Les signes de tension se multiplient

Quelque 80 étudiants ont été arrêtés hier matin à Montréal après avoir vandalisé l’hôtel Reine-Elizabeth et le Centre Eaton.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Quelque 80 étudiants ont été arrêtés hier matin à Montréal après avoir vandalisé l’hôtel Reine-Elizabeth et le Centre Eaton.

Devant les tribunaux, au parlement, dans les rues de Montréal et en région. Les signes de tension se multiplient à l'approche du congé de Pâques. Et à ce stade pourtant crucial d'une grève étudiante qui dure depuis plus de sept semaines dans certains cas, ni les étudiants, qui tiennent mordicus au gel des droits de scolarité, ni le gouvernement, pour qui une hausse est inévitable, ne lâchent du lest.

Et pour illustrer ce véritable dialogue de sourds, les faits parlent d'eux-mêmes. Hier matin, à Québec, la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, réitérait sa position ferme en faveur de la hausse des droits de scolarité de 325 $ annuellement pendant cinq ans et évoquait le caractère «problématique» du retour en classe au-delà du congé pascal. «Il y a des semaines très difficiles et exigeantes qui s'en viennent. Il faut que les étudiants enregistrent le message», a-t-elle insisté.

Au même moment, à Montréal, une échauffourée avait lieu entre une centaine d'étudiants gonflés à bloc et des policiers bien décidés à garder le contrôle au terme d'une course, presque d'une chasse, qui a démarré au square Victoria, passant par l'hôtel Reine-Elizabeth et le Centre Eaton pour se terminer à l'angle des rues De Bullion et Sainte-Catherine. Bilan? Du vandalisme — tables renversées, vitrines et objets de toutes sortes cassés — et près de 80 arrestations.

Devant l'impasse du dialogue, le coporte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Gabriel Nadeau-Dubois, ne nie pas qu'il y a radicalisation du mouvement. «C'est sûr qu'après sept semaines de grève, dans certains cas, les gens sont de plus en plus impatients et veulent être écoutés. Il y a de plus en plus de colère et ils utilisent tous les moyens possibles pour se faire entendre», a-t-il soutenu.

L'impatience des étudiants se constate également dans les assemblées générales, souligne-t-il. «Des 190 000 grévistes, il y en a plus de 90 000 qui ont voté des mandats qui disent qu'il n'y aura pas de retour en classe s'il n'y a pas une offre formelle chiffrée de la ministre. Le mouvement ne s'est pas essoufflé, au contraire. Il s'est consolidé, durci.» La balle est dans le camp du gouvernement, se plaît-il à rappeler. «Chaque jour qu'il refuse de dialoguer, ce sont des milliers de dollars en salaires et en ajustement administratif. Et il le sait très bien.»

La grève, qui a franchi hier le seuil des 52 jours — la durée de la grève historique de 2005 contre les coupes dans le programme de prêts et bourses —, s'est une nouvelle fois transportée devant la Cour supérieure où les associations étudiantes de l'UQAM ont convenu hier de ne pas ériger de piquets de grève hermétiques devant les entrées des pavillons de l'université et de se garder d'«intimider» et de «menacer» toute personne désirant y pénétrer, et ce, jusqu'au jeudi 19 avril à 17h.

En s'entendant avec la direction de l'UQAM, les associations étudiantes ont pu échapper à un débat autour de la demande d'injonction soumise mardi par l'établissement d'enseignement au palais de justice de Montréal. Les étudiants qui contreviendraient à l'injonction provisoire entérinée hier après-midi par la juge Micheline Perrault s'exposent à des amendes de 50 000 $ avec ou sans emprisonnement pour une période maximale d'un an.

«Ça ne statue pas sur le fond [...], sur le doit de grève. Ça n'enlève aucunement le droit de piquetage», a précisé l'avocate des associations étudiantes facultaires en grève, Sibel Ataogul. D'ailleurs, le vice-président exécutif de la Fédération universitaire du Québec (FEUQ), Yanick Grégoire, a assuré que «les moyens [de pression] des étudiants vont se maintenir» et que «les cours vont continuer d'être levés», enjoignant aux opposants à la grève de faire entendre leur voix lors des assemblées générales étudiantes plutôt que devant les tribunaux. «Si les gens sont contre la grève et qu'ils sont majoritaires, s'ils se présentent en assemblée générale, ils vont l'emporter», a-t-il déclaré.

Les demandes d'injonction soumises au cours des derniers jours, notamment celle très médiatisée de l'étudiant de l'Université Laval Laurent Proulx, pourraient toutefois faire boule de neige. Yvon Garneau, l'avocat qui a aiguillé l'homme âgé de 24 ans dans les dédales de la justice, a reçu quelque 150 courriels d'étudiants songeant à faire de même, a-t-il spécifié sur les ondes de Radio-Canada hier.

