Le gouvernement Charest et la langue - La méthode soft

En matière linguistique, le gouvernement mise depuis quelques années sur la bonne volonté pour protéger le français.<br />
Photo: Olivier Zuida - Le Devoir En matière linguistique, le gouvernement mise depuis quelques années sur la bonne volonté pour protéger le français.

Certains accusent le gouvernement Charest de ne pas avoir de stratégie en matière linguistique. Rien n'est plus faux. Rejetant tout renforcement de la loi 101, le gouvernement a déployé, surtout depuis 2008, une stratégie qui rejette la coercition et mise sur la sensibilisation et le bon vouloir. On attend toujours de voir les résultats de cette méthode soft.

Le gouvernement Charest a été replongé cette semaine dans la marmite linguistique. Cette révélation sur les deux dirigeants unilingues anglophones d'une filiale de la Caisse de dépôt qui imposent l'anglais dans les réunions avec leurs subalternes francophones a fait réagir Jean Charest. «Inacceptable», a-t-il clamé. La Caisse doit respecter non seulement la lettre, mais aussi l'esprit de la Charte de la langue française, a-t-il affirmé. Il a même évoqué la possibilité d'apporter des «changements» afin que les filiales du bas de laine des Québécois soient soumises à la même politique linguistique que la Caisse qui, elle, fait partie de l'administration publique.

Et puis, un simple citoyen, Jean Archambault, appuyé par le Mouvement Québec français, a relevé que 76 entreprises enfreignaient les règles sur l'affichage commercial dans la circonscription de la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, responsable de l'application de la Charte de la langue française. Il a déposé, hier, 136 plaintes à l'Office québécois de la langue française (OQLF).

Les députés libéraux ont même dû voter en faveur d'une motion, présentée par le Parti québécois, qui affirme que «l'Assemblée nationale constate et déplore le non-respect des dispositions de la Charte de la langue française en matière d'affichage commercial». Au même moment, Christine St-Pierre s'inquiète de la situation du français à 6000 kilomètres de là, à Paris, où un certain Régis Labeaume venait de passer.

En matière d'affichage et de langue dans les commerces, l'OQLF poursuit une politique qui mise sur le dialogue plutôt que sur les amendes. Le processus de plaintes prévu par la Charte est lourd, rappelle la présidente de l'organisme, Louise Marchand, dans un entretien accordé, hier, au Devoir. «Si ça ne fonctionne pas, il est clair qu'il va falloir aller vers une autre étape. Mais, moi, je fais le pari qu'on va être capables d'y arriver, livre-t-elle. À tout le moins, il faut essayer. On peut faire un bon bout de chemin.»

Dans cette optique, l'OQLF lancera sous peu une campagne de sensibilisation envers les entreprises, souvent des multinationales, qui utilisent une marque de commerce en anglais sans l'accompagner d'un descriptif en français, ce qui est contraire à la Charte, comme Future Shop ou Best Buy. Les dénominations bilingues, comme Farine Five Roses ou Lunetterie New Look, sont, elles, conformes à la loi 101.

Cette campagne de publicité sur le Web et à la télévision, dont le coût est de 500 000 $ à 600 000 $, est ambiguë sous plusieurs rapports. D'abord, elle est en français alors qu'elle s'adresse au premier chef à des entreprises anglophones. Louise Marchand explique que le gouvernement québécois, et au premier chef l'OQLF, ne peut s'adresser à des entreprises dans une autre langue que le français, la langue officielle. Ensuite, c'est une campagne grand public, ce que reconnaît Louise Marchand, alors que c'est le comportement de grandes entreprises qu'on veut corriger. Enfin, son contenu fait la promotion de l'affichage bilingue.

L'OQLF versera aussi une aide financière aux commerces fautifs, pouvant aller jusqu'à 50 000 $ par entreprise, pour leur permettre de changer leur affichage. L'État se trouve ainsi à subventionner des entreprises pour qu'elles respectent la loi.

En fait, il s'agit de l'élargissement d'un programme lancé en 2008 pour permettre la francisation des logiciels, a-t-on expliqué à l'OQLF.

Il n'y a pas que les multinationales qui sont en cause. Hier, Christine St-Pierre, lors d'une interpellation à l'Assemblée nationale avec le porte-parole péquiste en matière de langue, Yves-François Blanchet, a raconté une anecdote: elle mangeait dans un nouveau restaurant dirigé par deux jeunes chefs francophones et elle leur a demandé pourquoi la raison sociale était en anglais. «Pour eux, il ne semble pas y avoir de problème parce qu'ils sont ouverts sur les autres et ouverts sur le monde et ils trouvent que ce sont de vieux discours», a rapporté la ministre.

Le français au travail

Dans le cas de la Caisse, Jean Charest a protesté parce qu'il s'agit d'une société d'État. Mais cette affaire révèle une réalité très répandue à Montréal, que ce soit dans le domaine de la finance ou dans celui de la haute technologie. La langue de travail est souvent l'anglais, soit parce que les patrons sont unilingues anglophones, soit parce que les scientifiques ou autres employés hautement qualifiés viennent de l'extérieur du Québec et ne parlent pas français. L'anglais devient rapidement la langue commune. Il existe beaucoup d'hypocrisie à ce sujet et le gouvernement Charest y participe.

