La polémique sur les ADM rebondit aux États-Unis

Peu à peu, la position initiale des États-Unis sur la présence d'armes de destruction massive en Irak pour justifier une intervention militaire se fissure. Depuis mercredi, des propos de Donald Rumsfeld tenus devant la commission sénatoriale des services armés, qui contredisent la thèse officielle, sèment le trouble à Washington.

«La coalition n'a pas agi en Irak parce que nous avions découvert de nouvelles preuves spectaculaires sur l'acquisition par l'Irak d'armes de destruction massive, a reconnu le secrétaire d'État à la Défense. Nous avons agi parce que nous avons vu les preuves existantes sous un nouveau jour à travers le prisme de notre expérience du 11 septembre.»

Il faut dire que ces propos font suite à d'autres déclarations de la Maison-Blanche reconnaissant que George W. Bush n'aurait pas dû affirmer dans son discours sur l'état de l'union de janvier dernier que l'Irak avait tenté de se procurer de l'uranium en Afrique pour son programme nucléaire militaire. Selon un porte-parole de la Maison-Blanche chargé de la sécurité nationale, Michael Anton, «ces informations n'étaient pas assez détaillées ou spécifiques pour que l'on soit certain que de telles tentatives avaient eu lieu».

Interrogé à ce propos sur la fiabilité des services de renseignement américains, Donald Rumsfeld a rétorqué «qu'un rapport erroné ne détruit pas l'ensemble des informations rassemblées pour engager la guerre».

À la suite de ces prises de position, le secrétaire d'État à la Défense a été la cible d'attaques des sénateurs démocrates. La sénatrice de New York, Hillary Clinton, a exprimé son inquiétude concernant «la qualité, l'exactitude et l'utilisation des renseignements [...] Les leçons à tirer — que, j'espère, nous avons déjà tirées —, l'analyse complète et très attentive des renseignements doivent figurer en tête des priorités», a-t-elle dit.

Le leader de la minorité démocrate au Sénat, Tom Daschle, a souligné de son côté que cette nouvelle affaire renforçait la nécessité d'une enquête du Congrès sur l'activité des services de renseignement avant le déclenchement de la guerre en Irak.

Objet de toutes les attaques, la communauté des services secrets s'est vivement défendue, par la voix de Greg Thielmann. Selon cet ancien haut responsable du bureau de renseignement du département d'État, qui a pris sa retraite l'année dernière, l'administration Bush a choisi une approche qui revient à dire: «Nous connaissons les réponses, donnez-nous les informations pour confirmer ces réponses.»

Plus offensif encore, il n'a pas hésité à qualifier les propos de Donald Rumsfeld de «choquants». Avant de confirmer: «Lorsque la guerre a commencé en mars, l'Irak ne représentait pas de menace pour les États-Unis ou ses voisins.»

Lors d'une conférence de presse en Afrique du Sud, le président Bush a pour sa part défendu sa politique en affirmant que des preuves seraient bientôt découvertes: «Il n'y a aucun doute pour moi: quand tout sera bouclé, les faits montreront la vérité au monde [...] Vous savez, il y aura de nombreuses tentatives de réécriture de l'histoire, et je peux comprendre cela. Mais j'ai absolument confiance dans la décision que j'ai prise.»

Devant le scepticisme qui gagne une opinion déjà choquée par la mort de soldats américains, le secrétaire d'État aux Affaires étrangères, Colin Powell, a voulu aussi atténuer hier l'effet des déclarations, quitte à jouer sur les mots: «Au moment de l'adresse sur l'état de l'union du président Bush, un jugement a été fait selon lequel il s'agissait d'une déclaration appropriée pour le président, assure-t-il. Il n'y a pas eu de tentative de la part du président ou de qui que ce soit d'autre dans l'administration américaine de tromper le peuple américain.»

De quoi, en tout cas, alimenter la controverse, qui existait déjà en Angleterre, où une commission parlementaire vient de disculper le gouvernement de Tony Blair.

Tandis que celui-ci persiste toujours à croire qu'un arsenal interdit sera bel et bien trouvé en Irak, l'ancien ministre britannique des Affaires étrangères Robin Cook a répété hier qu'il ne croyait pas que les forces de la coalition trouveront un jour d'importants stocks d'armes de destruction massive. Un sentiment confirmé — anonymement cette fois — par de hauts responsables du gouvernement britannique, selon la BBC.

Avec l'AFP et Reuters