La CLASSE admet être prise au dépourvu par le recours aux tribunaux d'étudiants et de directions d'établissement. «Il faut l'avouer, c'est une donnée nouvelle. C'est quelque chose qu'on n'avait pas observé ou en tout cas beaucoup moins observé dans les dernières grèves, a souligné M. Nadeau-Dubois. C'est le signe, je pense, que cette grève-là dure depuis longtemps, que les gens veulent que ça se termine par une victoire et par une négociation avec le gouvernement.»

Autre signe de l'impatience d'en arriver à un dénouement, le ton est monté d'un cran hier à l'Assemblée nationale. La ministre Beauchamp a reproché à la chef du Parti québécois, Pauline Marois, «d'être gouvernée par la rue et l'opportunisme politique» parce qu'elle promet d'acquiescer à la demande des étudiants et d'annuler la hausse des droits de scolarité.

Des dizaines de milliers d'étudiants opposés à une hausse «injuste» et «infondée» des droits de scolarité ont, une fois de plus, battu le pavé hier après-midi à Montréal, Québec, Sherbrooke, Saint-Jérôme et Saint-Félicien afin d'exprimer leur grogne à l'égard d'un gouvernement «inflexible».

«C'est nous qui avons l'avantage de la force et du nombre. Malgré les grenades, les gaz lacrymogènes, le poivre de Cayenne, les injonctions en cour, les maudits chroniqueurs démagogues, la politique de désinformation et les mensonges éhontés, nous savons que c'est nous qui avons raison», s'est époumoné l'étudiant en philosophie Samuel Lesage, devant une foule agglutinée au pied de la tour de l'Université de Montréal. Il faisait écho à ses «camarades» dénonçant le dégel des droits de scolarité notamment dans les rues de la circonscription de Sherbrooke, détenue par le premier ministre Jean Charest.

Par ailleurs, tôt ce matin, à l'école secondaire Lucien-Pagé, l'Alliance des professeurs de Montréal devrait annoncer son appui à la grève, soutenant plus particulièrement les futurs enseignants au moyen d'une campagne de sensibilisation.

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Avec La Presse canadienne
25 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 5 avril 2012 00 h 12

    vandalisme 101 ?

    Est-ce que les leaders étudiants croient vraiment que le vandalisme leur attirera de la sympathie?

    On croirait revenir au syndicalisme des gros bras et du saccage..!

    Qui paiera pour ces actes criminels tout à fait injustifiables? Les responsables? Ou ces petits casseurs s'en tireront sans assumer leurs actes?

    • Brun Edith - Inscrit 5 avril 2012 08 h 49

      vous avez aucunement compris ces propos.. c'est une déduction facil et digne de ces "chroniqueurs démagogue". Relisez donc l'article sans jugement..

  • Gilbert Talbot - Abonné 5 avril 2012 03 h 45

    Continuer le combat ? Jusqu'où ?

    Les étudiants font preuve de courage et de tenacité. Le gouvernement se veut inflexible, mais il sait qu'il n'a plus de marge de manoeuvre lui non plus : il y a le deadline électoral qui s'approche. Des deux côtés la tension monte: et à l'assemblée nationale et dans la rue. Le gouvernement Charest a plus à perdre dans la balance : lui il joue sa tête dans les prochaines élections.

    • Yann Tissier - Inscrit 5 avril 2012 08 h 50

      M. Talbot,
      je vous annonce que le gouvernement Charest va les PERDRE, les prochaines élections, quoiqu'il arrive!
      C'est écrit dans le ciel et ce n'est pas une mauvaise chose.

    • Chantal_Mino - Inscrite 5 avril 2012 08 h 57

      J'adhère complètement à vos propos M. Talbot. Ne lâchez pas, étudiants courageux et altruistes!

      Qui fait le vandalisme? Qui fait croire à du vandalisme quand c'est du déplacement de meubles uniquement? Qui est payé pour faire du vandalisme afin de discréditer ce mouvement étudiant très louable? Comment se fait-il que les policiers ne sachent pas encore qui a mis de la peinture rouge avec les caméras qui étaient là?

      Réveillez-vous Québécoi(se)s!

      Dernière technique et retranchement des personnes mal intentionnée ... discréditer ceux qui revendiquent des droits légitimes et gagner du temps en utilisant des procédures et des recours juridiques s'il le faut afin de les harceler et de les intimider selon leur peu de moyen $$$$$$$. Le nerf de la guerre .... $$$$$$$ semble croire ce gouvernement arrogant qui en a bien plus que tous ces étudiants.

      Le peuple souverain québécois vaincra bien au-dessus de l'$$$$$$, sachez-le!

      Quand il s'agit de protéger le patronat, les institutions du gouvernement ou leurs tits amis, les ordonnances et les injonctions pleuvent exagérément, mais quand il s'agit de protéger la compromission d'enfants ou de citoyens vulnérables par ce gouvernement et ses institutions, oubliez ça, le développement des enfants, leurs droits et ceux de leurs parents, c'est tellement pas important pour nos juges au Québec ...

      Ils sont vraiment bien parti pour déconsidérer la justice, il n’y a pas de quoi à être fier en tant que québécoi(se)s.