En ce qui a trait aux petites entreprises qui ne sont pas assujetties aux dispositions sur la francisation de la loi 101, le gouvernement Charest refuse d'étendre la Charte aux entreprises de 11 à 49 employés, comme le propose le PQ. Il mise plutôt sur une «stratégie commune d'intervention pour Montréal», découlant du Rendez-vous économique des gens d'affaires et des partenaires socioéconomiques de 2008. Cette stratégie repose sur une série de mesures qui font appel au bon vouloir des entreprises. Le gouvernement a dressé en 2011 un bilan positif de cette stratégie, mais sans produire de données fiables sur le nombre d'entreprises qui auraient été francisées, par exemple.

En matière de francisation des immigrants, là encore, le gouvernement Charest mise sur la bonne volonté. Les nouveaux arrivants n'ont pas l'obligation de suivre des cours de français même s'ils ne connaissent pas ou connaissent mal la langue. Quelque 20 % des immigrants qui ne parlent pas le français ne s'inscrivent pas aux cours de français offerts par le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles.

On ne sait pas quels résultats donne la méthode douce préconisée par le gouvernement Charest, une méthode qui présente l'avantage de ne pas indisposer la clientèle naturelle du Parti libéral dans la région de Montréal. Le Comité de suivi de la situation linguistique de l'OQLF doit cependant dévoiler des études sur la langue utilisée dans les commerces et les affaires à la fin de l'hiver. Plus tard dans l'année, des études sur la langue de travail seront produites. Jusqu'ici, tant le gouvernement que l'opposition péquiste avancent souvent des observations à vue de nez ou des cas anecdotiques pour étayer leur thèse respective. Mais l'heure de vérité approche.
39 commentaires
  • Normand Carrier - Abonné 19 novembre 2011 07 h 45

    Le mauvais exemple vient de haut .....

    Le gouvernement de Jean Charest est le pire gouvernement de l'histoire du Québec pour la protection de la langue et de la culture francaise .......Toutes les directives de ce PM incitèrent les différents ministres et l'OQLF a devenir des nullités ..... Il faut être particulièrement insignifiants pour refuser d'appliquer la loi sur l'affichage après des dizaines d'avis a ces commercants qui se foute de notre langue ....

    Il y a périr en la demeure et le temps de la coercision et de l'intransigeance est arrivé et il faut en faire un enjeu électoral et voter pour le parti qui s'engage clairement a renforcer la charte de la langue francaise ....

  • Gilles Delisle - Abonné 19 novembre 2011 07 h 54

    La méthode soft et le bon vouloir des entreprises: longue tradition des libéraux!

    Bourrassa et Ryan étaient les champions de la non coercition, du bon vouloir et de la méthode soft, dans le domaine de la langue. On peut en voir le résultat aujourd'hui à Montréal, particulièrement, dans l'affichage, dans les échanges, dans la disparition tranquille des cours de francais aux immigrants etc. Les libéraux d'aujourd'hui font exactement la même chose que ceux d'hier, à savoir le laissez faire, comme dans toutes les sphères d,activité d'ailleurs. Pire encore, il y a quelques semaines à peine, à la télévision, notre valeureuse ministre de la culture et de la langue, déclarait que le francais faisait des progrès à Montréal!!! Tant que les Québécois et surtout les Montréalais vont demeurer spectateurs de cette non-intervention et ce laisser aller linguistique, du gouvernement Charest, ils assisteront à leur disparition tranquille.

  • France Marcotte - Abonnée 19 novembre 2011 08 h 25

    La chape uniformisante du dominant malade

    L'autre soir, un étrange film a été présenté à Télé-Québec, un film français réalisé et interpété par Julie Delpy.
    Celle-ci joue le rôle d'une Française habitant New-York (bien sûr) qui revient en France avec son amoureux américain passer 2 jours dans son Paris natal.

    Le film est en anglais (sauf les dialogues inévitables entre Julie et les autochtones parisiens) avec sous-titres français. Règne une atmosphère à la Woody Allen.

    L'amoureux américain, une espèce assez drôle de fendant revenu de tout, daigne baragouiner quelques mots de français quand c'est strictement nécessaire, quand, se retrouvant dans des situations embarrassantes, son bien-être en dépend. Autrement, où qu'il soit invité, tout le monde se plie de bonne grâce comme si cela allait de soi, à la langue sacré de l'invité, dominant juste par sa provenance. Le film ne suggère aucune position critique à ce sujet.

    J'en conclus, ainsi que par nos éternels déboires avec eux, que les anglophones ont un sérieux problème. Ils manquent d'ouverture sur le monde. Où qu'ils aillent, ils se ferment à la culture à la rencontre de laquelle pourtant ils sont conviés, ils manquent de savoir-vivre. Ils ont la maladie de l'empire, qui aplanit tout sur son passage. Ils ont un problème et c'est tout le reste du monde qui se soigne.

  • Francois Lamoureux - Inscrit 19 novembre 2011 08 h 39

    En anglais s.v.p.

    C'est lamentable, complètement ridicule, affichons en anglais pour être ouvert sur le monde et sur les autres, comme si le fait d'afficher en français nous ferme les portes sur le monde et sur les autres. N'importe quoi. Mme St-Pierre votre méthode soft fonctionne bien comme nous pouvons le voir
    avec ces deux restaurateurs francophones colonisés.

    Voici un site intéressant pour les colonisés.
    www.fll.vt.edu/french