminations géniques à grande échelle ont déjà perturbé la production non transgénique au Québec, peut-on lire, [faisant du même coup peser] une menace majeure pour l'agriculture biologique puisque cette dernière interdit l'utilisation du génie génétique.» Interdit, certes, mais sans vraiment être capable de les éviter.

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Comment détecter des OGM?

Une affaire d'ADN.Détecter des organismes génétiquement modifiés dans un aliment transformé — céréales, jus, biscuits, cretons et consorts — n'est pas une sinécure. Et une seule méthode à ce jour permet de le faire: la «Polymerase Chain Reaction», simplement baptisée PCR en temps réel.

Le principe? D'un aliment réduit en poudre, les chercheurs vont extraire l'ADN, le code génétique d'une cellule présent dans tous les organismes vivants, y compris l'amidon de maïs ou le lait de soya. C'est là que se cachent les gènes modifiés, dont la séquence unique est connue des scientifiques — et ce pour chaque OGM mis sur le marché à ce jour —, laissant ainsi aucune chance aux Bt11, Bt176, Mon810, RRS, comme à tous les autres gènes modifiés d'ailleurs, de passer inaperçus. Le PCR en temps réel est la méthode d'analyse la plus précise sur le marché, avec un seuil de détection de 0,01 %.

Pour les matières premières — grains de maïs ou fèves de soya non transformées —, deux autres techniques peuvent aussi être utilisées: le test ELISA (pour Enzyme Linked Immunosorbent Essay), qui consiste à faire réagir un anticorps avec la protéine synthétisée à partir du gène ajouté dans le génome d'une plante ou encore les bandelettes qui, sur le même principe, permettent de savoir, en les trempant dans un sac de grains, s'il y a des OGM ou non. Les bandelettes n'offrent toutefois pas la possibilité de quantifier avec exactitude cette présence. Moins coûteux, ces deux moyens de détection sont aussi moins précis que le PCR en raison de la détérioration plus facile des protéines. Détérioration plus rare pour l'ADN. Ils ne sont également pas conçus pour débusquer le fruit de la biotechnologie dans des aliments transformés comme des céréales, des boissons au soya ou du tofu. Sauf, bien sûr, si l'on veut être certain de ne pas «trouver» d'OGM dans ces produits.
1 commentaire
  • zephyrphil - Inscrit 4 mars 2010 14 h 12

    Contamination

    Il est bien évident que la contamination des cultures est un grand risque lorsqu'il y a réutilisation de de semence comme dans la plupart de culture organique . Malheureusement le pollen voyage par le vent et les insectes ;si une ferme complètement organique; est inévitablement pollinisé par une variété GM et que les grains subséquent sont ressemer l'année suivante les plant hybride produiront un grains GM.
    Il y a aussi des risques de contamination au moment de la transformation des usine de la dimension des usines du choix du président ne transforme pas que des produits biologique en fait beaucoup de leurs produit transformé contiennent des produit de source GM.
    C'est contamination ne sont qu'un autre grand danger de la culture et de l'utilisation de produits GM.
    Quand nos dirigeant se décideront donc à bannir les organismes génétiquement modifier de nos champs?