    • Gilbert Talbot - Abonné 5 avril 2012 10 h 11

      Le gouvernement Charest annonce ce matin un échelonnement du remboursement des prêts étudiants en fonction du revenu, tel que le proposait François Legault. Le gouvernement écoute davantage la CAQ que les étudiants eux-mêmes qui avaient dit très clairement que ce n'était pas la question des prêts et bourses qui étaient en cause mais bien la hausse des frais de scolarité universitaire.

  • Catherine Paquet - Abonnée 5 avril 2012 07 h 12

    La vérité

    Pourquoi ne pas dire aussi que plus de la moitié des étudiants universitaires du Québec sont en classe ce matin et suivent normalement leurs cours.
    Pourquoi ne pas dire qu'une large partie des manifestants sont des étudiants de niveau secondaire et collégial qui n'ont aucun frais de scolarité à payer.
    Pourquoi ne pas dire que ces maifestations ne constituent pas une grève, ni su sens propre, ni au sens figuré.

    • Elisabeth Doyon - Inscrite 5 avril 2012 11 h 30


      Si vraiment c'est votre vision de la situation, je vous offre de me suivre durant une journée dans les manifestations.
      Vous pouvez jouer sur la sémantique ou le vocabulaire autant que vous voulez...
      Les étudiants ne font pas ce qu'on attend d'eux. Comme une grève de la faim peut être nommée de l'anorexie par qui ne veut pas admettre les requêtes de celui qui fait cette grève, la transformation du vocabulaire pour nommer la protestation n’est pas un argument en soi et l’est encore moins quand vous n’expliquez pas pourquoi vous insistez pour le transformer.

    • Kali Beru - Inscrit 5 avril 2012 12 h 14

      Pourquoi ne pas cesser d'imaginer que tous les étudiants qui sont en classe sont pour la hausse, contre la grève et le débat de société qui a lieu présentement? Je suis étudiante universitaire et malheureusement mon association a voté contre la grève, je respecte cela et je suis mes cours normalement tout en tentant de m'impliquer comme je peux dans la lutte. Lutte à la quelle je crois profondément ainsi que plusieurs de mes confrères et consoeurs qui ne sont pas en grève.<
      Karine Bérubé

    • Killian Meilleur - Inscrit 5 avril 2012 12 h 27

      Pourquoi ne pas dire que la large partie d'étudiants dont vous parlez se battent non pas pour payer moins maintenant, mais pour assurer le futur de tous?

      Pourquoi ne pas accepter qu'au-delà du droit, la langue française accepte l'utilisation du terme « grève étudiante », et que le terme « boycott » ne peut s'appliquer à la situation parce que les cours et toutes les structures universitaires ont déjà été payés ; si vous voulez du boycott, les étudiants présentement en grève pourraient refuser de s'inscrire à l'université, ÇA, ce serait du boycott. En attendant, c'est une grève.

      La vérité? C'est qu'il est vrai que notre société semble s'être scindée en deux, avec de plus en plus de libéraux et de néolibéraux qui prônent le chacun-pour-soi, qui ne pensent qu'à eux-mêmes et à l'argent, et des gens qui se rappellent encore de la révolution tranquille et de ce que nous avons, en tant que peuple, décidés de devenir, que nous voulions nous entraider et combattre la misère...

  • Jean-Michel Picard - Inscrit 5 avril 2012 08 h 13

    Toutes sortes d'affaire de même !

    Cinquante-deuxième jour de grève étudiante : bravo.
    Harper en train de détruire tous les emplois et la solidarité entre les canadiens : _______________.

  • Chantal_Mino - Inscrite 5 avril 2012 08 h 33

    Petites questions pour Mme Line Beauchamp et M. Charest ...

    Si Pauline Marois est gouvernée par la rue et l'opportunisme politique parce qu'elle promet d'acquiescer à la demande des étudiants et d'annuler la hausse des droits de scolarité, on se demande bien qui vous gouverne Mme Beauchamp.

    Ne sommes-nous pas en démocratie où le peuple québécois est souverain et les élus devant obligatoirement représenter ce peuple souverain et non une clique de 1%?

    L'intimidation, c'est permis pour votre gouvernement qui abuse du pouvoir qu'il a, à ses dirigeants de nos institutions publiques dont des directeurs d'école primaire, et à la police qui est à leur service, mais ce gouvernement du PLQ manipule et transforme des demandes légitimes des citoyens québécois en cause criminelles et judiciaires pour intimider les citoyens québécois qui veulent le bien commun?

    Si vous êtes si sûrs de votre décision que d'augmenter les frais de scolarité est représentatif du peuple québécois souverain, allez donc en élection Mme Beauchamp et M. Charest, on verra bien si le peuple vous réélira ... c’est cela la vraie démocratie.

    Mme Beauchamp, vous prenez-vous pour la reine du Québec?

    M. Charest, vous prenez-vous pour le roi du Québec?

    À vous voir aller, il semblerait que oui. Il serait encore temps pour vous de revenir en 2012 en démocratie où le peuple québécois est souverain.