Taxes vertes, un ingrédient de croissance

Jim Flaherty : «On ne fait pas dans les augmentations d’impôt. Nous, on les baisse.»
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Jim Flaherty : «On ne fait pas dans les augmentations d’impôt. Nous, on les baisse.»

La mise en place de mécanismes de taxation de la pollution et de la surexploitation des ressources naturelles est «un élément central» des futures politiques de croissance verte dont les pays devront inévitablement se doter le plus tôt possible pour assurer leur prospérité, a rappelé hier l'OCDE. Le Canada n'est pas intéressé, a répondu le gouvernement Harper.

Le secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Angel Gurría, a présenté hier les grandes lignes d'une toute nouvelle stratégie de son institution pour une «croissance verte», au deuxième jour de la Conférence de Montréal. Un tel virage, vers un modèle de développement plus durable, aura l'avantage de mieux préserver des actifs essentiels à la survie des humains tout en favorisant une croissance économique vigoureuse basée sur l'innovation, la flexibilité et le dynamisme. Le statu quo se révélerait, au contraire, «bien peu avisé et non viable à long terme».

Il n'existe pas de prescription universelle pour mettre en oeuvre une stratégie verte tellement les pays diffèrent les uns des autres, a prévenu le coloré porte-parole de ce think tank des pays riches. On sait toutefois qu'elle devra absolument s'appuyer sur une bonne politique économique à long terme, et que cette dernière devrait comprendre une «dizaine d'ingrédients communs». Un «élément central» de ces ingrédients est la fixation d'un prix à payer pour la pollution et la surexploitation des ressources naturelles par le biais de mécanismes tels que des taxes ou des permis négociables. En plus d'envoyer aux consommateurs et aux marchés un signal de prix susceptible de changer les comportements et de stimuler l'innovation et l'investissement, de telles taxes vertes rapporteraient des revenus supplémentaires aux gouvernements.

Pas intéressé

Invité à la tribune pour un commentaire et une brève conclusion, le ministre canadien des Finances, Jim Flaherty, n'a pas dit un mot sur la stratégie de croissance verte du conférencier. «On ne fait pas dans les augmentations d'impôt. Nous, on les baisse», a-t-il déclaré plus tard, en point de presse, en ce qui concerne l'idée de taxe verte. «Nous pensons que la meilleure façon de stimuler l'économie est de laisser le plus d'argent possible dans les poches des gens.»

Il s'est toutefois bien défendu de ne rien faire pour l'environnement. Plus de 1 milliard a été consacré à cet enjeu dans le budget, a-t-il dit, notamment par le biais d'une reconduction pour un an d'un programme d'aide à la rénovation écoénergétique et d'une réduction graduelle des avantages fiscaux accordés à l'industrie des sables bitumineux. Ce montant comprend également toutes les sommes accordées au secteur nucléaire, dont 368 millions pour éponger la dette d'Énergie atomique du Canada, dans un budget fédéral qui s'élevait cette année à un total de 280 milliards.

Diplomate, Angel Gurría a dit comprendre que le ministre Flaherty ait voulu profiter de sa tribune pour parler de son nouveau budget. «J'ai déjà été ministre des Finances, j'aurais fait pareil», a déclaré en riant le Mexicain aux journalistes.

«Notre stratégie de croissance verte ne fait que commencer», a-t-il rappelé. La publication d'indicateurs de performance et de recommandations à l'intention des pays membres viendra plus tard. Pour le reste, il constate, comme tout le monde, que le Canada a raté ses engagements pris à Kyoto et qu'il devra, en la matière, mettre les bouchées doubles.

Changement inévitable


«Ce sont des changements vers lesquels nous allons inexorablement, a-t-il répété cependant. Et les premiers qui bougeront bénéficieront d'un avantage.»

Parmi les autres «ingrédients» que devrait contenir une bonne politique de croissance verte, Angel Gurría a cité la suppression des subventions aux énergies fossiles. Il en a appelé aussi à l'adoption d'une politique générale ambitieuse et de longue haleine, plutôt que d'une suite de petites mesures soumises aux humeurs du moment. Il a souligné que le coût de ces transformations économiques pouvait être deux moins élevé si les pays avaient la bonne idée de coordonner leurs efforts. Il a plaidé également pour des mécanismes d'aide aux travailleurs des secteurs en déclin et aux ménages à revenu modeste exposés à la hausse programmée du prix des matières premières.

L'appel du patron de l'OCDE a trouvé un écho dans d'autres ateliers de la Conférence de Montréal hier. «Personne ne sait exactement de quoi sera fait l'avenir, mais on sait que l'on fait face à de grandes tendances et qu'il ne faut pas laisser passer de pareilles occasions», a déclaré, par exemple, Simon Olivier, directeur général pour le Canada et le nord-est des États-Unis, de GE Énergie Infrastructure, devant un public largement composé de dirigeants de filiales de grandes compagnies internationales.

«De plus en plus de compagnies entreprennent un virage vert. Pas pour se conformer à la réglementation, ni pour soigner leur image de marque, mais parce qu'elles y voient l'émergence d'une nouvelle économie, a constaté Nicholas Parker, président de Cleantech Group et l'un des gourous des technologies propres. Le problème est que ce virage est souvent compliqué, sinon bloqué par l'immobilisme des gouvernements.»

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