Mariage homosexuel - Chrétien invite ses députés à s'ouvrir l'esprit

North Bay — Le premier ministre Jean Chrétien a invité ses députés et la population à s'ouvrir l'esprit et à évoluer pour accepter le mariage des homosexuels. Bien que de son propre aveu il aurait préféré ne pas avoir à traiter cette question, M. Chrétien a indiqué que si la Charte canadienne des droits et libertés a une quelconque valeur, il n'y a d'autre choix que de revoir la définition traditionnelle du mariage.

«Croyez-moi, pour quelqu'un de ma génération qui a vécu et grandi dans le Québec rural catholique de ma jeunesse, c'est un sujet très, très délicat», a lancé hier soir Jean Chrétien à son caucus réuni à North Bay pour préparer la rentrée parlementaire. M. Chrétien aura 70 ans en janvier. «Mais j'ai appris au fil de 40 années de vie publique que la société évolue et que notre conception des droits de la personne évolue souvent plus vite que certains d'entre nous l'auraient cru, et parfois même d'une manière qui en rend certains mal à l'aise. Mais au bout du compte, il nous faut prendre nos responsabilités. Et aucune n'est plus essentielle que de protéger la

Constitution et les droits fondamentaux qu'elle garantit à tous les Canadiens.»

Il y a une grande division au sein du caucus libéral sur la question du mariage des homosexuels, plusieurs croyant que le gouvernement n'aurait pas dû proposer son projet de loi qui permettrait le mariage civil des gais et lesbiennes. Le projet de loi fait l'objet d'un renvoi à la Cour suprême. «J'aurais préféré ne pas avoir à m'occuper de cela, mais vous me connaissez: je ne fuis pas les problèmes», a-t-il lancé dans un discours ad lib passionné destiné à rallier ses troupes.

M. Chrétien a indiqué que le recours à la clause nonobstant pour ne pas avoir à appliquer la Charte des droits à la définition du mariage serait inapproprié. «Je sais que les libéraux, et la grande majorité des Canadiens, ne voudraient pas invoquer la clause dérogatoire», a-t-il dit. Il a ajouté, plus tard: «Je préfère une interprétation [de la Charte] qui protège les droits plutôt qu'une interprétation qui enlève des droits.»

De manière voilée, Jean Chrétien réplique aux députés de son parti qui, pour justifier leur insatisfaction par rapport à la voie choisie par leur gouvernement, invoquent un trop grand activisme judiciaire. Selon le premier ministre, l'activisme judiciaire, cette idée que ce sont les tribunaux qui font les lois au Canada, est la panacée de l'Alliance canadienne. «Il s'agit d'une façade pour leur profonde opposition à la Charte des droits, une charte adoptée par le Parlement que les libéraux et l'ensemble des Canadiens respectent et chérissent. Ne nous laissons donc pas piéger par eux sur cette question. Il ne s'agit pas d'affaiblir le Parlement.»

Union civile

Jean Chrétien a profité de son discours devant son caucus — son dernier caucus pré-sessionnel avant sa retraite politique — pour promettre une passation des pouvoirs tout en douceur avec son successeur. Sur le sujet du mariage gai, d'ailleurs, le successeur pressenti, Paul Martin, est presque sur la même longueur d'onde que M. Chrétien. Presque. M. Martin a indiqué en journée hier qu'il était prêt à laisser ses députés proposer des compromis, dans la mesure où ces compromis respectent la Charte des droits et libertés. Il s'oppose lui aussi à l'utilisation de la clause nonobstant. «Si les parlementaires trouvent d'autres solutions et que ces solutions respectent la charte, car c'est la clé, alors je pense qu'on devrait les considérer sérieusement», a-t-il déclaré.

Un compromis inacceptable serait de conserver le mariage pour les couples hétérosexuels et l'union civile pour les couples homosexuels. Par contre, il n'exclut pas que l'État se retire complètement du mariage pour tous les couples et ne conserve que l'union civile pour tout le monde. Le mariage resterait alors la chasse gardée des institutions religieuses. «Bien que j'appuie la position du gouvernement, je crois que nous devons considérer d'autres options, et une de ces autres options est l'union civile. Mais je ne parle pas d'une union civile distincte mais égale [pour les couples homosexuels]. Ça, c'est de la discrimination contre laquelle les cours se sont déjà prononcées.»

Le ministre de la Justice qui pilote cette initiative, Martin Cauchon, n'est pas d'accord avec cette solution. Selon lui, le gouvernement fédéral a la responsabilité de définir le mariage. «On a une responsabilité constitutionnelle, celle de la définition du mariage. Le gouvernement a décidé d'aller de l'avant en respectant cette responsabilité constitutionnelle. Deuxièmement, se retirer du mariage aurait pour effet d'aller à l'encontre de droits de certaines personnes au Canada: les personnes qui ne veulent pas se marier religieusement pourraient se marier comment?»

Du côté du Bloc québécois aussi, on rejetait cette proposition. Le critique Richard Marceau croit que cela imposerait un fardeau trop lourd sur les épaules des gais et lesbiennes. «Finalement, ça donne quoi? Parce que les gais ne peuvent pas se marier, on l'enlève à tout le monde? Et imaginez la stigmate qui s'abattrait sur eux. Les gens diraient: les gais nous ont enlevé le mariage!»
1 commentaire
  • Gérard Boudreault - Inscrit 20 août 2003 18 h 47

    De quelle ouverture d'esprit parle-t'on ?

    Est-ce que l'ouverture d'esprit c'est d'accepter n'importe quoi ? Est-ce que l'ouverture d'esprit veut dire tout donner à qui le demande ?

    Je refuse ce concept. Tout simplement parce que c'est trop facile d'invoquer l'ouverture d'esprit pour mettre en faute quelqu'un qui refuse. Justement, qui devrait s'ouvrir l'esprit ? Les partisans du "mariage" homosexuel devraient s'ouvrir l'esprit et accepter que la définition de la cellule familiale naturelle et normale est celle de l'union d'un homme et d'une femme. Qu'on le veuille ou non, c'est cette cellule qui assure la pérénité de l'espèce et de la société. Toutes les autres combinaisons d'union sont tolérables, mais elles n'ont pas les mêmes buts que le mariage naturelle. Et surout elles n'ont pas les mêmes résultats à moyen terme ...

    Alors, qui devrait s'ouvrir l'esprit ?