La CSN réclame 1 million de Couche-Tard

Des employés de Couche-Tard ont été forcés de regarder une vidéo du président dans laquelle il évoque un lien entre la syndicalisation et des fermetures de magasins, et certains ont dû signer un «registre de présence» pour attester qu'ils l'avaient vue, allègue une poursuite déposée hier par la CSN.

Près d'un mois après la fermeture d'une succursale située à l'angle des rues Saint-Denis et Beaubien à Montréal, la centrale a déposé une plainte à la Commission des relations du travail (CRT) qui demande au tribunal de condamner Couche-Tard à verser aux 11 employés licenciés une somme totale qui tourne autour de 1 million.

Les avocats de la CSN allèguent notamment que Couche-Tard a posé plusieurs gestes qui contreviennent aux articles 12 à 14 du Code du travail. Ceux-ci portent sur l'ingérence, l'intimidation et les contraintes prohibées.

Les employés du magasin avaient déposé une requête en accréditation à la CTR au milieu du mois de mars. La fermeture a eu lieu le 6 avril sans préavis, la compagnie affirmant qu'il n'était pas rentable. Outre celui de la rue Saint-Denis, la CSN a fait accréditer deux autres dépanneurs.

Stratégie antisyndicale

«La fermeture s'inscrit dans une stratégie antisyndicale visant à contrer la syndicalisation de l'établissement Saint-Denis/Beaubien et d'autres établissements de l'employeur», peut-on lire dans la plainte déposée le 4 mai et rendue publique hier.

«Il s'agit surtout pour Couche-Tard de faire un exemple du dépanneur et de lancer un message aux milliers de salariés de l'entreprise de ce qu'il pourrait leur en coûter d'exercer leur liberté d'association», ajoute la plainte.

En invoquant les articles 12 à 14, les avocats de la CSN empruntent une voie différente de celle de la FTQ lorsque celle-ci a porté la fermeture du Wal-Mart de Jonquière jusqu'en Cour suprême. Les avocats de la FTQ s'étaient concentrés sur les articles 15 à 17 et le débat avait notamment porté ssur la justification d'une fermeture en présence d'un syndicat et sur les indemnités possibles.

En donnant raison à Wal-Mart, les juges de la Cour suprême avaient cependant laissé entendre que si les articles 15 à 17 ne s'appliquaient pas dans le contexte de fermeture, un syndicat pourrait invoquer les articles 12 à 14.

Une relationniste qui représente Couche-Tard, Denise Deveau, a indiqué par courriel que «la direction ne fera pas de commentaires sur le sujet».