Complètement bonsaï!

Un orme de Chine (Ulmus parvifolia) de la collection de la pépinière du Gros-Bec errant, âgé de 80 ans.
Photo: Un orme de Chine (Ulmus parvifolia) de la collection de la pépinière du Gros-Bec errant, âgé de 80 ans.

Ses racines sont à nu, son tronc est penché à l'extrême, et ses branches, tordues. Même confiné à son pot de céramique laquée, il semble avoir essuyé des orages et des vents violents. Malgré tout, sa vigueur est manifeste, elle éclate dans ses bouquets de feuilles lustrées. Le secret? Quoi de mieux, pour le découvrir, que de créer son propre bonsaï? C'est ce que les passionnés de la pépinière du Gros-Bec errant proposent lors des journées d'initiation au bonsaï qu'ils organisent un dimanche chaque mois.

Tous deux retraités de Radio-Canada, Suzanne Piché et Robert Smith ont aménagé sur les rives d'un lac de Lanaudière une oasis japonisante. Derrière les sobres bâtiments en bois, des serres, puis des terrains de culture recouverts de gravier fin, et la forêt. Mais surtout, sagement alignés dans la cour, quelques dizaines de bonsaïs qui accueillent les visiteurs. Les plus ferrés en botanique reconnaissent ici un pin, là un figuier... et même un érable dressé dans son pot.

Si certaines espèces s'y prêtent plus volontiers que d'autres, tous les arbres peuvent en effet être élevés en tant que bonsaïs. C'est la taille des racines, des branches et du feuillage qui permet de contrôler la croissance du spécimen choisi. Et c'est encore la taille, associée cette fois à différentes techniques de ligature, qui lui donnera la forme pure et équilibrée caractéristique des bonsaïs.

D'abord, la théorie

«Le bonsaï, commence Robert Smith, c'est l'horticulture associée au sens artistique.» Un art donc, une sculpture sur matériau vivant pratiquée en Chine dès l'an 730 de notre ère. Ce sont cependant les Japonais qui en ont strictement codifié les styles à la fin du XIXe siècle. Désormais, qu'il soit de type chokkan (tronc vertical et branches alternées), kengaï (en cascade, la tête de l'arbre plus basse que ses racines), moyogi (tronc sinueux) ou neagari (dressé sur des racines apparentes), le bonsaï doit respecter des règles de base. De plus, la taille de l'arbre n'excédera pas un mètre, son pot sera choisi en proportion de sa hauteur et de la largeur de son tronc, et la forme de son feuillage devra rappeler celle d'un triangle. «Dans les expositions, des notes sont attribuées en fonction de chacun de ces critères, explique le maître. Mais comme dans tout art, les plus grands bonsaïstes sont ceux qui ont si bien intégré les règles qu'ils arrivent à les dépasser...»

Pour les néophytes, toutefois, le premier défi reste souvent de garder leur arbre vivant et en santé. Parmi la douzaine de débutants présents, presque tous ont d'ailleurs une histoire de bonsaï irrémédiablement dépérissant à raconter. «La clé du succès, assure Robert Smith, est de donner à l'arbre des conditions de vie se rapprochant le plus possible de celles qu'il aurait connues à l'état sauvage.» Au Québec, un pin ou un érable, même en pot, doivent être élevés à l'extérieur toute l'année. Ceux qui désirent un bonsaï d'intérieur doivent donc se rabattre sur les arbres tropicaux et leur assurer un ensoleillement optimal — une lampe horticole est souvent nécessaire sous nos latitudes. Quant à l'arrosage, il doit être bien dosé. Trop chiche, le bonsaï perdra ses feuilles; trop abondant, les racines pourriront. «Il n'y a pas de recette, il faut vérifier l'état du sol tous les jours et être attentif aux besoins de l'arbre.»

Puis la pratique

Devant chaque participant se trouve maintenant un jeune plant de grewia bien touffu. Il s'agit de le tailler, de peaufiner sa silhouette et de le rempoter. Pour cette première expérience, le spécialiste a choisi un arbre d'origine sud-africaine réputé accommodant. «Il est robuste et peut même supporter quelques oublis d'arrosage, assure-t-il. Il faudra simplement entretenir la taille parce qu'il pousse rapidement, et le rentrer avant les premiers gels.»

Sous la direction du maître, chacun s'efforce maintenant de déterminer où se trouve le devant de son arbre. À travers les pousses anarchiques, Robert Smith recommande de chercher «le Japonais qui nous salue». «La tête de l'arbre doit s'incliner vers nous, et son ventre, être rentré. Ses branches principales sont deux bras qui veulent nous étreindre.» Les plus audacieux se risquent ensuite à quelques coups de ciseaux. Mais c'est le maître qui donnera la touche finale, soulageant sans état d'âme le grewia des deux tiers de son feuillage, ligaturant quelques branches à l'aide de fil métallique pour leur donner une ligne plus esthétique. De son pot de culture, l'arbre sera ensuite solidement amarré par les racines au fond d'un joli pot de céramique et installé dans un sol se drainant facilement. Et à la douche!

Un bonsaï est né.

À son jardinier-sculpteur, désormais, d'assurer son bien-être tout en le façonnant selon ses goûts personnels. Et en gardant en tête le but à atteindre: par sa beauté tourmentée, le bonsaï doit illustrer «la force de la nature qui a réussi à passer à travers le temps». Sayonara!

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Journée d'initiation au bonsaï de la pépinière du Gros-Bec errant: un dimanche chaque mois, dont les 27 juillet, 24 août, 21 septembre, de 10h à 16h. Information et inscription: % (450) 883-1196, ou www.intermonde.net/grosbec.

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