Trafic d'organes présumé au Kosovo - Les policiers européens veulent des preuves

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Photo: Agence Reuters Hazir Reka Hashim Thaçi et sa formation sont arrivés en tête des élections législatives de dimanche.

Pristina — Les policiers européens déployés au Kosovo ont demandé hier des preuves concrètes pour appuyer les allégations lancées par un enquêteur selon lesquelles des prisonniers civils de l'Armée de libération du Kosovo ont été exécutés et leurs reins vendus sur le marché noir.

Un rapport rendu public mardi par l'enquêteur Dick Marty, du Conseil de l'Europe, a ébranlé le Kosovo en laissant entendre que le premier ministre, Hashim Thaçi, a déjà été la tête dirigeante du réseau criminel responsable de ce trafic d'organes.

M. Thaçi était le représentant politique de l'Armée de libération du Kosovo pendant la guerre d'indépendance face à la Serbie, en 1998-1999. Son parti a tout récemment remporté les premières élections générales organisées depuis que le Kosovo a proclamé son indépendance de la Serbie en 2008.

Une porte-parole de la mission policière européenne, Karin Limdal, a souligné qu'une enquête précédente sur un possible trafic d'organes dans le nord de l'Albanie n'avait rien trouvé. Elle a demandé aux gens qui seraient en mesure d'étayer les allégations contenues dans le rapport de M. Marty de bien vouloir se manifester.

Centre sophistiqué

M. Marty, un sénateur helvétique, a dirigé une équipe d'enquêteurs en Albanie et au Kosovo en 2009, après la publication d'un livre par l'ancienne procureure du Tribunal pénal international, Carla del Ponte. Reprenant des informations qu'elle disait avoir obtenues de journalistes occidentaux, Mme del Ponte évoquait dans son livre un trafic d'organes possiblement organisé et géré par l'Armée de libération du Kosovo.

L'enquête de M. Marty a mis à jour l'existence de plusieurs prisons en Albanie, dont un centre sophistiqué qui aurait servi au trafic organisé et criminel d'organes.

Le ministre kosovar de l'Intérieur, Bajram Rexhepi, affirme que ces allégations sont «monstrueuses et fausses». Il accuse M. Marty de chercher à endommager le Kosovo pour des raisons qui lui sont propres.

Les États-Unis ont réagi hier au raport du Conseil de l'Europe en invitant les auteurs du document à fournir les preuves de leurs allégations.

«Tous les éléments et toutes les sources cités dans le rapport doivent être donnés aux autorités compétentes pour conduire une enquête complète et dans les règles», a déclaré le porte-parole du département d'État, Philip Crowley.

«Nous prenons très au sérieux toutes les allégations crédibles d'activités criminelles», a également dit M. Crowley, et «nous encourageons la coopération dans ce domaine».

Le gouvernement kosovar a dénoncé des «inventions» au sujet de ces révélations, qui interviennent quelques heures après l'annonce que le Premier ministre sortant, Hashim Thaçi, et sa formation étaient arrivés en tête des élections législatives de dimanche.

À Bruxelles, la porte-parole de la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a également invité le rapporteur du Conseil de l'Europe, Dick Marty, à présenter les preuves à sa disposition à la Mission européenne de police et de justice au Kosovo (Eulex).

Amnesty international a appelé aussi Eulex à ouvrir une «enquête immédiate sur l'implication présumée» d'Hashim Thaçi «dans l'enlèvement après la guerre [de 1998-99] de Serbes et d'Albanais» du Kosovo vers l'Albanie.

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Avec Agence France-Presse