Le peintre et auteur Pierre Gauvreau est décédé

Pierre Gauvreau, en août 2008
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Pierre Gauvreau, en août 2008

Le peintre québécois Pierre Gauvreau, davantage connu pour avoir écrit le téléroman à grand succès «Le Temps d'une paix», à Radio-Canada, est décédé jeudi matin, à l'âge de 88 ans.

Il a succombé à une insuffisance cardiaque.
 
Né en 1922 à Montréal, Pierre Gauvreau entre tout jeune à l'École des beaux-arts de Montréal, à la fin des années 1930, et y découvre en 1941 le modernisme français en voyant des reproductions dans des revues.
 
Influencé par ce courant, il crée des oeuvres qui lui valent rapidement d'être remarqué par le peintre Paul-Émile Borduas, puis d'être invité à se joindre à de jeunes intellectuels et artistes radicaux qui se réunissent à l'atelier du peintre. Comme plusieurs autres jeunes du groupe, Pierre Gauvreau et son frère Claude, écrivain, s'intéressent rapidement au concept surréaliste de l'automatisme comme moyen d'expression.
 
En 1943, Pierre Gauvreau et d'autres artistes sont invités à exposer avec la Société d'art contemporain, qui regroupe des oeuvres de l'avant-garde picturale québécoise, notamment des tableaux de Borduas, mais également de John Lyman, Philip Surrey et Stanley Cosgrove. La Société a produit une partie de ce que le Québec a compté de plus audacieux artistes.
 
Première exposition des Automatistes

Déployé dans l'armée de 1943 à 1946 en Europe, le jeune Gauvreau trouve malgré tout du temps pour peindre, et parvient à expédier ses toiles à son frère, resté à Montréal. En 1946, bien que toujours en Angleterre, il participe à l'"Exposition de la rue Amherst", considérée comme la première du groupe des Automatistes.
 
Poursuivant pendant deux ans ses études à l'École des beaux-arts, Pierre Gauvreau expose toujours avec Paul-Émile Borduas et la Société d'art contemporain, en plus de se lancer dans une première exposition solo.
 
En 1948, il cosigne le manifeste du «Refus global», oeuvre majeure de l'histoire artistique et politique du Québec, et document précurseur de la Révolution tranquille.
 
Au cours des années 1950, Pierre Gauvreau poursuivra sa carrière de peintre, avec plusieurs expositions à Montréal, dont «Espace 55», au Musée des beaux-arts de Montréal, en compagnie de Paul-Émile Borduas, entre autres. L'artiste commencera également à se tourner vers le secteur audiovisuel, auquel il se consacrera entièrement à partir des années 1960 à Radio-Canada et à Radio-Québec (aujourd'hui Télé-Québec), mais aussi à l'Office national du film.
 
Le Temps d'une paix

C'est à cette période qu'il écrit la célèbre série «Le Temps d'une paix». Il agit aussi comme producteur pour les films bien connus «IXE-13» et «Le Temps d'une chasse», et réalise des séries télévisées sur l'art naïf, l'histoire ou le théâtre.
 
À la télévision, on lui doit aussi «Cormoran» et «Le Volcan tranquille».
 
Pierre Gauvreau ne retrouvera son pinceau qu'en 1975. Au cours des trois dernières décennies, l'artiste a continué de créer et d'exposer, dont au Musée d'art contemporain de Montréal, en 1979, ainsi qu'au Musée national des beaux-arts du Québec en 2003, et à Sherbrooke en 2004.
 
Une biographie, parue chez Lanctôt Éditeur en 2003, le décrit comme un homme audacieux, intransigeant, provocateur, et même ardent défenseur de toutes les libertés. Ses oeuvres ont d'ailleurs fait partie d'expositions consacrées aux Automatistes, dont au Grand Palais de Paris en 1971 et au Musée national des beaux-arts du Québec en 1979.
 
Pierre Gauvreau reçoit en 1990 un Grand Prix de l'Académie canadienne du cinéma et de la télévision, pour l'ensemble de son oeuvre. En 1995, le prix Louis-Philippe Hébert, remis à une personnalité qui s'illustre dans le domaine des arts plastiques, lui est décerné pour l'ensemble de son oeuvre — cette fois picturale. En 1998, Postes Canada reproduit même l'une de ses oeuvres sur un timbre.
 
Sa carrière a également fait l'objet en 2001 d'un documentaire de Charles Binamé, «Gauvreau ou l'Obligation de la liberté».

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Hugo Prévost, La Presse canadienne
4 commentaires
  • Monsieur Pogo - Inscrit 8 avril 2011 10 h 05

    Téléroman...

    Un auteur de téléroman, à ne pas confondre avec Claude Gauvreau (1925-1971).

  • Gilbert Talbot - Abonné 8 avril 2011 11 h 04

    Nous perdons un de nos plus grands artistes avant-gardistes.

    Le Québec perd un autre de ses génies avant-gardistes. Le Refus Global a été la source de la Révolution Tranquille, qui explosa douze ans après la publication du Manifeste. «Le Temps d'une paix» a réuni le Québec tout entier autour d'une oeuvre populaire, au même titre que La Famille Plouffe de Roger Lemelin et «Les Belles Histoires des Pays d'en Haut » de Claude-Henri Grignon.

    Le mouvement automatiste a donné identité et originalité à la jeune peinture québécoise.

    Toutes mes sympathies à la famille de Pierre Gauvreau, et au peuple québécois tout entier, qui viennent de perdre un de ses plus grands artistes.

  • Jean-Serge Baribeau - Abonné 8 avril 2011 11 h 15

    Fabienne devrait s'inspirer de cet artiste majeur!

    Nous venons de perdre un géant, multi-talentueux et brillantissime. Les séries télévisées conçues par Gauvreau ont été des oeuvres majeures, tout comme les séries qui ont germé dans l'esprit brillant de VLB.

    Sans méchanceté je me permettrai de dire que l'oeuvre de Mme Larouche est de calibre mineur si on la compare à l'oeuvre de grands artistes et auteurs qui ont aussi été de grands maîtres et mentors.

    JSB, sociologue des médias

  • Roland Berger - Inscrit 8 avril 2011 13 h 22

    Ainsi s'en va le Québec

    La disparition de Gauvreau marque une autre étape dans le déclin bien soutenu de la culture québécoise. S'il y a un au-delà, ce grand esprit y brillera de tous ses feux.
    Roland Berger