Montréal pas pressé de prendre le «virage compost»

Pour atteindre les objectifs fixés par le gouvernement du Québec afin de réduire le volume de déchets prenant le chemin des sites d'enfouissement, les municipalités n'auront pas le choix d'adopter, d'ici à 2008, des politiques de collecte de résidus destinés au compostage. Mais l'expérience de plusieurs villes, dont Montréal, montre qu'il est difficile de convaincre les citoyens de conserver leurs pelures de pommes de terre, arêtes de poissons et coquilles d'oeufs même pour une si bonne cause.

Nicole Bastien, directrice de l'organisme Pro-Vert Sud-Ouest, se souvient quand la Ville de Montréal a mené un projet-pilote de collecte de matières compostables en bordures de rues dans 13 secteurs de son territoire entre 1997 et 2000. «Ce n'était pas facile, surtout dans le Sud-Ouest, relate-t-elle. Il y avait beaucoup de travail de sensibilisation à faire. [...] En ce qui concerne les mégots de cigarettes, ce n'était pas clair pour tout le monde. La cendre était acceptée, mais pas les mégots. Les gens vidaient quand même leurs cendriers en pensant que c'était bon pour le compost.»

Les citoyens s'étaient également plaints des odeurs qui se dégageaient de leurs bacs bruns ainsi que des difficultés rencontrées pour entreposer leurs déchets de table, surtout dans les immeubles de neuf logements et plus. L'expérience menée dans près de 20 000 foyers s'est toutefois révélée profitable, a estimé la Ville, même si le taux de participation n'était pas très élevé, soit de 10 % à 25 % des foyers selon le territoire, selon les relevés effectués au cours des neuf premiers mois du programme. Malgré tout, 1000 tonnes de matières compostables ont pu être récupérées chaque année, ce qui laissait entrevoir un avenir prometteur pour une collecte à plus grande échelle.

Le projet-pilote s'est terminé abruptement et n'a jamais eu de suite. Nicole Bastien avait été fort déçue de la tournure des événements. «Les gens qui le faisaient le faisaient bien; ils avaient compris le principe. Mais après la fin du projet, ils n'avaient pas de solution de rechange sauf celle d'acheter une compostière domestique. On trouvait qu'on avait mis beaucoup d'énergie dans ce projet et qu'elle se perdait», dit-elle.

Les municipalités qui effectuent la collecte de matières compostables sont encore rares au Québec. Parmi celles qui ont implanté la «collecte à trois voies», on retrouve Victoriaville, Saint-Donat, Rawdon, Chertsey, Deux-Montagnes, Laval et la MRC des Îles-de-la-Madeleine. «La collecte à trois voies à Saint-Donat permet de réduire de 49 % le volume de déchets qui vont habituellement aux sites d'enfouissement», indique Sylvain Lafortune, propriétaire de la firme Compo-Recycle qui gère depuis près de six ans le programme de collecte des déchets pour cette municipalité des Laurentides.

Laval a aussi lancé avec succès un tel projet dans les quartiers Champfleury et Chomedey en mettant à contribution des marchés d'alimentation et des restaurants. On estime qu'étendre la collecte à trois voies à l'ensemble du territoire de Laval forcerait la municipalité à opter pour une technologie plus complexe permettant le compostage dans un environnement à air contrôlé pour accélérer le processus de décomposition des matières organiques. Cette décision ferait évidemment augmenter à 145 $ par porte les coûts liés à la collecte des déchets, au lieu de 97 $ pour la collecte à deux voies (recyclage et déchets destinés aux sites d'enfouissement).

Les municipalités devront, à plus ou moins long terme, prendre le virage compost, car la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles 1998-2008 a fixé des objectifs ambitieux en matière de valorisation des déchets. En 2002, précise Jean Maurice Latulippe, président-directeur général de Recyc-Québec, 7 % des résidus compostables ont été récupérés au Québec. «C'est mieux que rien, mais il faudra véritablement faire des efforts supplémentaires, parce que 40 % du contenu du sac vert contient des matières compostables. En 2008, les municipalités auront l'obligation de recueillir 60 % des matières putrescibles, c'est ça l'objectif», ajoute-t-il.

Afin de donner un coup de pouce financier aux municipalités en la matière, Recyc-Québec compte consacrer une partie des revenus de la tarification à l'enfouissement prévue dans le projet de loi 130 sur la qualité de l'environnement adopté en décembre dernier par l'Assemblée nationale. «Le gouvernement n'a pas encore adopté cette réglementation au moment où on se parle, mais si toutefois c'était le cas, notre intention est d'aider les municipalités à atteindre cet objectif de 60 % en l'an 2008. Il y a beaucoup à faire et Recyc-Québec est extrêmement axé compostage», fait valoir M. Latulippe.

Selon lui, la plupart des Québécois sont prêts à se plier aux exigences de la collecte des matières organiques dans la mesure où les municipalités réussissent à rendre leur tâche facile.

Depuis la fin de son projet-pilote en 2000, la Ville de Montréal n'a pas démontré beaucoup d'empressement à l'égard d'un éventuel programme à grande échelle de la collecte des déchets de table. Le dossier est dans les mains de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), indique Alan DeSousa, responsable du développement durable au comité exécutif. Le plan de gestion des matières résiduelles, attendu pour l'automne, devrait faire l'objet d'une consultation publique. «Je pense que les matières organiques, compostage ou autres, sont un volet important qui nous permettrait d'aller plus loin afin d'atteindre les objectifs pour la Ville de Montréal», explique M. DeSousa. Il refuse toutefois de préciser l'importance que prendra la collecte des résidus de tables dans le plan de la Ville. Il faudra tenir compte des ressources financières disponibles. «C'est une question de priorité», dit-il.
1 commentaire
  • Mathieu Boily - Inscrite 12 août 2003 11 h 10

    Et le compostage maison?

    Pourquoi investir tant d'argent et d'énergie dans une collecte municipale des déchets compostables, quand il est si simple de composter chez soi? J'ai moi-même un bac de lombricompostage (avec des vers)chez moi et cela fonctionne à merveille! Il me semble que c'est moins coûteux et que cela évite le problème d'odeurs que j'aurais si je devais entreposer mes déchets jusqu'à la prochaine collecte par la Ville... Mais il est certain que cette approche nécessite aussi un gros travail de sensibilisation de la population!